Je me souviens du rock (II)

 

 

 

La lecture du livre éponyme de Gilles Verlant (1999) m’a donné l’envie – entre 2009 et 2015 – de compléter progressivement l’inventaire de ses 508 souvenirs musicaux avec quelques-uns des miens.

 

Je me souviens du rock II

 

1. Je me souviens du concert de Noir Désir à l’Olympia en novembre 89. L’avant-scène était squattée par un rang complet d’attardés qui ont attendu les premiers accords de « Aux Sombres Héros de l’Amer » pour se rouler des pelles à la lumière des briquets. J’ai compris ce soir-là que les belles promesses malarméennes de la bande à Cantat se noieraient bientôt dans le consensus mou.

2. Je me souviens de Robert Smith en chaussettes sur la scène du parc des expositions de Caen (89). Ce qui restait de The Cure était déjà à gerber.

3. Je me souviens de Pierre, le chanteur des Burning Heads, interviewé sur la scène de la salle Georges Brassens (Caen). Assis en tailleur au milieu des roadies et des autres membres du groupe, nous étions particulièrement détendus.

4. Je me souviens de mon premier jour à Radio 666. Mon contrat d’objecteur de conscience n’était même pas encore signé que je me retrouvai à déménager la caverne d’Ali Baba des Belles Portes.

5. Je me souviens du “fusil à pompe” du roadie d’un groupe de bourrins, ramené en douce sous le manteau, au cas où la fin de leur concert (Brutal Tour) organisé au cœur d’une banlieue métissée, aurait dégénéré. Je faisais le chauffeur d’un taré raciste. Ça ne s’est plus reproduit depuis, du moins je crois.

6. Je me souviens des mélodies de Kid Pharaon. Il était vraiment le meilleur dans son registre. Et l’Éducation-nationale-qui-ignore-beaucoup-de-choses-d’elle-même n’a sans doute jamais su qu’il fait partie de ses cohortes de pédagogues.

7. Je me souviens des pogos endiablés au milieu des skinheads et psychos parisiens descendus chez Sainte-Thérèse pour beugler en chœur les chansons de La Souris Déglinguée, Parabellum, et autres Guana Batz. Des bleus, des bosses mais que c’était bien.

8. Je me souviens de Mega City Four à la MJC d’Hérouville Saint-Clair, de la Les Paul de Darren “Wiz” Brown et de mon affection toute particulière pour Tranzophobia.

9. Je me souviens du regard pétrifié de mes anciens coreligionnaires lors de la messe de Fugazi au Chabada d’Angers en 1995.

10. Je me souviens de Joey Ramones venu faire le singe à Caen en 93 avec les rescapés de son groupe mythique dans une salle de merde, devant un public de merde.

11. Je me souviens d’un concert à Saint-Lô où j’ai eu le malheur de commencer le set de mon groupe par un ridicule “bonsoir, ville de merde”.
Les gens là-bas n’ont pas d’humour, c’est bien connu.

12. Je me souviens très précisément du son de la Stratocaster US Standard du bassiste des Deluxe. Il me l’avait prêtée pour le tout premier concert de mon premier groupe.

13. Je me souviens de Pornography enregistré par ma cousine sur la face A d’une cassette de 90 minutes. Elle m’avait dit en me la remettant : “je préfère largement l’album que je t’ai copié en face B. Il s’agissait de The Queen Is Dead. Je n’ai jamais écouté Pornography en entier. Some girls are bigger than others est l’un des morceaux que j’adore jouer.

14. Je me souviens des concerts de Chokebore et de l’humilité de Troy von Baltazar. J’ai eu l’occasion de le faire jouer en solo des années plus tard, dans un contexte assez peu glorieux. Je n’en garde pas un souvenir agréable, lui non plus.

15. Je me souviens des morceaux acoustiques de Dominic Sonic, de son admiration communicative pour John Lennon et Neil Young.
Hey, Hey, My, My Rock ‘n’ Roll will never die.

16. Je me souviens avoir fait des trous au zippo dans les 33 tours d’Alan Parson Project et Sade régulièrement passés sur la platine du foyer de mon lycée. J’avais même failli me faire Imagine mais dans un éclair de lucidité, j’ai renoncé. Mon honneur était sauf.

17. Je me souviens de ma première guitare électrique achetée à peine 30 minutes après avoir lancé un magistral bras d’honneur au ciel en recevant mes résultats du Bac.

18. Je me souviens du plâtre tombant des fissures des escaliers de la salle Georges Brassens lors d’un concert (mai 95) de Motorhead, déplacé à la dernière minute du Zénith pour cause de locations insuffisantes.

19. Je me souviens de ma première émission de radio (94), en remplacement estival de l’animateur qui fit ma culture garage. C’était une spéciale consacrée aux Replacements – ça ne s’invente pas – et au premier album solo de Paul Westerberg.

20. Je me souviens des samedis matins à réveiller les couches-tard de la veille à coup d’Henry Rollins, Leatherface et de Condense. Mon émission s’intitulait “Divine Rites” ?
Sauras-tu reconnaître le groupe auquel ce titre fait référence ?

21. Je me souviens de la dédicace de Little Bob sur les pochettes de High Time et de Come See Me. J’éprouve toujours un immense respect pour Roberto.

22. Je me souviens des boutiques de Camden où je passais le clair de mes séjours londoniens à chasser le 45 tours collector des Buzzcocks, New York Dolls et autres Misfits.

23. Je me souviens du business gerbant de NOFX et de leur comportement de stars. Toute expérience dans le staff organisateur de concerts est utile pour démystifier le R’n’R. L’intégrité est une valeur aussi rare dans la musique dite alternative que dans la variété.

24. Je me souviens des Roadrunners que je détestais cordialement. Les poseurs m’ont toujours énervé au plus haut point.

25. Je me souviens de l’interview ratée des Thompson Rollets (quel groupe !). Il marqua la mort prématurée de mon premier fanzine pourtant judicieusement intitulé “La Grange”.

