
Bill Melendez était une figure majeure de la production de dessins animés nord-américains dans la seconde moitié du 20e siècle.
Il s’est rendu célèbre grâce à ses inoubliables adaptations des Peanuts de Charles M. Schulz.
Il était aussi visiblement d’une grande lucidité quant aux tenants et aboutissants de ses œuvres, dont les spectateurs ignorent généralement par qui et pourquoi elles sont financées.
L’historien et journaliste Amid Amidi, ex-fondateur du web media Cartoon Brew (qu’il a quitté depuis 2025), a récemment posté sur ces réseaux numériques l’extrait d’une interview de Melendez, sans en préciser la source. Ce constat implacable sur l‘état de la production télévisuelle animée étasunienne des années 1970 pointe la responsabilité individuelle des acteurs de ce secteur de l’audiovisuel dans le choix de leurs projets. D’aucuns trouveront ces propos un brin réac’, d’autres y verront un désespérant échos à la célèbre diatribe de Winsor McCay en 1927.
Moins nombreux sont celles et ceux qui y trouveront la description du dilemme permanent des professionnel·les de l’industrie de l’animation depuis qu’elle existe.
En voici la traduction française :
« Je déteste ça. J’ai ça en horreur. Ce qui se fait est épouvantable. Cela dit, mes amis qui contribuent à cette production ont quelques bonnes excuses. Ils sont constamment confrontés à des délais très serrés et à des budgets dérisoires. Ils doivent travailler dans l’urgence et à moindre coût ; ils s’en trouvent de fait obligés de bâcler le boulot comme ils peuvent.
Pour autant, je n’excuse ni mes amis ni moi-même d’exercer une profession pareille. Nous devrions refuser ce genre de travail. Car en participant de la production de ces cochonneries pour les programmes du samedi matin*, nous détruisons notre art.
Il est indigne de notre part de proposer ce genre de choses à nos enfants. »
L’extrait d’interview tel qu’il a été isolé et diffusé le 24 juin 2026 par Amid Amidi
* Le samedi matin a très longtemps été pour les chaînes de télévision étasuniennes le créneau traditionnellement réservé aux programmes Jeunesse.
Ce sanctuaire culturel et très très très consumériste a fourni à l’industrie taylorisée des dessins animés nord-américains son principal carburant jusqu’à une période très récente.
Se côtoyaient sur ce créneau, le pire et parfois le meilleur.
Symbole de ce productivisme animé intensif, le catalogue de la société Filmation, dont quelques-une des daubes immondes ont séduit les programmateur·ices des chaînes françaises.



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