
Épisode 11 : Une lettre de Maman
La situation financière de la famille Peppino est devenue critique depuis que Concetta et son père sont tombés malades. Fiorina entreprend d’assurer seule le spectacle derrière le petit théâtre de marionnettes mais son inexpérience lui attire les quolibets d’un public toujours plus réduit. Marco réussit à convaincre la fillette désabusée de modifier sa manière de se produire, en manipulant des pantins à fils (moins contraignants) tout en chantant. Son premier essai improvisé dans une ruelle peu fréquenté est concluant. Un peu plus tard, devant une foule conséquente, elle remporte un franc succès, accompagnée par Marco à l’orgue de barbarie et rejointe par le petit singe Amedio avec lequel elle interagit avec humour. Concetta de nouveau sur pieds assiste à la représentation et constate le talent de sa sœur cadette. De retour chez les Peppino, tout le monde trinque autour du chef de famille qui réitère sa proposition à Marco de les suivre en Argentine.
La journée s’achève quand le petit garçon rentre chez lui. Un lettre de sa mère l’y attend. Celle-ci a simultanément écrit à son mari pour lui faire par de ses conditions de travail et de ses difficultés financières. Marco s’en émeut, en repensant sans doute à la scène déchirante dont il a été témoin en rentrant de l’école. Il est persuadé qu’il doit impérativement rejoindre sa maman pour l’aider.


Un plan emblématique
A ce stade du récit, le télé-spectateur n’a cessé de voir Marco et Fiorina arpenter les ruelles labyrinthiques de Gênes, en courant et en transportant toutes sortes de charges lourdes et sans jamais montrer de signes de fatigue. La répétition du même plan ci-dessous sert par exemple à installer l’idée d’une routine quotidienne que Marco accomplit avec une énergie débordante sans réaliser qu’elle prépare son petit corps à une résistance physique qu’il lui permettra de surmonter son périple à venir. S’il fallait résumer les journées de Marco telles qu’elles sont montrées depuis le début de la série, il coure, monte et descend des centaines de marches d’escalier, pour se rendre à l’école, effectuer des courses alimentaires quotidiennes, puiser de l’eau à la fontaine, pour visiter ses amis, leur venir en aide, pour travailler, etc. Mine de rien, il s’agit presque d’un entraînement sportif, doublé d’un message pédagogique subliminal à l’attention des enfants devant leur petit écran.
Dans cet épisode, on comprend aussi que Fiorina, beaucoup plus calme dans ses mouvements, est elle-aussi contrainte à beaucoup d’efforts physiques quotidiens. Des efforts qui occultent son modeste talent de marionnettiste. Lequel va se révéler dans une scène qui éclaire le génie du décorateur en chef de la série, Mukuo Takamura. Celui-ci est une maître paysagiste qui a réussi à faire de ses reconstitutions de la ville de Gênes, un personnage à part entière du premier quart de cette série.
Isao Takahata s’appuie d’ailleurs énormément sur ses peintures pour temporiser sa narration et obtenir un réalisme proche de celui des films de prise de vues en continu. Ce procédé pourtant simple, peu de productions animées occidentales le reprennent à le compte, généralement parce qu’il est estimé inutilement coûteux. C’est une erreur stratégique fondamentale qui explique à elle seule bien des impasses artistiques dont l’animation industrielle française demeure incapable de se sortir.
Bref, dans la scène en question (situé avant et après de fondu au noir pour la coupure publicitaire, à la mi-temps de l’épisode), Takamura a la brillante idée de sublimer l’éclosion du talent de Fiorina devant les murs rouges d’une ruelle peu fréquentée en surplomb de la ville portuaire.
Ce rouge intense symbolise la chaleur du réconfort apporté par Marco à son amie, la chaleur qu’elle doit ressentir en recouvrant espoir, la chaleur de la maturité émergente sous nos yeux d’une enfant jusqu’ici effacée.
Chaque jour, Marco emprunte le même chemin sinueux et escarpé (layout et plan finalisé)

Crédits images : Haha wo tazunete sanzenri ©Nippon Animation Co Ltd. 1976







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