26. Je me souviens des mots de Greg Graffin, le chanteur de Bad Religion, à la fin de l’interview qu’il m’avait accordée dans un hôtel parisien en juillet 1993 : “read my lips, no politic!” Luttant encore pour éviter de retomber dans le tabagisme hyperactif, j’avais largement apprécié le soin avec lequel il ménageait sa voix en me demandant de ne pas fumer à côté de lui.

27. Je me souviens de la fraîcheur de la bière dégustée dans le bus de SamIam quelques heures avant leur concert intimiste au Divan du Monde en août 1997. Ce concert avait été plus ou moins organisé pour mon anniversaire par le type que j’aidais à faire son trou dans la programmation musicale alternative. J’étais tellement déçu que le public ne soit pas au rendez-vous et tellement dépité par l’absence de relief de la prestation du groupe que je m’étais fendu d’un mail d’excuses à Jason Beebout quelques années plus tard. Bien entendu, il ne se rappelait plus rien.

28. Je me souviens de Daran, dont je me coltinais systématiquement les interviews à la radio. Finalement, à chacun de ses passages, j’admirais un peu plus sa persévérance et son talent. Dommage qu’il ait fini par lâcher l’affaire, il chanterait sans doute avec les Enfoirés aujourd’hui.

29. Je me souviens avec mélancolie de ce concert des Primitives (à moins que ce ne fussent les SSSS) dans une salle de cinéma lexovienne. Elle était si jolie. Comment-a-t-elle pu sortir avec ce gros connard, prétentieux et mythomane ?

30. Je me souviens des filles de L7 aux Transmusicales de Rennes. J’ai compris ce soir-là la stupidité de l’expression “un mec qui a des couilles”. Tous les groupes de mecs programmés lors de ce même concert – The Offspring en tête – apprirent à leur dépens que le rock n’a rien à voir avec la virilité.

31. Je me souviens n’avoir pas pris de boules Quies pour assister à mon premier concert de Motorhead. J’en ai déduis un peu vite que mes tympans étaient plus résistants que la moyenne. Et puis, j’ai vu Neurosis et j’ai compris ma douleur.

32. Je me souviens de la braguette entrouverte d’Iggy Pop : maigre compensation pour tout le public du Zénith de Caen venu prendre la pose en espérant apercevoir le zizi de l’iguane.

33. Je me souviens du charisme de Dominic A alors qu’il n’était pas encore le fer de lance de la « nouvelle chanson française ».

34. Je me souviens de Françoise Breut que je croisais dans le fumoir de l’école des Beaux-Arts de Caen. J’aimais bien son pote Cyril. Qu’est-il devenu d’ailleurs ?

35. Je me souviens d’une discussion avec Christophe Miossec sur le rock expérimental japonais.

36. Je me souviens du générique de fin de Simetiere que nous nous passions en boucle m’obligeant à revoir la scène finale faute de pouvoir caler correctement la VHS aux premières mesures de Pet Semetery des Ramones.

37. Je me souviens des “couteaux chauds” à Wembley en écoutant les Black Crowes.

38. Je me souviens avoir aimé l’album acoustique de Guns & Roses jusqu’à ce que mon anglais s’améliore suffisamment et que j’éprouve de la honte à fredonner “You’re One In A Million”.

39. Je me souviens de l’excellente reprise de Pressure Drop sur l’album solo d’Izzy Stradlin.

40. Je me souviens de mon affection toute particulière pour le tube de The La’s There She Goes. Allez savoir pourquoi.

41. Je me souviens des premiers numéros des Inrockuptibles. J’adorais les photos de Renaud Monfourny et les diatribes enjouées de Michka Assayas sur Morrissey. J’aimais la musique romantique de The Woodentops, de The Field Mice, de House of Love, de Mc Carthy, de The Pastels et autre James.

42. Je me souviens de la puissance inattendue de Silverfuck sur l’album Siamese Dreams de Smashing Pumkins.

43. Je me souviens de la housse en plastique taillée sur mesure pour mon premier 100w Marshall à lampes.

44. Je me souviens du jour, du lieu précis où j’ai acheté mon exemplaire de Beggar Banquet et de mon émotion juvénile en écoutant ses craquements sur No expectation.

45. Je me souviens du jour où je suis parvenu à reproduire à peu près le riff destructeur de Voodoo Chile de Jimi Hendrix sur ma Stratocaster US. Je ne devais pas être bien loin du Péril jeune.

46. Je me souviens d’un pèlerinage ennuyeux sur la tombe de Jim Morrisson. Je m’étais discrètement éclipsé pour me recueillir sur celle de Pierre Desproges. L’émotion était tout autre.

47. Je me souviens de Sex Machine, animée par Manœuvre et Dionnet. Que d’émois.

48. Je me souviens de “Punk Decade”, une émission programmée dans les Enfants du Rock en 1987. Un pote de Seconde me l’avait copiée sur VHS. Je la regardais en boucle. Quelques mois plus tard, je m’achetais une paire de Doc Marteens coquées et fondait le mouvement vaguement écologiste “Green Skin”, en réaction à l’absurdité de l’idéologie “Red Skin”.

49. Je me souviens de mon goût passager pour Jesus and Mary Chain.

50. Je me souviens des Dogs et de The Most Forgotten French Boy. J’ai croisé Dominique Laboubée dans de nombreux concerts, toujours, lui comme moi, dans un état lamentable. Pour ma part, je ne buvais que de la bière.

51. Je me souviens du solo minimaliste du Port d’Amsterdam, repris par Parabellum. Ces quelques notes furent les premières égrainées sur une guitare, classique de surcroît. Ne pas rire, svp !

