
Série de 9 épisodes de 39′ à 50′ (tv, plateforme)
2024 – États-Unis, France
Réalisation : Arnaud Delord, Bart Maunoury, Marietta Ren, Christelle Abgrall et Etienne Mattera
Production : Riot Games et Fortiche production
Édition Blu-ray : All the Anime

La seconde saison d’Arcane complète en apothéose une fresque épique qui constitue indiscutablement une révolution dans le domaine de la série d’animation feuilletonnante pour ados-adultes (young adult*), en particulier en France, où ce registre peine toujours, en 2026, à exister au-delà de la sitcom « encapsulée » à caractère plus ou moins humoristique et plus ou moins documentaire.
En effet, derrière l’expression « ados-adultes » qui semble ne qualifier qu’une cible de publics se posent les innombrables questions qui lui sont inhérentes, quant aux degrés acceptables de représentation de la violence (physique et psychologique), des sexualités, de la mixité sociale/raciale, des genres, des formes de spiritualité, quant à la complexité des récits et des esthétiques a priori acceptables par le spectateur moyen, quant à l’audace de ses scénaristes, créateurs, producteurs et à leur capacité à résister aux ingérences fréquemment malavisées des diffuseurs.
En considération de tout cela, une évidence s’impose : Arcane n’aurait jamais pu exister hors du modèle de production, luxueusement singulier, de Netflix. Car aucun diffuseur européen n’osait et n’ose encore engager un tel budget (environ 250 millions de dollars pour les deux saisons) en faveur d’une œuvre si peu consensuelle, si peu édulcorée, si dense et, qui plus est, dérivée d’une franchise de jeux vidéo. Et ce, en dépit du fait exemplaire que la série démontre brillamment qu’il est tout à fait possible de ne pas céder à l’ultra-violence complaisamment mise en scène, à l’érotisme et à l’héroïsme racoleurs, tout en conservant une intelligence narrative, une intensité dramatique et émotionnelle captivante de bout en bout. Soit l’équivalent de six longs métrages en huit ans, rappelons-le au passage.
On le sait désormais, le pari a été remporté au-delà de toutes les espérances : succès planétaire, installation durable d’archétypes puissants de la pop-culture trans-nationale, avalanche de récompenses prestigieuses, dissémination massive et non-idéologique de valeurs progressistes dans l’esprit de millions de spectateurs à travers le monde, pour beaucoup venus y chercher un simple défouloir divertissant. Autrement dit, les publics sont mûrs, et depuis plus longtemps qu’on ne le croit dans les sphères de décision, pour les œuvres animées amples, intellectuellement matures et politiques (relatives à la vie des sociétés). Les savoir-faire d’excellence sont à disposition sur le territoire national. Il suffit « juste » de leur attribuer les moyens et la latitude créative pour fabriquer d’autres héritages culturels de l’envergure d’Arcane.
D’avance, souhaitons bon courage à celles et ceux qui essaieront d’embrayer le pas de cette série de fiction animée, laquelle possède, parmi ses innombrables mérites, celui de ringardiser de fait toutes les productions ultérieures, aussi ambitieuses soient-elles, qui n’essaieront pas un tant soit peu d’égaler son niveau d’exigence.
Les épisodes :
Acte 1
201# Le fardeau des responsabilités
202# Tout regarder brûler
203# Tu m’appelles enfin par mon nom
Acte 2
204# Peins la ville en bleu
205# Creuser, malgré tout
206# Le message caché dans le schéma
Acte 3
207# Comme si c’était la première fois
208# Tuer est un cycle
209# La terre sous tes ongles

