
20 ans après mon entretien filmé avec Isao Takahata (à Meknès, en mai 2006), au cours duquel ce dernier s’épanchait notamment sur la réception japonaise du Roi et l’Oiseau de Paul Grimault, voici que Le Monde vient apporter sa contribution à la réhabilitation de La Bergère et le Ramoneur, par le prisme de l’influence exercée par ce long métrage sur les cinéastes japonais, co-fondateurs du Studio Ghibli.
Vulgarisation oblige, la courte introduction vidéo à un dossier plus conséquent cède au raccourci trompeur* mais la démarche est louable, compte tenu du flou pathétique, savamment entretenu sur cet épineux sujet patrimonial jusque dans des expositions officielles récentes.
A toutes fins utiles, je vous renvoie vers plusieurs articles de ce blog, qui évoquent, images à l’appui, les traces concrètes de l’influence de La Bergère et le Ramoneur (et surtout pas du Roi et l’Oiseau !) dans l’œuvre cinématographique et télévisuelle d’Isao Takahata, de Hayao Miyazaki et d’autres réalisateurs moins connus de l’animation nipponne :
• sur la modernité cinématographique de La Bergère et son influence sur Takahata, Ôtsuka, Miyazaki et d’autres,
• sur l’étude de La Bergère par Isao Takahata,
• sur les clins d’œil appuyés à La Bergère dans Le château de Cagliostro (1978), premier long métrage réalisé par Hayao Miyazaki,
• sur d’autres influences moins connues, brassées dans Le château de Cagliostro,
• sur les conditions de mon entretien filmé avec Isao Takahata en 2006,
• sur d’autres raccourcis problématiques dans le travail journalistique récent du Monde et de France Culture sur ce sujet,
• et enfin, sur l’ouvrage indispensable de l’historien Sébastion Roffat, « Chroniques d’un désastre annoncé » pour ne pas mourir idiot.

* Mentionnant la découverte de La Bergère et le Ramoneur au cinéma par Isao Takahata en 1955 et son application à en étudier le moindre détail, la journaliste explique : « par exemple, lorsqu’il entre au sein du studio d’animation Toei à la fin des années 1950, il partage son enthousiasme avec ses collègues, dont le jeune Hayao Miyazaki. »
Takahata est entré au studio Toei en 1959 et Miyazaki en 1963. Le raccourci n’est pas gravissime en soi mais il occulte le fait qu’une première vague d’artistes et techniciens de l’animation japonaise (laquelle a commencé à s’industrialiser à partir de 1956) a connu le même choc visuel face à La Bergère. Parmi les représentants de cette première génération qui a bâti les fondations de l’anime tel qu’on le connaît aujourd’hui, on peut citer Osamu Yezuka, Yasuji Mori et Yasuo Ôtstuka. Les deux derniers ayant été accessoirement les mentors, puis les collaborateurs de Takahata et Miyazaki.






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