52. Je me souviens avoir qualifié The Kinks de “petit groupe” dans une discussion entre amis.

53. Je me souviens avoir argumenté sur mon goût pour les “films musicaux” lors de l’entretien du concours d’entrée aux Beaux-Arts de Caen en citant les films de Jim Jarmush. “Mais ce ne sont pas des films musicaux“, me répondit un prof plus malin que les autres. Intimidé, je n’ai pas su quoi lui répondre. Quel con…

54. Je me souviens avoir été épaté par le son de la guitare de Lou Reed lorsque je l’ai vu plaquer les trois accords de Dirty Boulevard dans une émission de TV dont j’ai oublié le titre.

55. Je me souviens de mon premier séjour dans la banlieue de Londres en 1984. J’avais 14 ans et j’étais hébergé chez une femme divorcée vivant avec ses deux enfants, dont un fils de mon âge. Un après-midi ensoleillé, nous sommes passés lui et moi par la fenêtre pour rejoindre la fête foraine située dans le Valentine’s Park d’à côté. J’y suis tombé amoureux d’une fille à laquelle il m’arrive de penser encore parfois. Lorsque j’ai compris les paroles de Rusholme Ruffians, écrites un an plus tôt je crois et que je n’ai connues que cinq ans plus tard, j’ai été stupéfait par leur troublante similitude avec cet épisode mémorable de mon adolescence. Scratch my name on my arm with a fountain pen, this means you really love me. How quickly would I die if I jumped from the top of the parachutes ? An engagement ring doesn’t mean a thing to a mind consumed by brass money. Ceci expliquant cela.

56. Je me souviens des soirées terminées à l’arrière de la 205 de JP, défoncé, la tête entre les deux écouteurs de son autoradio, en écoutant Down in the Tube Station at Midnight de The Jam. Je me retrouvais instantanément à la sortie de l’Intrepid Fox à Soho, échangeant quelques banalités avec les rockers du cru en loupant la dernière rame pour Highgate.

57. Je me souviens du solo de batterie de Keith Moon sur Who Are You. J’aurais aimé être batteur si je ne m’étais pas senti aussi incapable de désynchroniser mes quatre membres.

58. Je me souviens avoir regardé assidûment le Top 50 en passant plus de temps à pester contre la médiocrité musicale de la variétoche française qu’à profiter d’un clip de l’un des rares groupes potables que je cherchais en vain à y apercevoir. Sans doute, considérais-je comme une lueur d’espoir le fait de voir l’un des artistes que j’aimais accéder au palmarès des ventes de disques. Quelle perte de temps ! En attendant, je suis incollable sur tous les groupes pourris des années 80.

59. Je me souviens très bien du son cristallin de la Rickenbacker douze cordes de Roger McGuinn, le leader des Byrds. Et pour cause, j’écoute toujours régulièrement Younger Than Yesterday.

60. Je me souviens de la guitare transparente de Deniz Tek et du didgeridoo de Kent Steedman qui l’accompagnait ce soir-là au Havre.

61. Je me souviens de mes prises de bec avec le programmateur musical de 666 provoquées par mon rejet épidermique des premiers sursauts de la “nouvelle scène française” et par son obstination à nous imposer de passer Stéphane Eicher, dont je garde précieusement un single lacéré aux ciseaux.

62. Je me souviens de la liste des noms envisagés pour mon premier groupe. “Warsaw”, hommage direct à Joy Division arrivait en seconde position, derrière Emma Peel*.

63. Je me souviens de la fuite d’eau qui faillit emporter mon vinyle de Doolittle des Pixies. La pochette est encore toute gondolée mais Monkey’s gone to Heaven passe toujours correctement sur ma platine. Dieu soit loué !

64. Je me souviens de la première fois où j’ai vu les New York Dolls sur une vidéo dont l’image effrontément détériorée n’altérait en rien leur préciosité.

65. Je me souviens d’OTH et de mon admiration puérile et exagérée de Motch, le guitariste clone de Keith Richard.

66. Je me souviens de l’énergie terrible de Jason and the Scorchers. Ce fut ma petite porte d’entrée sur la country music.

67. Je me souviens de mes questionnements existentiels quant à la catégorie dans laquelle je pouvais ranger Rose Tatoo, Alice Cooper, AC-DC, Aerosmith ou Motörhead. Était-ce du bon rock ‘n’ roll ou du mauvais hard rock ? Souvent je trouvais la réponse en écoutant leur second ou troisième album.

68. Je me souviens avoir pleuré en écoutant Hurt me, l’album acoustique de Johnny Thunder. Qu’est-ce que je pouvais être sensible !

69. Je me souviens du fait que Drop out with the Barracudas pouvait être considéré comme le summum festif de nos soirées embrumées.

70. Je me souviens de l’humour dévastateur des Violent Femmes like a blister in the sun.

71. Je me souviens de l’excellente reprise de Gloria de Van Morrisson par Patti Smith sur son non moins excellent album Horses. Je n’avais jamais fait le rapprochement avec Fred “Sonic” Smith qui reste une référence ultime. MC5 for ever!

72. Je me souviens de la liquidation du label Closer et de l’étrange sensation ressentie lorsque je me suis procuré dans un faillitaire une bonne partie de leur catalogue en vinyls pour à peine 10 francs (moins de deux euros).

73. Je me souviens de City Kids, Fixed Up, Thomson Rollets, Chasmbrats, Pushtwangers, Miracle Workers, The Johnny’s. Tous ces putain de groupes qui auraient mérité mieux que l’anonymat et l’oubli.

74. Je me souviens de Mati chantée par les Valentinos. J’ai beaucoup apprécié qu’Arno l’utilise en toile de fond de son premier polar, “Vingt-cinq ans à tuer”.

75. Je me souviens des pochettes malsaines d’Unsane.

76. Je me souviens de mon unique concert de Morrissey, partagé entre la joie de rencontrer cette voix si importante pour moi et l’amertume de ne rien observer de sa flamboyance passée.

