Blu a le blues

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Le monde du “street art” se remet difficilement de ses émois.
En mars dernier, l’artiste italien Blu entreprenait la destruction de plusieurs de ses fresques murales géantes – passées en 20 ans du statut de “terrorisme graphique” à celui de “bienpensance pseudo-subversive”- dans la ville de Bologne, en réaction à la tenue d’une exposition dans cette même ville (“Street art : Banksy & Co”, du 18 mars au 26 juin 2016). Les motifs de ce coup d’éclat : le déplacement de certaines œuvres hors de leur contexte extérieur d’origine sans l’accord de leur auteur et la dénonciation de la financiarisation accélérée du street art.

Le sujet est un marronnier de l’histoire de l’art et il trouve avec le happening médiatisé de Blu une nouvelle déclinaison consensuelle qui pourrait bien en définitive arranger tout le monde, l’artiste comme les spéculateurs. Les moins prudes d’entre vous pourront lire pour s’en convaincre le billet consacré à ce non-événement qui secoue la bobo-sphère dans la dernière livraison du Schtoumpf émergent (chronique n°68). Nicole Estérole y appuie brillamment une fois de plus là où ça fait mal, non sans une bonne dose de mauvaise foi (ce qui fait tout le charme de son blog, soit dit en passant) en surlignant la vaste imposture que constituerait, selon son opinion, l’existence même du street art, mode d’expression mégalomaniaque par excellence.

Personnellement, j’ai plutôt envie de défendre la démarche de Blu, dont je sais, pour avoir projeté deux de ses films d’animation (Muto et Big bang, big boom), qu’il se fiche pas mal – à tort sans doute – de toute rétribution pour la projection de ces œuvres. J’ai envie de croire que ce gars se retrouve complètement dépassé par l’innovante voracité du secteur hyper-spéculatif de l’art autoproclamé “contemporain” et que l’auto-destruction de ses fresques est une manière aussi naïve que désespérée de couper l’herbe sous le pied des opportunistes marchands d’art et de leurs institutions publiques inféodées. J’aurais même envie de suggérer à Blu – qui saura certainement détecter tout le cynisme de cette proposition – qu’il ne produise désormais que des films d’animations éphémères diffusés gratuitement.

 

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