Dan Da Dan (saison 1)

 

 

Série de 12 épisodes de 23′ (plateformes)
d’après les bandes dessinées (manga) de Yukinobu Tatsu
2024 – Japon
Réalisation : Fuga Yamashiro
Scénario : Hiroshi Seko
Production : Science Saru

 

 

Un joyeux « foutoir débordant de vie » jalonné de « dissonances visuelles ». Telle est la promesse tenue par la remarquable adaptation animée des manga de Yukinobu Tatsu.
Comme son titre onomatopéique l’indique, Dan Da Dan décharge avec le débit d’une mitraillette un grand n’importe quoi qui entremêle les genres du fantastique, de la comédie romantique et de la grosse déconnade déchaînée. Ce savant mélange, comme seuls les Japonais savent en pondre régulièrement, réunit ainsi, dans un fracas apocalyptique jamais grave, des méchants extra-terrestres inorganiques-masculins-obsédés par leur reproduction, des lycéens dysfonctionnels à degrés divers et des esprits démoniaques (yôkai) qui, comme on le sait, hantent chaque recoin du Japon.
Pour parachever le tout, ce superbe spécimen de série d’animation dévergondée flirte allègrement avec l’immoralité, pour le fun et rien que pour le fun.
On rigole de toutes ces pitreries absurdes, on s’extasie devant tant d’ensauvagement animationnel et d’auto-dérision, et l’on déplore, une fois redescendu de ce trip hallucinatoire sans danger pour la santé, que décidément ce n’est pas demain la veille que l’on verra se produire ici en France des dessins animés aussi déjantés !

 

 

De la folie furieuse animée, svp !

Celles et ceux qui parmi vous s’intéressent de près au registre de la série d’animation pour ados-adultes ont probablement suivi la table ronde dédiée aux singularités enviables de l’animation japonaise, organisée en octobre dernier dans le cadre des Chemins de la création (Fontevraud). Et peut-être ceux-là ont-ils été intrigués par le cri du cœur un brin désabusé d’Anaïs Chevillard désacralisant le format du long métrage ou par celui de Jérémie Perrin appelant (je le cite) à « financer des trucs un peu plus cons«  (vers 1h03′).
Je crois déceler derrière ces remarques tout ce qui se cristallise dans Dan Da Dan.

Les auteurs et producteurs japonais* de dessins animés ont compris depuis plusieurs décennies que pour embarquer durablement des publics adolescents, rien n’est plus pertinent que de se placer à leur hauteur, et vraiment à leur hauteur. Autrement dit, de s’adresser à eux sans se prendre au sérieux (l’exubérance burlesque est une arme efficiente pour cela, qu’on se le dise !), sans jeunisme (fausse complicité surjouée par des adultes coincés), de manière décomplexée (sans crainte des éructations conservatrices et rétrogrades) et en traitant, quelque que soit l’enrobage, des sujets qui les intéressent prioritairement, l’instabilité émotionnelle et la confusion des sentiments en tête.
Ce tropisme nippon pour les chroniques de l’adolescence qui part en vrille explique en partie le succès planétaire de leurs bandes dessinées et des adaptations sérielles qui en découlent presque systématiquement.

Dan Da Dan s’inscrit pleinement dans le registre de la comédie romantique adolescente loufoque, déjà bien connu et apprécié dans nos contrées depuis Ranma 1/2, Lamu et consorts.
Le concept développé par Yukinobu Tatsu reprend d’ailleurs beaucoup des motifs habituels de l’œuvre de Rumiko Takahashi : deux adolescents amoureux empêchés par des quiproquos et des rivalités perturbatrices, des pouvoirs magiques non-maîtrisés, la promiscuité d’antagonismes incontrôlables sous un même toit, l’obsession sexuelle masculine et féminine, des gags à la limite du bon goût occidental. Sur ce dernier point, on notera en passant que l’enjeu narratif autour des testicules** subtilisés d’Okarun (protagoniste masculin principal de Dan Da Dan) est très probablement un clin d’œil appuyé au manga de Etsumi Haruki, Chie la petite peste. Cette série comique, portée au grand puis au petit écran par Isao Takahata au début des années 80, peut être considérée à divers égards comme l’un des parangons de la chronique domestique burlesque animée.

A qui veut bien l’entendre, il n’est pas vain de rappeler que l’adolescence n’est un « âge ingrat » qu’à l’esprit des adultes qui ne comprennent pas que l’ébullition hormonale, l’insolence et l’apparente désinvolture ne sont que les symptômes d’un besoin irrépressible de transgressions salutaires, pour mieux affronter l’incohérence, devenue soudain évidente, de la vie humaine. Que les passions exacerbées des pré-adultes sont autant de maux nécessaires à la construction de personnalités robustes et ouvertes aux contradictions du monde.
D’une manière générale, si tant est que l’on veuille bien admettre qu’un·e adolescent·e (et un·e pré-ado de plus en plus précocement, n’en déplaise aux parents-bisounours) a besoin de défouloirs intellectuels (livres, jeux vidéos, contenus audiovisuels divers) pour canaliser son mal-être, alors ces défouloirs doivent être considérés comme sources de plaisirs, comme des remèdes à la mélancolies, voire comme des aides à mûrir. Des œuvres nobles, donc.
Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’en produire en France ?

 

Notes :

* Historiquement, les étasuniens demeurent les précurseurs dans le domaine des pitreries animées pour ados-adultes. Pour le seul champ de la série télévisée, on citera par exemple, dès les années 60 Rocky and Bullwinckle, The Simpsons et South Park à partir des années 90, ou plus récemment Rick & Morty.
Au Japon, concernant l’éclatante lignée des séries foutraques pour ados, citons Ultraman (l’influence de son designer graphique Tohl Narita est manifeste dans Dan Da Dan), Dr Slump (d’Akira Toriyama), Fooly Cooly ou Kill La Kill. Ce genre animationnel qui perpétue l’héritage quasi-centenaire des frères Fleischer et de Tex Avery est au cœur de l’œuvre de Masaaki Yuasa (réalisateur du toujours indépassé Mind Game), autour duquel s’est bâti le studio Science Saru.

** kin tama en japonais, littéralement « boules en or »

 

 

Les épisodes :

1# Serait-ce une romance qui commence ?
2# On dirait bien un extraterrestre !
3# Le choc des vioques
4# Dégommons Mémé-Turbo !
5# Où sont passées ses balloches ?
6# Celle-là, c’est un danger
7# Un monde plus doux
8# Un étrange sentiment
9# Fusion ! Serpo + Démon de Dover + Nessy !
10# La mutilation de bétail, vous connaissez ?
11# Son premier amour
12# En route pour la maison maudite !

 

Rassurez-vous, le Serpo sera arrêté avant de passer à l’acte. Un tel plan a plusieurs fonctions dont celle d’émoustiller la libido naissante des ados, de caractériser efficacement la réelle brutalité immorale des méchants du récit, de décupler la jubilation ressentie face à la manière dont les héros parviennent à se sortir des dangers qu’ils affrontent. Ici, ni plus ni moins qu’une tentative de viol sadique.

 

 

anima