77. Je me souviens de ma reprise de These boots are made for walking de Nancy Sinatra. Je me souviens y avoir pensé spontanément le jour où j’ai renoncé à chanter, ce que j’avais toujours fait par obligation, d’ailleurs.

78. Je me souviens d’une bonne claque en écoutant Ricky Lee Jones reprendre Up from the Skies d’Hendrix dans une version jazzy pas piquée des hannetons.

79. Je me souviens de nos premières reprises : Blondes ou brunes des Soucoupes Violentes, Errol Flynn des Dogs d’Amour, Aloha Steve & Dano de Radio Birdman, 66 heures de Téléphone, Havana Affair des Ramones, This Party Sucks des Slickee Boys, … On se savait pas jouer mais on avait bon goût.

80. Je me souviens d’une fin de soirée backstage avec les Hoodoo Gurus à Rouen. Ils étaient alors le must du rock pop australien dont j’avais fait ma spécialité radiophonique.

81. Je me souviens de la scène dite grunge américaine Smashing Pumpinks, Soundgarden, Alice in Chains, KYUSS, … Mais pourquoi ce franc désintérêt pour Nirvana ? Avais-je flairé instinctivement l’imposture ? Quoi qu’il en soit, c’est par cette voie que j’ai découvert les fantastiques Primus et Melvins. Alors, rien que pour ça, merci !

82. Je me souviens de toutes mes heures passées chez le disquaire Alternative, rue Desmolombes à Caen. Je n’ai jamais claqué trop de tunes chez eux, simplement parce que je n’en avais pas. J’avais aussi souvent l’impression de me faire entuber.

83. Je me souviens de ma surprise en aimant écouter les Beastie Boys, Boo-Ya-Tribe, Public Ennemy, Cypress Hill, et même De La Soul. Ce rap-là, je l’ai toujours trouvé très rock’n’roll. Décidément ce qualificatif ne veut strictement rien dire !

84. Je me souviens des noms foireux des groupes néo-punks comme Washington Dead Cat, GG Allin et Satanics Surfers. Mieux vaut en rire.

85. Je me souviens d’avoir eu l’illumination en écoutant l’excellent album de Killing Joke Pandemonium : “Bon sang mais c’est bien sûr, leur nom est une référence directe au sketch du Monty Python’s Flying Circus !”

86. Je me souviens des groupes du label Amphetamine Reptile et surtout de l’album In the Meantime de Helmet. Pour le coup, la découverte de leur son a été une véritable révélation. Tout comme j’ai été impressionné comme une groupie quand j’ai appris que Page Hamilton était un formidable guitariste de jazz.

87. Je me souviens de mon trouble à l’annonce télévisée de la mort de John Lennon le 8 décembre 1980. A 9 ans, on ne se rend pas compte de la symbolique de tels événements mais voir autant de gens pleurer en même temps fut un choc émotionnel qui a laissé des traces.

88. Je me souviens parfaitement de l’interprétation a capela de War par Sinéad O’Connor en 1992. A l’issue de cette performance habilement filmée, déclamée comme un discours (la chanson puise d’ailleurs son origine dans un speech célèbre de l’empereur Haile Selassie, lui-même mis en musique par Bob Marley), la chanteuse irlandaise déchirait une photo de Jean-Paul II et concluait par un “Know your real enemy” empli de haine. Il s’agissait de dénoncer le silence du Vatican sur les actes de pédophilie commis par des prêtres catholiques, à moins qu’il ne s’agisse d’un message personnel adressé à la mère. Je me souviens avoir ressenti des frissons similaires en écoutant la version a capela de Mercedes Benz par Janis Joplin.

89. Je me souviens de la forme rectangulaire de la guitare de Bo Didley. Ridicule !

90. Je me souviens de la tenue de super-héros (à moins que ce ne soit celle d’un catcheur mexicain) de Fred Sonic Smith arborée pendant les concert des MC5. Beaucoup l’ont copié depuis mais il me semble que seul HeWhoCannotBeNamed, guitariste des Dwarves la portait aussi bien.

91. Je me souviens de l’hallucination auditive provoquée par le son boosté à mort de la Fender de Wayne Kramer. Comment peut-on tirer un son aussi mortel d’une strato sinon en la kitant comme une vulgaire mobylette ?

92. Je me souviens de ma surprise en découvrant le premier album des Pretenders. Je ne connaissais auparavant que leur soupe sirupeuse, autant dire que j’ai eu du mal à le croire malgré le timbre de Chrissie Hynde, reconnaissable entre tous.

93. Je me souviens de la couleur des yeux de Brody Dale.

94. Je me souviens d’avoir vu à la télévision Elvis se caricaturant lui-même dans une interprétation live de Suspicious Mind. J’ai adoré.

95. Je me souviens de la scène du film La folle journée de Ferris Büller, lorsque deux des personnages principaux sont peu à peu immergés dans le pointillisme de Seurat sur une version honteusement édulcorée de ma chanson préférée Please, Please, Please, Let Me Get What I Want.

96. Je me souviens d’une leçon de guitare donnée à Antoine de Caunes par Mark Knopfler. Ce dernier démontrait avec un certain zèle la futilité du mediator.

97. Je me souviens du premier 45 tours que j’ai acheté : Heart of Glass de Blondie. J’ai découvert bien plus tard les albums antérieurs et j’ai fait comme tous les apprentis punk, je suis tombé amoureux de Debbie Harry.

98. Je me souviens d’un numéro collector de la revue Métal Hurlant daté de juin 1977, de l’encart de pub pour le premier 45 t (sic) des Stinky Toys, des chroniques de disques signées Philippe Manoeuvre sur Alice Cooper, Motörhead et The Dictators, d’une adaptation en BD de “L.A. Woman” avec Jim Morrisson en guest star et d’une pub haranguant le lecteur (“Hey PUNK as-tu ton T-shirt Loane Sloane ?”).

