
Pour marquer le trentième anniversaire d’anima, j’ai envie de rendre hommage à un ami perdu.
Lorsque j’ai créé l’association anima en octobre 1995, je ne disposais d’aucun outil numérique personnel pour travailler. Ni ordinateur, ni Internet.
J’écrivais tout, dont les conducteurs de mes émissions de radio et mes chroniques, sur papier, avec mes petites mains et un stylo plume.
Dans la station de radio associative au sein de laquelle j’exerçais, tantôt bénévolement, tantôt sous contrats à durée irrégulière, je bénéficiais d’un accès privilégié à un bureau annexe, situé dans le sous-sol d’un immeuble d’habitation, au cœur d’un quartier populaire de la ville.
Dans ce bureau à la porte blindée, se trouvait une photocopieuse, un fax et un Mackintosch Color Classic Desktop, commercialisé par Apple depuis 1993.
L’écran de ce petit ordinateur combo (unité centrale et écran combinés) d’à peine 30 cm de hauteur n’excédait pas les 15 centimètres de haut pour une vingtaine de centimètres de large.
L’affichage d’une page A4 à 100% ne rendait visible qu’un quart de page dans l’interface d’un logiciel de traitement de texte.

Je n’avais aucune formation en bureautique, j’apprenais sur le tas.
Le Mac était équipé d’une version crackée de X-Press, logiciel de mise en page professionnel utilisé alors dans les industries graphiques que j’ai fini par maîtriser au bout de trois ans de bricolages autodidactes.
Dans les première années d’existence d’anima, il me fallait engranger des savoirs. Les livres dédiés au cinéma d’animation accessibles en bibliothèque ou dans le commerce se comptaient sur les doigts des deux mains. Les publications spécialisées étaient encore balbutiantes, peu diffusées ou inconnues de moi.
Mes deux sources d’approvisionnement en ressources intellectuelles sur le sujet étaient alors les bouquins que je pouvais acheter au compte-gouttes à Paris ou à Londres, et la collection complète des numéros de la revue Positif que j’avais débusqués dans les archives poussiéreuses du cinéma Le Café des Images, avec lequel je démarrais parallèlement ma collaboration au long cours.
Sur ce petit Mac, j’ai tapé les couriers adressés aux partenaires de mon émission (éditeurs de BD et de vidéos) et aux différents interlocuteurs avec lesquels je communiquais (cinéastes, distributeurs de films, attachés de presse, ayant-droits, …), couriers que j’envoyais par la Poste ou par fax, parfois à l’autre bout du monde (à Disney, Nickelodeon ou Ghibli, par exemple).
J’ai écrit la mini-biographie d’une trentaine de grandes personnalités du cinéma d’animation que j’avais identifiées comme telles au fil de mes lectures.
J’ai rédigé mes tout premiers articles pour le magazine Animeland.
Dans les cinq années suivantes, j’ai suivi notamment une formation longue en infographie multimédias, collaboré avec des utilisateurs de Mac plus grands et plus performants. J’ai travaillé moi-même sur des Mac plus confortables pour écrire et mettre en page des documents. En 2000, au lancement de mes activités professionnelles indépendantes, j’ai abandonné définitivement Apple pour des raisons pragmatiques et économiques.
25 ans plus tard, mon affection pour le Mackintosch Color Classic Desktop de mes débuts est restée intacte.
Il a été un véritable ami, presque silencieux, honnête et infaillible.

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