Animation, propagande et point de Bayeux

 

Dans quelques jours, vous serez des milliards à offrir docilement votre temps de cerveau disponible à des puissances financières et politiques peu recommandables.
Vous n’y pouvez rien, c’est plus fort que vous.

L’entreprise d’abrutissement planétaire quadriennale qu’est la coupe du monde de football masculin s’articulera pour votre plus grand bonheur autour de l’affrontement de plusieurs équipes d’hommes-sandwiches pour la gloire et la beauté du geste sportif, en l’occurrence celui de placer une baballe dans un filet sous les mugissements de foules hystérisées par de bas instincts nationalistes savamment entretenus.
La retransmission de ces jeux du cirque modernes, version “nouvel tsar ;-) de toutes les Russies”, constitue de fait un enjeu économique majeur. Notamment pour les chaînes de télévision – publiques et privées – qui en ont acquis les droits de diffusion à coups de centaines de millions de dollars. Ces médias de masse soignent donc avec zèle l’emballage des spots publicitaires pour la malbouffe et autres engins motorisés qui garantiront leurs retours sur investissement.
Voyez le cas exemplaire du département innovation de la non-moins exemplaire chaîne nationale britannique.
“BBC Creative” a produit une histoire condensée et stylisée de la compétition internationale, sous la forme d’un film d’animation mélangeant différentes techniques (dessins animés, rotoscopie et façonnage piloté par ordinateur) et revendiquant deux influences artistiques habilement réunies : la broderie médiévale de la Reine Mathilde, d’une part, les films animés de propagande soviétique de l’autre. Si la première apparaît assez téléphonée, la seconde témoigne d’un cynisme de bonne guerre. Froide, de préférence. [rires enregistrés]

650 images d’une taille de 28cm par 19cm auront été nécessaires à la fabrication de ce film. Chacune d’entre elles étant préalablement dessinée numériquement (décalquée à partir d’images d’archives, interprétée, “vectorisée”), demandant en moyenne deux à trois heures pour être brodée mécaniquement (selon un procédé automatisé similaire à celui de l’impression 3D) et trois heures supplémentaires pour être numérisée (scan, retouches, étalonnage colorimétrique), la production du film n’a néanmoins requis que quelques semaines grâce à un processus de fabrication industrielle très largement robotisée.
La prouesse logistico-technique est l’œuvre conjointe du réalisateur Nicos Livesey et du célèbre atelier de broderie de luxe London Embroidery Studio.
Incontestablement, ce binôme de champions remporte haut la main le concours de la technique d’animation la plus inutilement compliquée.
Avis aux prétendants au titre…

 

 

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