99. Je me souviens de la voix rauque et de la maturité impressionnante de Fiona Apple, dès les premières mesures de “Tidal”. La focalisation des médias sur les apparences trompeuses d’une jeune femme à la fois belle et triste comme un ange cachait difficilement l’immensité de son talent artistique. Quant à ses textes, leur brutalité pourrait ramener certains textes hardcore à de minables bluettes.

100. Je me souviens de cette citation lucide de Johnny Marr “le rock’n’roll n’est qu’une histoire de garçon en virée nocturne – boy’s night out music.” Et dire qu’il y en a encore pour le détester d’avoir éviter au meilleur groupe anglais de devenir une parodie de lui-même !

101. Je me souviens de tous les pédants pseudo-critiques du rock indépendant qui raillaient en 1996 le succès de Radiohead. Ceux-là mêmes qui comprenaient difficilement leur adhésion spectaculaire à la musique de ce même groupe en 1997 en écoutant Ok Computer. Ceux-là mêmes qui hallucinent encore aujourd’hui en se demandant comment un groupe peut être aussi créatif sur la durée.

102. Je me souviens de l’instauration des quotas aux radios rocks en 1996 imposant la diffusion massive de chansons en français. Tout réfractaire à cette idée se voyait taxé au mieux de réac’ au pire d’intégriste. Que penser aujourd’hui de la pertinence de ces quotas – terme parfaitement adapté pour les réformes agraires de la nouvelles scène française (sic), en entendant Cali, Ronan Luce, Tryo, Dyonisos, Benjamin Biolay, Camille et autres Olivia Ruiz ?

103. Je me souviens de la puissance mélodique des morceaux des Cry Babies, l’un de ces nombreux groupes régionaux prometteurs qui ne passent pas le cap du second album faute de créativité suffisante pour s’extraire du lot, faute de résistance à l’implacable érosion de leur énergie post-juvénile, faute de s’obstiner à chanter en anglais.

104. Je me souviens sans trop de mal de la voix aussi envoûtante que feutrée de Margo Timmins. Je n’ai pas boudé mon plaisir en l’entendant reprendre Sweet Jane de Lou Reed avec son groupe Cowboy Junkies.

105. Je me souviens de Prohibition, Drive Blind, Girls vs Boys, Headcleaner, dont la musique me laissait sceptique jusqu’à ce que je les côtoie, sympathise avec eux et reçoive comme de bonnes claques l’énergie scénique dont ils débordaient. C’est ici que se situait précisément mon intérêt pour le rock et mon rejet de (presque) tout le reste.

106. Je me souviens avoir longtemps pensé que Franckie Stubbs aurait pu ravir la popularité de Lemmy Kilminster si Leatherface avait viré aussi beauf que Motörhead. L’intégrité est le degré de référence de mon baromètre personnel en matière de R’n’R : en écoutant l’émouvante interprétation de My heart is home, mon affection toute particulière pour Leatherface n’en est que confortée.

107. Je me souviens du long solo de piano qui ponctue Man with golden helmet de Radio Birdman. Il est très clair que sans ce morceau je n’aurais probablement jamais autant apprécié le travail de Rob Younger.

108. Je me souviens d’autant mieux de l’homme-pied-de-micro des Tétines Noires qu’il s’afficha dans la plus frontale nudité dans le vieil escalier de l’école d’art que j’empruntais quotidiennement en 1990. J’aime le concept de son art provocateur. Punk’s not dead.

109. Je me souviens de la chanteuse de POD : une jeune black toute menue qui hurlait son apparent désespoir sur une musique étonnement mûre pour celle d’un groupe caennais. Pour la première fois, un groupe originaire de ma propre ville, me donnait l’espoir de voir naître une scène musicale artistiquement stimulante. La carrière de ce groupe n’a pas passé la séparation du couple qui en était la base.

110. Je me souviens de l’érotisme troublant de la voix de Chan Marshall sur son album le plus easy listening. Il m’avait capturé un temps avant de m’éloigner de sa musique pendant de trop longues années. Ice Water, quel morceau !

111. Je me souviens du blues énervé de Rory Gallagher et de Stevie Ray Vaughan qui constituait le fil fragile qui me reliait encore à cette musique à laquelle je n’ai jamais vraiment adhéré. J’aimais leur énergie, la rugosité de leur jeu de guitare et même certaines de leurs mélodies chantées. Je n’en trouvais que plus vomitives les dégoulinantes ballades de Gary Moore et le rock pantouflard de Robin Trower.

112. Je me souviens du tout premier album de Tortoise. Il m’a aimanté tout de suite. Enfin, je voyais un avenir au rock : l’hybridation, l’énergie contrôlée par la rigueur d’interprétation, l’enterrement des clichés (sex, drug et blablabla) et une ouverture sur un monde inaccessible à tous les auditeurs fainéants.

113. Je me souviens de cette photo géniale de Massive Attack devant une affiche adulant Eric Cantona (“1966 fut une grande année, celle de la naissance d’Éric !”). Je rentrais d’Écosse où j’avais pu mesurer l’aura du footballeur français. Mon adhésion au Trip Hop fût immédiate.

114. Je me souviens de Steve Albini et de ses deux acolytes de Shellac. Le son sidérurgique de sa guitare est encore en travers de ma gorge. Celui de son bassiste résonne encore dans mes tympans usés. La rigueur métronomique de son batteur est encore mon ultime référence en la matière.

115. Je me souviens de l’interview du guitariste de Doughboys réalisée à Rennes en mars 94, dans la foulée de celui du bassiste de Therapy?. La vacuité de leur discours respectif en disait long sur la platitude de mes questions. Je réalisais lors du concert qui suivit que le rock soi-disant indépendant répondait aux mêmes systématismes que la variété. Réglé comme du papier à musique, l’interprétation du tubesque Nowhere sonna comme un vulgaire playback.

