
Fooly Cooly (フリクリ – Furi Curi)
2000/2001 – 6 épisodes
Réalisation : Kazuya TSURUMAKI
Scénario : Yôji ENOKIDO
Fooly Cooly (FLCL) fait partie de ces séries devenues instantanément des sommités au sein de la communauté mondiale des amateurs de dessins animés pourvoyeurs de bon gros shoots de dopamine. Un statut de référence qui laisse sceptique les téléspectateurs extérieurs à cette communauté tant le fond et la forme de cette œuvre hors normes apparaissent bordéliques et insensés.
Car cette courte série d’OAV (films exclusivement destinés au marché de la vidéo VHS et DVD) est avant tout constituée d’une succession de moments foutraques et à peine narratifs de la relation improbable d’un jeune blanc-bec de 12 ans, Naota, avec une extraterrestre psychopathe, Haruko, laquelle chevauche une Vespa vintage, une guitare basse en bandoulière. Cette rencontre fortuite d’une machine à tuer avec un ado apathique sur une table à repasser géante en forme de ville de banlieue japonaise est le fallacieux prétexte à un déferlement de situations burlesques avant un retour final à l’ordre d’un quotidien ennuyeux à mourir.
Alors comment s’explique le magnétisme immédiat qu’exerce cette série, fruit d’une brillante réinterprétation d’une recette traditionnelle implacable, aussi ancienne que l’art des dessins animés ?
Peut-être d’abord parce que FLCL célèbre et modernise justement la folie furieuse des cartoons animés étasuniens. Comédies endiablées dans lesquelles l’absurde est l’alibi assumé d’une caricature féroce des interactions entre individus d’une société déréglée.
Puis intervient le savoir-faire du feu-Studio Gainax, et de sa célèbre tête de gondole Hideaki Anno (lequel prête sa voix au chat Miyu Miyu*), dont la propension à faire partir en vrille leurs fictions fantastiques est de renommée publique depuis des décennies. Gainax opte ici pour la loufoquerie débridée et parodie toutes les conventions de la teen romance, que les séries d’animation japonaises recyclent jusqu’à l’overdose.
Le chaos narratif qui en résulte pourrait d’ailleurs métaphoriser, avec un art réjouissant du non-sens, les tempêtes psychologiques de l’adolescence.
* Tiens, ce nom me dit quelque chose …

De l’animation stroboscopico-foutraque
On le sait peu en France, les meilleurs animateurs japonais se livrent une compétition acharnée dans la mise en scène et en mouvements de leurs récits audiovisuelles de la manière la plus créative et la plus spectaculaire possible. Les adeptes avisés apprécient cette rivalité et savent en reconnaître facilement les manifestations à l’écran. Que ce soit dans un plan furtif placé au beau milieu d’un épisode dépourvu d’action ou, comme dans le cas de FLCL, à l’échelle d’une œuvre entière presque exclusivement fondée sur une excentricité visuelle permanente et poussée au-delà des limites de l’entendement.
Le parti pris du « tape-à-l’œil animationnel » (aussi appelé action-flashy) se concrétise par une surenchère de mouvements défiant l’imagination et la gravité, enchaînés à un rythme frénétique. Ces mouvements dessinés à la main, sans recours aux modélisations 3D, exhibent de surcroît un soin particulier à représenter de manière détaillée et fétichiste des objets mécaniques sophistiqués comme une Vespa jaune et une guitare-basse Rickenbacker **.
Cette démarche ne relève donc pas de la facilité. Elle déconstruit et brouille les codes du récit classique (exposition, développement et dénouement). Elle déstabilise le spectateur qui consent, dès la minute inaugurale du premier épisode, à un pacte déraisonnable de suspension de l’incrédulité*. Tout ce qui suivra, même les retournements le plus stupides, sera accueilli avec délectation.
Vu de loin, on comprend bien qu’on a tôt fait de qualifier cela de débilité abrutissante, de « japoniaiserie ».
Les planches ci-dessous reprennent plan-par-plan l’une des séquences emblématiques de FLCL. On y observe le principe des smear frames, phases de mouvement dessinées au mépris de la plausibilité physique, qui étirent et malmènent les corps dessinés jusqu’à l’abstraction. Le tout s’enchaîne de manière syncopée, quasi-stroboscopique, pour créer une hallucination proprement jubilatoire. Certes, l’effet est au service d’une ultra-violence visuelle mais la nature d’un personnage de dessins animés étant précisément de pouvoir tout endurer, de mourir et de renaître indéfiniment, tout va bien.
* Procédé scénaristique grâce auquel le lecteur ou spectateur d’une œuvre de fiction consent à accepter les événements irréalistes qui vont lui être racontés/montrés.
Par exemple, dans les premières minutes d’un film de super-héros, le premier acte surnaturel survenu suffit à suspendre le scepticisme du spectateur pour toute la suite du récit.
** Plus exactement : une Vespa Super Sport 180 (modèle 1965) et une guitare basse Rickenbacker 4000, instrument généralement associée à Paul McCartney post-Beatles ou au rock bourrin de Motörhead.







Liste des épisodes
Tous les titres japonais des épisodes déclinent le jeu de mot du titre de la série, basé sur l’abréviation d’expressions ou de motifs de la pop-culture japonaise, jusqu’à les transformer en onomatopées de bandes dessinées. D’un manga en l’occurrence, publié parallèlement à la série et visuellement cité dans plusieurs séquences animés.
Je propose une traduction en français
1# Fooly Cooly (フリクリ – Furi Kuri)
> « Idiot et cool« , à l’instar de la tonalité de la série
2# FireStarter (ファイスタ – FiSta)
> le terme anglais désigne à la fois un « démarreur » (de la Vespa ?) et un « allumeur » (une allumeuse ?) de barbecue ou d’incendie.
L’extra-terrestre sexy Haruko manifestant à l’égard de Naota des attitudes plus qu’aguicheuses, je suis tenté de retenir « L’allumeuse« .
3# Marquis de Carrabas (マルラバ – Maru Raba)
> en japonais Karaba kôshaku (カラバ侯爵), ici le titre de l’épisode abrège la traduction phonétique (katakana) maruki karaba
Il s’agit bien sûr d’une référence au personnage du conte de Perrault, « Le Chat botté », très célèbre au Japon. Naota se retrouve affublé d’oreilles de chat dans cet épisode.
4# Full Swing (フリキリ – Furi Kiri)
> « Pleine frappe« , référence au renvoi/tir (swing) d’un batteur de baseball. Dans cet épisode, Haruko fait sortir de la tête de Naota une guitare géante qu’elle utilise pour repousser, comme avec une batte de baseball, la chute d’un satellite qui menace la Terre.
5# Brittle Bullet (ブラブレ – Bura Bure)
> « Balle cassante« , référence aux munitions brisées des ennemis de Haruko (cf. plans ci-dessus)
6# FLCLimax (フリクラ – Furi Kura)
> « Climax », paroxysme de la tension dramatique, apogée de la série
Extrait du générique final mêlant plans animés et vues photographiques (time lapse) saccadées

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