A qui refourguer les “César” 2024 des meilleurs court métrage et long métrage d’animation ?

 

 

Passablement lassé par le lobbying pathétique des producteurs et distributeurs en mal d’honorabilité bling-bling qui sollicitent à l’aveugle mon vote pour un scrutin auquel je ne participe pas et ne participerai jamais (plutôt crever), j’ai décidé cette année de me positionner publiquement afin d’influencer les suffrages de l’écrasante majorité des votants – qui ne visionnent pas les films d’animation pour lesquels ils doivent voter, c’est bien connu désormais – en émettant des consignes très subjectives et argumentées a minima.
Que ces consignes soient suivies ou non, le vendredi 23 février prochain au soir, de toutes façons, j’aurais piscine.

 

Pour le César du meilleur court métrage d’animation

Les films en lice sont :
Drôles d’oiseaux de Charlie Belin
Été 96 de Mathilde Bédouet
La forêt de Mademoiselle Tang de Denis Do

De loin, le premier court métrage professionnel réalisé par Charlie Belin est, à mon humble avis, le plus intéressant. Que ce soit par son esthétique éthérée très inspirée par les dernières réalisations d’Isao Takahata, par sa narration contemplative et subtile, par son accessibilité à un large public, par son animation aquarellée, légère et délicate, ce récit plus ou moins autobiographique sans être égotique (une prouesse en soi) est clairement au-dessus du lot.
La fresque familiale chinoise de Denis Do est trop conventionnelle, trop lisse et trop longue (revoir Crac ! de Frédéric Back à l’occasion). Le film de plage de Mathilde Bédouet est trop rotoscopé à mon goût pour représenter avec sincérité l’art noble des dessins animés, lequel ne gagne pas grand chose à décalquer le réel.

 

Pour le César du meilleur long métrage d’animation

Les films en lice sont :
Interdit aux chiens et aux italiens d’Alain Ughetto
Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach
Mars Express de Jérémie Périn

Choix difficile tant ses trois œuvres sont réussies, chacune à leur très singulière manière.
Si je devais me fier à mon goût naturel pour les outsiders, je recommanderais bien entendu le second long métrage d’Alain Ughetto. Mais ce dernier ayant déjà été césarisé en 1985 (qui s’en souvient ?) et Interdit aux chiens et aux italiens ayant rencontré de très honorables résultats de fréquentation en salles, alors bon…
Si je devais éprouver une quelconque compassion à l’égard de l’insuccès public regrettable de Linda veut du poulet depuis sa sortie, et ce en dépit de sa ribambelle de prix internationaux, d’une quasi-unanimité médiatique en sa faveur et bien entendu de ses indéniables qualités artistiques, je le plébisciterais.
Je préfère plutôt prescrire un vote en faveur de Mars Express. Certes, ses chiffres de fréquentation ont déjà dépassé les pronostics les plus optimistes. Certes, il possède quelques défauts narratifs à la marge. Certes, les références aux classiques du genre et private jokes y pullulent. Mais, mince alors, c’est de la brillante SF pour adultes, sans chichis pour draguer le public familial ! C’est un polar violent, politique, sexualisé, avec même un peu de métaphysique dedans. La direction artistique, la mise en scène, l’animation y sont de très haut niveau.
En remportant un César, le grand public pourrait peut-être voir en Jérémie Périn l’horizon espéré du long métrage d’animation alternatif hexagonal, émancipé du carcan auteuristo-nombriliste qui le plombe depuis trop longtemps. On peut rêver.
Rien que pour cela, pour que l’animation française devienne enfin plus frondeuse et plus fun, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

Et le César du meilleur court métrage documentaire, alors !?

J’allais oublier le film facétieux de Claude Delafosse qui concoure dans une catégorie de plus en plus régulièrement contaminée par l’animation.
L’effet de mes rides expose simultanément une approche ludique, expérimentale, hybridée et inventive à l’extrême, anticonformiste, libertaire du cinéma documentaire ou fictionnel, qui mériterait d’être considérée un peu plus sérieusement. Car c’est cette manière anti-sensationnaliste de faire de la création animée qui résistera le mieux aux ravages de l’IA générative. Vous êtes prévenus.

 

 

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