116. Je me souviens du jeu extraterrestre de John Frusciante. Il n’aurait pas fait cet incroyable album solo (Deconstruction), il n’aurait jamais eu droit de citer dans le présent inventaire. Quoi que les premiers Red Hot fleurent bon une punkitude qu’on a du mal à croire lorsqu’on écoute la daube qu’ils pondent aujourd’hui.

117. Je me souviens de Dead Man et de ma rencontre avec la musique torturée de Neil Young. Je n’arrive pas à trouver du plaisir à écouter ce genre de musique, alors pourquoi m’attire-t-elle à ce point ? Peut-être ai-je trop été gavé par Harvest durant mes 15 années de vie conjugale révolue.

118. Je ne me souvenais plus de Joe Strummer que comme d’un vague fantôme lorsque j’ai écouté d’une oreille distraite l’album des 101ers. Nostalgie affective pour la vieillesse d’une idole tant adulée par le passé. Il existe maintenant des Telecaster à son nom, artificiellement abîmées. Il doit se retourner dans sa tombe.

119. Je me souviens parfaitement de la voix d’outre-tombe de Nico. Femme fatale est l’une de mes chansons préférées.

120. Je me souviens de la voix, aussi souterraine que ses lignes de basse, du chanteur de Morphine. Pourquoi ce groupe a-t-il disparu sans laisser de trace ?

121. Je me souviens des Sugarcubes qui n’existaient que par les envolées lyriques – qui relèvent de la sorcellerie – de leur chanteuse. Cette fille m’épate autant qu’elle m’intrigue.
Je dois la remercier régulièrement de m’avoir fait connaître Michel Gondry que j’écoutais déjà, sans le savoir, du temps de Oui-Oui.

122. Je me souviens des tout premiers larsens de Mogwaï. Je ne m’en suis jamais vraiment remis.

123. Je me souviens toujours avec amusement de cet épisode du Flying Circus qui débute par la présentation d’un talk-show illuminé par la présence de Ringo Star. A peine ouvre-t-il la bouche que le sketch prend fin et laisse la place à un autre. C’est proprement le genre de truc que j’associe au génie.

124. Je me souviens de la musique d’Arab Strap… En fait, non, je ne m’en souviens plus.

125. Je me souviens de l’insolence juvénile, sautillante et ironique, de quelques groupes pop anglais de mes années 80. Je suis donc rentré comme dans du beurre dans The Beautiful South tout en conchiant la reconversion techno de Norman Cook. Quand j’écoute aujourd’hui la qualité de ce qu’il a produit avec Fat Boy Slim, je regrette d’avoir été aussi con.

126. Je me souviens de The Nits. Conditionné par ma lecture assidue des Inrockuptibles (première époque), des émissions de Bernard Lenoir et par une mélancolie masochiste (pléonasme) durable, je me passais “Hat” jusqu’à l’épuisement, attisant les moqueries de mes coreligionnaires. Je ne regrette rien.

127. Je me souviens de Kent et de Starshooter. L’écoute de leur premier album m’arrache systématiquement un dérisoire “c’était mieux avant”. Leurs reprises des Beatles et de Gainsbourg prophétisaient avec 20 ans d’avance la boboïsation du rock français, du rock tout court devrais-je écrire.

128. Je me souviens des lamentations et du son dégueulasse de la guitare de Dinosaur Jr. Quand beaucoup se masturbaient en regardant leurs pompes sur Sonic Youth ou My Bloody Valentine, je m’évertuais à aimer sa musique.

129. Je me souviens du groupe d’Alan Vega. Je pense toujours que Suicide est le meilleur nom que l’on puisse donner à un groupe de rock, dont l’issue, par définition, devrait toujours être l’autodestruction.

130. Je me souviens des groupes éphémères de gentil hardcore américains comme Orange 9mm ou Downset. Ce dernier s’était fendus d’un tube qui commençait par la scansion d’un lancinant et visionnaire “Anger, hostility toward the opposition“.

131. Je me souviens de mon agréable surprise en écoutant Pantera. Avec un nom pareil, ce ne pouvait être qu’un mauvais groupe de hard rock. Peut-être l’avait-il été mais là, ce que j’entendais me plaçait dans un état d’euphorie tel que j’ai définitivement arrêté d’être, musicalement parlant, sectaire.

132. Je me souviens de mon émotion systématique à l’écoute de la musique de Vini Reilly. S’il y a bien un incompris dans l’histoire de la pop anglaise, c’est lui. Arrivé trop tôt sur la scène post punk-new wave, arborant un son et un jeu de guitare décomplexé, lunaire et planant, il préfigurait à lui seul, de dix ans, le trip hop. Durutti Columns est l’un de ces miracles accessibles qui vous touchent et ne vous lâchent plus.

133. Je me souviens de Viva Hate, le premier album solo de Morrissey. Avec une assiduité qui m’étonne moi-même, je reviens vers lui régulièrement pour y trouver à chaque fois de nouvelles émotions entre nostalgie et mélancolie, colère et tendresse, amusement et tristesse. D’abord, il y a ces compositions phénoménales qui calmèrent mes ardeurs d’inconditionnels de The Smiths. Johnny Marr était remplaçable. La flamboyance du groupe était bel et bien incarnée par le dandy aux glaïeuls. La richesse des lignes aériennes de Vini Reilly et les samples inspirés de Stephen Street contribuent largement à la réussite de cette galette impérissable.
Chaque chanson sonne comme s’il avait fallu montrer au monde que The Smiths n’avaient été qu’un préambule avant une maturité trop vite déçue. A l’instar de Break up the family dans la période douloureuse où j’écris ces lignes, les morceaux de cet album sonnent toujours comme s’ils avaient été écrits pour moi. Late night, Maudlin Street, I don’t mind if you forget me, Everyday is like Sunday et l’implacable Ordinary boys… C’est idiot, en écoutant religieusement ce morceau, je me suis toujours senti du bon côté et pourtant ça ne m’a pas empêché de vivre pendant plusieurs années avec une “ordinary girl, [that ‘ve] never seen further that the poor, cold streets that trap [her]” !

