« Prologue » contre la montre

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En 2015, l’artiste canadien Richard Williams présentait au monde le résultat de douze années de travail sous la forme d’un court métrage de six minutes intitulé Prologue.
Réalisé au Royaume Uni, où Williams est installé depuis le milieu des années 50, ce film entièrement dessiné à la main sur feuilles de papier constitue l’introduction d’un long métrage « omnibus », c’est-à-dire divisé en segments conçus par différents réalisateurs, prélude à l’adaptation de la comédie grecque d’Aristophane « Lysistrata« .

Une bonne part des obsessions qui ont conditionné – et souvent pollué – toute la carrière de Richard Williams figurent dans ce Prologue, la quête de l’excellence, le surpassement de soi et des limites créatrices du dessin de mouvements en tête. Bien. Très bien. Mais le perfectionnisme maniaque de M. Williams sert ici un académisme pompier, grandiloquent, emphatique, désuet, un brin rétrograde voire réactionnaire, bien éloigné de la modernité subversive et anticonformiste de la pièce d’Aristophane.
Les dogmes de l’art pompier (fin du XIXe siècle) ? Prédominance du dessin sur la couleur, exaltation de l’anatomie humaine et animale, idéalisation nostalgique des mythes antiques, mimétisme photographique… Prologue les adopte tous pour ne former qu’une succession d’effets démonstratifs qui anéantissent tout le cynisme de l’épisode tragi-comique que le court métrage tente de nous raconter.
La démarche pourrait même témoigner d’une certaine amnésie, ou d’une totale lucidité sur soi, c’est selon. En effet, dans l’excellent premier chapitre de son ouvrage pédagogique « The animator survival kit » (« Techniques d’animation » pour l’édition française), on trouve une anecdote personnelle qui semble à la fois faire écho à l’esthétique et à la mise en scène de Prologue, et résonner comme un implacable verdict de vanité :
 » […] J’ai montré plusieurs de [mes] dessins d’après modèle à ma mère qui avait été illustratrice. Elle était alitée, c’était juste avant sa mort. « Tu sais maman, avec tous ces dessins j’ai cherché à me reconstruire« . Elle les a regardés attentivement plusieurs fois, puis a dit, « Bien, très bien … rien de bien neuf. » […] »

 

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> Lire la pièce d’Aristophane

Voici, à toutes fins utiles, le serment (mot d’ordre de la « grève du sexe ») que Lysistrata fait prêter aux Athéniennes pour empêcher les hommes de s’entretuer :

 » Aucun amant ni aucun époux
Ne pourra m’approcher
Je mènerai chez moi une vie chaste
Vêtue de robe légère, et parée
Afin d’exciter les désirs de mon époux.
Jamais je ne m’y prêterai de bon gré.
Et s’il me prend de force
Je ne ferai rien que de mauvaise grâce et avec froideur.
Je n’élèverai pas mes pieds au plafond.
Je ne m’accroupirai pas comme la figure de lionne qu’on met sur les manches de couteau.
Puissé-je boire de ce vin, si je reste fidèle à mon serment !
Si je l’enfreins, que cette coupe se remplisse d’eau !« 

 

Jusqu’ici, le film est toujours visible en ligne :

 

 

 

 

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