Furansujin Connection (bis)

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Voici quelques notes prises durant la rencontre publique autour du projet « Furansujin Connection« , le dimanche 10 juillet 2016, lors de la 17e édition de Japan Expo, entre 16h50 et 17h30, au Parc des exposition de Villepinte (Paris-Nord).
Ces informations me paraissent complémentaires de celles qui sont actuellement publiées sur site web du « réseau professionnel des français de l’anim au Japon » .

Les intervenants présents :
Thomas Romain, directeur artistique et réalisateur au sein du studio Satelight,
Eddie Mehong, animateur et producteur dans le studio franco-japonais Yapiko Animation,
> Dans le prolongement de la masterclass dispensée par Yasuo Ôtsuka (vétéran de la Toei, mentor de Hayao Miyazaki et Isao Takahata, entre autres) au Forum des Images en 2001, Eddie Mehong a pu se former, avec Christophe Ferreira, au sein du célèbre studio Telecom dont Ôtsuka était le pilier.
Stanislas Brunet, mecha designer (dessinateur de machines) et décorateur au studio Satelight,
Vincent Nghiem, chef décorateur et animateur, pour Satelight notamment.

 

Présentation succincte de l’industrie de l’animation japonaises

La table ronde a débuté par une contextualisation de la présence française dans le marché de l’animation japonais.
Quelques tableaux statistiques très éloquents sont présentés pour illustrer l’évolution exponentielle de la production annuelle de séries tv au Japon. A ses débuts en 1963, 7 séries ont été produites en un an. 28 en 1970, 61 en 1980, 85 en 1990, 150 en 2001, 279 en 2006 et 322 en 2014 !
A titre de comparaison, quand la France produit en 2014 260 heures d’animation, le Japon en produit 2000.
En 2014, 6 longs métrages ont été produits en France, contre 74 au Japon.
Selon Thomas Romain, qui commente ces chiffres, cette production « va dans le mur« . La surproduction s’accompagne d’une crise salariale, provoquée en partie par le dumping de plus en plus prégnant de la sous-traitance asiatique, une crise dont la première conséquence visible depuis l’étranger est une baisse de qualité par rapport aux standards japonais très élevés.
Ce contexte tendu incite les créateurs d’animation à toujours plus d’inventivité, d’efficacité (rapport qualité graphique/coût de la minute d’animation) et de rationalisation de la chaîne de fabrication.

Près de 90% des studios sont situés à Tokyo, principalement dans les arrondissements de Suginami et Nerima. Les quatre furansujin intervenants y vivent et y travaillent.
Quelques photos présentées attestent de la modestie des structures que l’on appellent « studios d’animation » et d’une faible informatisation des phases de fabrication. Le dessin manuel sur papier prédomine, du storyboard (scénario dessiné) au clean (pose d’animation au tracés définitifs). Le numérique pénètre progressivement le cœur de la production (intégration d’images de synthèse, mise en relief de décors, ajout de motion designs) mais il reste encore minoritaire. Les technologies informatiques sont en revanche omniprésentes dans les phases de « post-production », de la colorisation au fichier diffusé, en passant par le compositing (assemblage des différents éléments d’un plan) et le traitement sonore.
> plus d’infos sur cette page

 

Description de quelques métiers de l’animation

La fabrication d’un anime se décompose selon le schéma suivant :

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La définition du projet et son écriture (scénario, storyboard/e-konte, création du design des personnages et des objets à animer) agrège l’équipe de supervision du film ou de la série : le chef décorateur, les chefs animateurs, les designers les plus qualifiés pour mener à bien le projet dans l’esprit souhaité. En cela, la « pré-production » est « comparable au casting d’un film« .
L’étape centrale de la « production » est la plus accessible aux débutants. Le poste de « dôga » (dessinateur des intervalles entre les poses-clés conçues par les animateurs expérimentés) est le plus propice au démarrage d’une carrière, y compris pour un étranger ne possédant qu’un niveau linguistique rudimentaire.
Le poste de « chargé de production », s’il nécessite une bonne maîtrise de la langue, dans la mesure où il fait le lien avec les différents intervenants de la chaîne de fabrication, est une voie d’entrée pour les non-dessinateurs. L’une de ses missions consiste à aller récupérer le travail fourni par les animateurs freelance éparpillés dans la ville. Beaucoup d’animateurs-vedettes travaillent en effet sous un statut d’indépendant. Le chargé de production va fréquemment à leur rencontre et peut nouer des relations privilégiées avec eux.

