Deux pétitions (vraiment) de circonstance

 

Où, si l’on a mieux à faire, il n’est pas interdit de n’en signer aucune.

Néanmoins, pour que nous puissions en rire autour d’un bon verre dans une ou deux décennies, si l’humanité grouille encore, les voici archivées, ailleurs que sur un serveur G##gl#, pour la postérité.

 


Côté droit de la cour de récré

«Pour la création d’un collège Animation / Effets Visuels à l’Académie des Césars !

Alors qu’il traverse une période particulièrement difficile, le cinéma français doit malgré tout regarder vers l’avenir et notamment se pencher sur les futurs statuts de l’Académie des Césars dans la perspective de l’édition 2021. Il s’agit bien en effet d’impulser le renouveau de cette prestigieuse institution, dont le rôle majeur dans la promotion du secteur sera plus que jamais essentiel à sa relance. Tirant les enseignements des derniers évènements, l’Académie souhaite introduire plus de parité et de diversité dans la composition de son association, en faisant œuvre d’une plus grande transparence.

Dans ce cadre, il est temps de faire entendre la voix de cette partie de notre métier qui a considérablement grandi depuis 30 ans et demeure hélas quasiment sans représentants au sein des Césars. Les films d’animation pèsent pourtant chaque année plus de 30 millions d’entrées en salles, et plus de 80% des long métrages font appel à des effets visuels. Ce savoir-faire et cette créativité irriguent tout le cinéma contemporain, ils accumulent les succès à l’international et remportent aussi les récompenses les plus prestigieuses : sur les 20 dernières années, 19 films d’animation français (courts et longs) ont été nommés aux oscars.
De plus en plus de grands cinéastes issus de la prise de vues réelles se sont engagés dans la voie de l’animation, et inversement. De plus en plus de producteurs et de productrices s’investissent avec bonheur dans l’un comme dans l’autre. De plus en plus d’œuvres sont conçues avec le concours d’effets visuels toujours plus créatifs.

L’animation et les effets visuels emploient des milliers d’artistes brillants, passionnés, inventifs qui souffrent depuis des années d’un cruel manque de reconnaissance au sein même de l’Académie des Césars. Puisqu’en effet aucun collège ne leur est dédié. Comment pourraient-ils s’exprimer, se faire entendre, s’ils ne sont pas représentés en tant que tels, aussi bien dans l’association qu’à son conseil d’administration? Sait-on que la branche de l’animation à l’académie des Oscars est la deuxième branche la plus nombreuse après celle des acteurs, et comprend plus de 700 membres ? Et qu’il y existe aussi une branche des effets visuels, qui sont récompensés depuis les années 40 ? Enfin que c’est un français qui a gagné l’Oscar des Effets Visuels en 2020 !

Alors oui, nous qui voulons entendre la voix de tous les talents qui composent les métiers de l’animation et des effets visuels, nous voulons porter leur parole avec force et nous demandons qu’un collège de l’animation et des effets visuels soit créé au sein de l’académie, en vue des Césars 2021. Qu’il réunisse tous ceux qui, membres actuels de l’association, se reconnaissent dans ce métier et souhaitent le représenter. Il est également essentiel que soit réservé dans le nouveau Conseil d’administration le même nombre de représentants de ce collège que celui dévolu aux autres collèges.

Au moment où l’Académie veut se porter garante de la diversité, elle doit agir pour inclure tous les métiers du cinéma. Ce serait une erreur de sursoir à cette décision et de continuer à nous laisser ainsi sans voix.»

Lettre ouverte co-initiée par le Syndicat des Producteurs de Films d’Animation (SPFA) et Les Auteurs groupés de l’Animation Française (L’AGrAF), par l’Association Française du Cinéma d’Animation (AFCA) et la Guilde Française des Scénaristes – Avril 2020

 


Côté gauche du bac à sable

«Replaçons l’animation au cœur du cinéma !
Pour une meilleure et juste représentation de l’animation à l’Académie des César
Et contre son ostracisation dans un collège dédié

Nous, professionnel.le.s du cinéma français d’animation, mais aussi de la prise de vue réelle, demandons une meilleure prise en compte des œuvres d’animation, de leurs producteur.trices, auteur.e.s et technicien.ne.s au sein de la nouvelle Académie des César. Nous souhaitons qu’autour de 10% des sièges de son Conseil d’administration reviennent à des représentant.e.s issu.e.s de ce secteur. Au-delà du maintien des prix du meilleur long métrage et du meilleur court métrage d’animation, notre secteur doit être défendu et reconnu.

Nous voulons à nouveau affirmer que l’animation n’est pas un genre.

Elle traverse les genres cinématographiques que sont la fiction, le documentaire et l’expérimental, et s’empare de plusieurs genres narratifs comme le drame, la comédie, le polar ou encore la science-fiction. L’animation se décline en un certain nombre de techniques (en volume ou stop motion, en 2D, 3D). Ces techniques et expressions graphiques sont au service du propos ; elles nous permettent de faire vivre des univers, des personnages, des poésies et d’enrichir les propositions narratives. L’animation n’est qu’une autre manière de faire du cinéma. Elle est née avec lui. Ses précurseurs appartenaient au cinéma, sans distinctions. Aujourd’hui, les passerelles entre les pratiques sont de plus en plus régulières, et l’on voit par exemple des réalisateurs.trices venu.e.s de la prise de vue réelle écrire pour l’animation, et inversement.

La réforme de l’Académie des César est un moment déterminant, nécessaire pour notre combat : donner à l’animation la place qui lui revient, au cœur de la création cinématographique. Nous demandons à être parmi nos pairs.

Nous demandons à être représenté.e.s au sein de l’Académie par des places attitrées dans les collèges producteurs, réalisateurs et techniciens, dans le respect de la parité.

Nous sommes de fait contre la proposition de création d’un collège unique dédié à l’animation, quand les autres collèges respectent une logique de professions. Nous ne sommes pas des réalisateur.ice.s, des auteur.e.s, des technicien.ne.s et des producteur.trice.s à part. Enfin, il nous paraît incohérent d’associer films d’animation et VFX. Les effets visuels doivent être représentés au sein des collèges dédiés aux techniciens et aux industries techniques.

Il est temps de décloisonner le cinéma d’animation, de rendre justice aux œuvres que nous aimons, auxquelles nous donnons tant d’énergie, à travers leur conception, écriture, fabrication, financement, diffusion. Le cinéma français d’animation a de beaux jours devant lui : saisissons l’opportunité qui nous est offerte aujourd’hui.»

 

Lettre ouverte co-initiée par le Syndicat des producteurs Indépendants (SPI) et la Société des Réalisateurs de Films – Avril 2020

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