134. Je me souviens des Thugs. Les souvenirs additionnés de tous leurs concerts m’ont amené un jour à la conclusion hâtive qu’ils étaient le seul groupe français à pouvoir rivaliser avec les meilleurs pointures de la scène noise post-punk américaine. C’est peu dire ! En 1995, j’ai croisé dans sa boutique d’Anger, l’un des frères Sourice. Je n’ai même pas osé aller lui dire tout le bien que je pensais de sa bande.

135. Je me souviens du premier 45t des Buzzcocks trouvé dans une boutique londonienne non loin de Coven Garden, à quelques encâblure du Roxy Club où fût enregistré un live mémorable du groupe de Pete Shelley et Howard Deveto. Cette relique à la pochette chiffonnée est affichée face à moi. Elle me rappelle tous les jours combien ce groupe a été important dans mon apprentissage de jeune vermisseau du rock. Certes, ils ont renié leur dégoût des bolides, certes ils ont mal vieilli et ont succombé aux sirènes de la nostalgie des années 90, au risque de se griller définitivement, mais ils demeurent le seul et unique groupe punk militant dont on se souviendra sans moquerie, lorsque dans cent ans ont passera en revue les courants musicaux du 20ème siècle avec condescendance et ignorance.

136. Je me souviens de Chris Bailley et d’Ed Kueper, un des duos oubliés du vrai bon rock’n’roll. A la proue de The Saints, l’un des meilleurs groupes de la scène australienne garage-punk, née prématurément après le passage dévastateur des Stooges aux côtés de Bowie au début des années 70.

137. Je me souviens avoir toujours pensé que The Inmates était un groupe de bal pour les rockeurs vieillissants. J’avais eu cette pseudo révélation lors d’un concert de leur tournée “Tribute to the Beatles”. Back in the USSR, version garage, pourquoi pas, un peu de dépoussiérage de tant en tant, ça ne fait pas de mal. Mais, sans plus.

138. Je me souviens de Porno for Pyros, le groupe de Perry Farrel qui succéda au mythique Jane’s Addiction. L’énergie grunge/fusion et les envolées de Dave Navarro en moins, ça sonnait plus favorablement à mes oreilles déjà bien amochées.

139. Je me souviens du rouleau compresseur sonore que constituait la musique des Hard Ons. Les vrombissements sourds et néanmoins mélodiques, submergés par des psalmodies gutturales aussi radicales que leur nom, faisaient de ce groupe australien hors normes, l’une de mes références.
Il est loin ce temps !

140. Je me souviens non sans amusement de ma courte période Sex Pistols. “Never mind the bollocks” album ultime, pourtant déclassé par la bande originale du film The Great Rock’n’roll Swindlle au Panthéon des cassettes pourries qui ont survécu à la longue et poussiéreuse réclusion forcée imposée par mon relatif encroûtement post-trentenaire.

141. Je me souviens de la voix incroyable de Gerrie Roslie et du statut de paria de son groupe. Quand les Chuck Berry, Johnny Cash et autre Jerry Lee Lewis, appuyaient à outrance sur la corde sexiste du Rock’n’roll, The Sonics définissaient précisément son véritable sens contestataire. Punks avant l’heure, ils avaient déjà tout compris en 1963 et sans doute assumaient-ils que leur posture leur épargnerait renommée mondiale et starisation destructrice.
Nous, on reprenait Strychnine et on y prenait un plaisir fou.

142. Et les Beatles ? Je me souviens vaguement de leur dernier concert sur le toit d’Apple Records. J’y étais, en rêve. Je les menaçai de me jeter dans le vide pour m’étaler sur le passage piéton d’Abbey Road. Alors ils décidaient de jouer Don’t Let Me Down, rien que pour moi.

143. Je me souviens de la moustache ridicule de Greg Norton, de la voix nasillarde de Bob Mould et des extraordinaires mélodies qui surnageaient sur l’océan de saturations cradingues de Husker Dü. Et puis, ils reprenaient les Byrds. Rien que pour ça…

144. Je me souviens de la voix rappeuse de Tom Waits interprétant The Piano Has Been Drinking dans un talk show américain. Cette mise en scène humoristique de son alcoolisme a une heure de grande écoute avait quelque chose de flamboyant.

145. Je me souviens qu’avant de devenir la voix nébuleuse d’une publicité pour le kérosène de la flotte française, Hope Sandoval rayonnait par son immobilité en susurrant Fade Into You. Et toutes les lolitas sans voix du monde entier aspirèrent en masse à devenir des égéries boudeuses pour trentenaire adulescent.

146. Je me souviens du vidéo-clip en stop-motion illustrant la réhabilitation populaire de Nina Simone. Il ne dévoilait cependant rien de la rudesse de cette femme incroyable.

147. Je me souviens de The Clash auto-massacrant Guns of Brixton. Paul Simonon tentant d’aligner les barrés sur la Telecaster en ruine de Joe Strummer, lui-même inapte à restituer la ligne de basse lancinante qui confère tout son intérêt au morceau.
Incapable de verser la rançon de la gloire, le punk a perdu par K.O.

148. Je me souviens d’Amy Winehouse, la bien nommée. Comment exprimer le gâchis qu’aura été son autodestruction ?

149. Je me souviens très bien avoir parcouru la quinzaine de kilomètres séparant Cagnes-sur-mer de Nice, à pieds, pour fuir le cadre socialement insupportable des dernières vacances d’été avec mes parents. En guise de récompense, j’ai acheté deux choses à Nice, dont une cassette audio intitulée Now, that’s what I call quite good du groupe The Housemartins. Je la garde précieusement.