 

Points négatifs

Les intervenants ont décrit ensuite les aspects problématiques rencontrés lors de leur intégration du secteur professionnel de l’animation japonaise.

• La maîtrise minimale de la langue japonaise est un prérequis quasi-incontournable. Les Japonais s’expriment très peu en anglais ; leur niveau moyen en la matière est très faible.
On comprend que dans un contexte d’hyper-rationalisation des coûts, la perte de temps occasionnée par toute incompréhension sur la tâche à accomplir ou les corrections à apporter, est à la fois préjudiciable à la production tout entière et à l’employé qui s’en trouvera freiné dans sa progression professionnelle.

• Les salaires sont très bas et ne permettent de vivre décemment qu’une fois atteint un certain niveau d’élévation professionnelle (supervision d’une étape de fabrication). Un intervalliste est payé au nombre de dessins exploitables. L’animateur est payé au plan terminé. Rappelons que contrairement à la méthode occidentale qui répartit grosso modo le travail d’animation d’un plan par personnage (un animateur dessine le même personnage pendant tout le film), les animateurs japonais dessinent tous les éléments animés d’un même plan et de séquences entières.
Le designer (de personnages, d’objets, de machines) est payé à la planche de modèles, plus ou moins élaborée.

• Les horaires de travail sont particulièrement difficiles à supporter. La réglementation dans ce domaine n’a pas grand chose à voir avec le temps de travail occidental (français en l’occurrence). Le débutant dans l’animation au Japon, s’il veut progresser dans la hiérarchie, doit faire preuve d’une abnégation, qui conduit souvent à des extrémités (épuisement au travail, dépression aigüe, absence de vie sociale). Eddie Mehong atteste avoir dormi souvent sous sa table d’animation durant son début de carrière à Tokyo.

• La méthode de travail japonaise est « déstabilisante » pour un français, formé traditionnellement à la méthode hollywoodienne. Malgré la qualité très élevée des formations techniques françaises (de l’école des Gobelins en particulier), les animateurs français désireux d’intégrer le secteur professionnel japonais sont contraints de tout réapprendre. Le temps d’adaptation est long mais, de l’avis général, extrêmement précieux. « La méthode japonaise est basée sur une recherche constante de l’efficacité » sans dévaluer le niveau esthétique de la production. Plutôt que de réduire la quantité de détails d’un design complexe (exigence élevée des publics), on cherche par exemple à optimiser les poses-clés (plus dynamiques, plus audacieuses) ou à opter pour des mises en scène plus inventives, esthétiquement et cinématographiquement parlant.
Un autre exemple : alors qu’en France on produit de nombreuses planches pour un même décor finalisé, la conception d’un décor d’arrière-plan au Japon s’opère plus directement entre le dessin de layout (maquette du plan, à l’échelle définitive) et le décor peint. Le casting initial prend d’ailleurs tout son sens dans ce cas précis. Le directeur artistique (chef décorateur) est embauché avant tout sur la base d’un style et de compétences clairement identifiés et fiables.

 

Points positifs

• La quantité de travail étant très importante, le portefolio d’un animateur débutant gonfle très vite. Son abnégation à la tâche produit rapidement des effets significatifs sur l’acquisition de compétences solides et très vite reconnues.

• La carrière d’un animateur connaît peu, voire pas, de temps morts. Le nombre de productions lancées annuellement permet le passage fréquent d’un projet à un autre. La diversité des projets et le panel d’opportunités facilitent les progressions de carrière et la montée en compétence rapides.

• La profusion d’artistes, d’artisans et de techniciens chevronnés « poussent radicalement les débutants vers le haut« . Bien qu’on ne puisse plus parler véritablement de relations maître/discipline dans ce contexte, la transmission de savoir-faire par l’encadrement rigoureux et bienveillant, reste globalement au cœur de cette profession. En dépit des conditions laborieuses d’exercice au sein des studios, l’ambiance est « assez saine« , car imprégnée de solidarité et d’entraide.

• La « qualité de vie urbaine à Tokyo est très élevée« .

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Cette table ronde bouclait un cycle de rencontres (dédicaces, masterclasses, séances de dessin en direct) dispersées dans la programmation de Japan Expo (du 7 au 10 juillet 2016). Parallèlement, un espace d’exposition était consacré à la Furansujin Connection.

 

 

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