Des signes qui ne trompent pas

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Les films de Hayao Miyazaki (et dans une tout autre mesure ceux d’Isao Takahata) ne rencontreront pas de si tôt le succès populaire qu’ils méritent auprès des spectateurs français. Jamais, un long métrage du cinéaste japonais, aussi magistral soit-il, aussi encensé soit-il par l’unanimité d’une presse dont la dithyrambe actuelle est plus que suspecte, n’atteindra les chiffres astronomiques de fréquentation que le même film connaît sur le territoire japonais.
Chez nous, ça se passe sur la longueur.

Mais s’il fallait rassurer un tant soit peu les âmes sensibles qui s’inquiètent du contraste entre l’engouement médiatique sans précédent manifesté autour du Vent se lève et la timide adhésion des publics, voici une information qu’il faut lire au-delà de l’anecdote car elle traduit, à mon humble avis, un enracinement culturel désormais irréversible.

Auparavant, quelques précisions de contextualisation : je programme des films d’animation principalement sur l’agglomération caennaise depuis 1995. Je ne suis pas peu fier d’avoir inauguré ce sacerdoce avec Porco Rosso, qu’aucun cinéma de la “capitale” bas-normande” n’avait daigné programmer lors de sa sortie nationale en juin de la même année.
Je collabore fidèlement depuis cette époque avec un cinéma classé “art et essai”, Le Café des Images, lequel, bien que situé en périphérie de Caen, jouit d’une solide réputation nationale et constitue aujourd’hui l’un des rares bastions de la promotion active, engagée et pérenne du cinéma d’animation en province.
Notez aussi que la communauté de communes caennaise est l’une des plus pourvues, proportionnellement à sa population, en sièges de cinéma de tout le territoire français, forte de ses deux multiplexes et de ses deux établissements, de 3 salles chacun, classées “art et essai”, lesquels se partagent d’un film à l’autre la primeur des films Ghibli distribués par Buena Vista/Disney.

Depuis le 22 janvier, jour de sortie nationale du film Le vent se lève, le Café des Images a choisi de privilégier la diffusion du long métrage en VOstf, quand les deux usines-à-spectateurs-moutonniers le proposent en VF, espérant ainsi gruger les parents bien intentionnés mais peu informés qui auraient eu la bonne ou mauvaise idée d’y conduire leur progéniture dans l’hypothèse – allez savoir – d’y voir pendant deux heures et six minutes des peluches volantes et des fillettes aux pouvoirs magiques.

A l’issue de la première semaine d’exploitation, les chiffres de fréquentation attestent au moins de deux signaux particulièrement enthousiasmants :
• le film fait un carton en VO et se ramasse en VF,
• des enfants, parfois très jeunes, l’apprécient pleinement malgré ses sujets et thématiques (je peux en témoigner), les ados bêtas s’y emmerdent royalement et les ados a minima cultivés se mangent de grosses claques (j’en témoigne aussi), quant aux adultes, ils en redemandent et le bouche-à-oreille fonctionne à plein régime.

Sachant qu’en 18 années(1), nous n’avons jamais constaté un tel phénomène avec tous les longs métrages de Miyazaki (en particulier avec les 3 derniers), il me semble qu’on peut affirmer sans risque qu’il est train de se passer quelque chose d’inédit autour de ce film. Quelque chose qui dépasse les média, qui dépasse les experts, les fans et adeptes plus ou moins modérés du cinéma miyazakien.
Une reconnaissance cinéphilique contagieuse qui vient de la base, me plais-je à penser.

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(1) Il n’est sans doute pas inutile de rappeler ici que les longs métrages réalisés par Hayao Miyazaki et Isao Takahata bénéficient d’une vraie distribution dans le réseau de salles en France depuis juin 1995. Porco Rosso (sorti au Japon en 1992) a ouvert le bal, Le tombeau des lucioles (sorti au Japon en 1988) arrivait sur les écrans français en 1996. Totoro (1988) sortit en 1999 après que la copie française ait croupi plusieurs années sur les étagères de Canal+. Et l’exploitation de Princesse Mononoke (1997) ne commença qu’en l’an 2000. Cette dernière sortie inaugura le partenariat de distribution internationale conclu entre Ghibli et Disney, lequel facilita la livraison régulière des autres longs métrages des deux cinéastes (y compris ceux réalisés ou animés au sein de la Toei, A-Pro, Topcraft).
Seul Le château de Cagliostro, premier long métrage réalisé par Miyazaki en 1979 n’a toujours pas connu les honneurs d’une copie cinéma. Et c’est proprement scandaleux, ma bonne Dame !

 

Addendum 2019 : depuis la rédaction de cet article, Le château de Cagliostro a été distribué en France dans une copie remastérisée, en janvier 2019, soit 40 ans après sa sortie japonaise.
Saluons l’exploit.

 

 

anima

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