Les suppléments vidéo :
• Inside the Writers Room: Reflushing the Cards (Dans la pièce des scénaristes : rebattre les cartes)
– interviews croisées de Christian Linke (créateur, producteur exécutif, show runner*), Amanda Overton (scénariste), Pascal Charrue, Arnaud Delord et Bart Maunoury (directeur de Fortiche et réalisateurs de la saison 2)
• The Voices In My Head: Crafting the Performances (Les Voix dans ma tête : forger les personnages)
– interviews croisées d’Amanda Wyatt (directrice de casting voix), Ella Purnell, Hailee Steinfeld, Katy Townsend, Kevin Alejandro, Mick Wingert, Reed Shannon et Stewart Scudamore (comédiens du doublage* original en anglais).
• Artist Breakdown: Act I (Analyse artistique de l’acte 1)
– interviews croisées d’Aurélien Ressencourt (superviseur des VFX 2D*), Guillaume Degroote (superviseur des VFX 2D), Yann Leroy (superviseur du compositing*), Boris Cailly (layout artist*) et Pauline Motard (superviseuse layout).
• Galerie d’images (176 planches de décors, character design* et autres études d’inspiration)
• Inside the Writers Room: Beauty and tragedy (Dans la pièce des scénaristes : beauté et tragédie)
– interviews croisées de Christian Linke (créateur, producteur exécutif, show runner), Amanda Overton (scénariste), Pascal Charrue, Arnaud Delord et Bart Maunoury (directeur de Fortiche et réalisateurs de la saison 2).
• A Sonic Ballet: Music & Sound (Le ballet des sons : musique et autres sons)
– commentaires d’Alex Seaver (co-compositeur et producteur musical exécutif*), Alexander Temple (co-compositeur), Brad Beaumont et Eliot Connors (superviseurs du design sonore*).
• Artist Breakdown: Act II (Analyse artistique de l’acte 2)
– interviews croisées de trois des réalisateurs de la saison 2 Bart Maunoury, Pascal Charrue, and Arnaud Delord.
• Vidéo-clips :
– Ma meilleure ennemi par Stromae et Pomme (animation)
– Blood Sweat & Tears par Sheryl Lee Ralph (animation)
– Paint the Town Blue par Ashnikko (hybride)
• Inside the Writers Room: What Could’ve Been (Dans la pièce des scénaristes : ce qui aurait pu être)
– interviews croisées de Christian Linke (créateur, producteur exécutif, show runner), Amanda Overton (scénariste), Pascal Charrue, Arnaud Delord et Bart Maunoury (directeur de Fortiche et réalisateurs de la saison 2).
• Artist Breakdown: Act III (Analyse artistique de l’acte 3)
– interviews croisées de Zhephing Xu (storyboarder), Adam Bachiri (superviseur des VFX 3D*) et Simon Magnan (créateur d’environnements 3D).
• Going Another Way: Crafting Episode 7 (Une autre perspective : fabriquer l’épisode 7)
– interviews croisées d’artistes et producteurs de Riot Games et Fortiche autour de l’épisode 207 « Pretend Like It’s the First Time ».
• Storyboards and animatic
– 13 séquences comparatives entre le storyboard et le brouillon de film (animatique*)

* Petit glossaire pédagogique, à toutes fins utiles :
– Young adult : ce terme désigne un segment des publics de la production culturelle, notamment dans l’édition et l’audiovisuel. Un segment très convoité, susceptible de fédérer plusieurs générations de lecteurs/spectateurs, de la fin de l’enfance à l’âge adulte, qui s’appuie sur des codes et des motifs, eux aussi fédérateurs car transgénérationnels, de la pop culture (musiques actuelles, street art, bandes dessinées, jeux vidéos, classiques de l’animation, etc.). Beaucoup de producteurs et de diffuseurs échouent systématiquement à remporter l’adhésion de ces publics, par ignorance, déconsidération ou mécompréhension de tout ce qu’englobe le phénomène mondial de l’adulescence, lequel est généralement réduit à tort à un comportement consumériste régressif que l’on pourrait satisfaire avec des créations infantilisantes.
– Show runner : il est ici producteur de la série, auteur/créateur de la série. Son rôle global consiste à maintenir la cohérence d’ensemble de la série (son univers, ses axes scénaristiques, son intégrité esthétique, …) du début à la fin de la production. Il possède un droit de regard et de décision sur tous les choix artistiques. Les séries de longue durée disposent de plusieurs show runners.
– Doublage : l’enregistrement des voix humaines des personnages a ici été effectué avant l’animation des personnages. Le jeu et les intonations de voix des acteurs ont servi d’inspiration aux animateurs pour créer les mouvements, en particulier les expressions faciales. Cette configuration est fréquente dans le contexte du long métrage d’animation ; la production de séries recourt plus généralement à la post-synchronisation (enregistrement des voix sur les séquences déjà animées/finalisées.
– VFX 2D/3D : effets visuels numériques dessinés (2D) ou modélisés en trois dimensions (3D). Ces derniers intègrent les particules, les textures complexes (cheveux, costumes, mécanismes, …) et les déformations visuelles volontaires. Le « style Fortiche » se caractérise en particulier par le mélange de modélisations 3D et d’effets (textures et phénomènes atmosphériques) dessinés à la main sur tablette numérique (explosions, fumées, scratches et autres éléments). On notera que plusieurs séquences des deux saisons sont fabriquées à la manière de dessins animés « traditionnels » en 2D.
– Compositing : regroupement de tous les assets (éléments divers qui composent un plan), ajouts de trucages additionnels (lumières, ajustements colorimétriques, effets visuels atmosphériques, animations additionnelles, etc.).
– Layout (3D) : mise en scène préparatoire à l’échelle du plan final. Dans le cas d’une réalisation en 3D (modélisation numérique d’images de synthèse en trois dimensions), cette étape consiste notamment au placement des caméras et éclairages virtuelles dans l’environnement 3D provisoire du plan. Il s’agit d’une étape déterminante du processus de fabrication, souvent méconnue, voire négligée.
– Producteur musical exécutif : il finance l’enregistrement des musiques (embauche et supervise les compositeurs, musiciens, interprètes) et se rémunère sur son exploitation.
– Design sonore : conception de l’univers sonore au-delà des dialogues et de la musique (bruitages et sons artificiels divers).
– Animatique : brouillon de film (d’épisode) évolutif, bout-à-bout minuté/filmé des cases du storyboard.
Voir l’article sur la saison 1




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