150. Je me souviens du blocage intellectuel qu’avait provoqué sur moi un épisode de la série télévisée Colombo. Très jeune, j’avais réalisé que Johnny Cash y interprétait le rôle d’une star criminelle. Il y était tellement convainquant, de mon point de vue, qu’il m’aura fallu 20 ans pour comprendre la valeur de ses chansons.

151. Je me souviens de la reprise de This Night Has Opened My Eyes par les fous furieux de At The Drive-in. Difficile à imaginer sur le papier qu’un groupe aussi psychologiquement et musicalement instable se livre à une telle profession de foi.
Je considère en effet cette chanson d’une tristesse infinie comme l’une des plus belles que je connaisse. Cedric Bixler-Zavala est l’un des rares (sinon le seul) à avoir su transcender la tonalité désespérée de l’originale.

152. Je me souviens de la folk mélodique des Waterboys. Héritiers médiatiques des Pogues, ils étaient beaucoup plus sages, moins imbibés, moins extrémistes que leurs aînés londonniens. C’est avec ces derniers que j’ai commencé à comprendre que Les Inrockuptibles constituaient l’avant-garde bien pensante de la « boboïsation » du rock, ou plutôt de ses vestiges.

153. Je me souviens, du coup, de la dentition de Shane MacGowan qui me renvoyait au cauchemar récurent de ma pré-adolescence, celui où mes dents n’étaient plus qu’un champ de ruine. Mes amis reprenaient Dirty Old Town lorsque l’ébriété réduisait au strict minimum le nombre d’accords de guitare à leur portée. Pendant ce temps-là, allez savoir pourquoi, je flashais grave ma race sur la voix de Cait O’Riordan, scandant la phrase que je rêve de déclamer à la muse de mes 18 ans « I’m a man you don’t meet everyday ».

154. Je me souviens du troisième album de Bloc Party. Content de mon adhésion immédiate à leur pop gonflée de reverb, j’ai sursauté d’autant plus haut, à l’audition de leurs maladresses électroniques. Voilà comment de mauvais producteurs bousillent les carrières des innocents avides de gloire rapide ! N’est pas Radiohead qui veut !

155. Je me souviens de Beirut. Terrible voleur à l’étalage des fanfares rurales, des Balkans au Mexique. Au-delà des mélodies tubesques, le spleen, encore, et les poils qui se hérissent systématiquement lorsque ma foule intérieure reprend en chœur « a Sunday smile we wore it for a while ».

156. Je me souviens des premiers albums d’Étienne Daho. J’ai commencé en 1987 par “Pop Satory” qui connaissait un énorme succès commercial depuis sa sortie un an plus tôt. Je suis remonté gaiement ensuite jusqu’à “Mythomane” en passant par “La notte, la notte” et “Tombé pour la France”. Tous mes amis se moquaient de moi (je devais mal les choisir…) puis est sorti “Pour nos vie martiennes” qui m’a littéralement anéanti, à tous les sens du terme. Comment pouvait-il en être autrement ?
Des heures hindoues est encore aujourd’hui l’une de mes chansons françaises préférées, avec Le petit bonhomme en mousse de Patrick Sébastien.

157. Je me souviens des sensations étranges à l’écoute des chansons de Joni Mitchell. Impossible d’y mettre des mots. Jusqu’à ce que je découvre la version de « A Case of You » par Diana Krall. Des pièges grossiers pour les hommes qui conchient la virilité, les soirs de grande solitude où il est toujours nécessaire de se dire qu’on tient toujours debout, malgré tout.

158. Je me souviens des débuts de Kerbdog. Pas besoin d’être devin pour comprendre que le trio pouvait marquer durablement les conduits auditifs des amateurs de sons alternatifs de la planète. Et puis, patatras, le désastre des ondes MF, la cupidité, le syndrome MTV … Le groupe ne s’en est jamais remis.

159. Je me souviens du concept fumeux des « super-groupes » qui fait encore largement recette aujourd’hui. Ces super-castings nés avec les agglutinements de masses de la fin de 60’s n’ont pas produit que des quintets vermoulus. Et c’est ainsi que je me prends de plein fouet l’éphémère Tomahawk. Don Caballero arrive dans la foulée, et me mène par le bout du nez directement à Battles et à sa descendance multiple.

160. Je me souviens de Pneu. Nous étions une petite vingtaine dans un salle grande comme un bar à Évreux. Je ne connaissais personne. Comme les autres, je venais faire bloc autour des deux zigotos. Je calai mes protections auditives et entrai dans une bulle. Brutale, épileptique, faussement déconstruite, leur musique, le bruit, les vibrations violentes, le larsen, et les acouphènes qui s’en suivirent m’accompagnent régulièrement.

161. Je me souviens – sous la force, presque sous la torture – de Led Zeppelin.
Le rock mégalomaniaque me fait vomir mais je dois convenir, incliné, le sommet du front frôlant le sol, que les riffs de Jimmy Page et la rythmique syncopée de Jones/Bonham, réussissent encore à occulter les plaintes geignardes de l’autre frisé quand il me prend d’écouter The House of The Holy.

162. Je me souviens d’un excellent concert de New Model Army. Toujours fidèles à eux-mêmes, à peu près le même set que les nombreuses fois précédentes. Seulement, cette fois, je n’écoutais pas vraiment.

163. Je me souviens de Blessed Virgin. Parmi la flopée de groupes français, dits « alternatifs » marchant plus ou moins fidèlement dans les pas de Téléphone, il était l’un des rares à proposer une énergie stupéfiante lors de prestations scéniques mémorables. Ça, c’était du power trio. Que sont-ils devenus ?

164. Je me souviens de ma première « vache ». Au début des années 80, il était de bon ton d’utiliser ses sacs en toile d’apparence vaguement militaire en guise de cartable. J’étais en 5eA et la mienne était recouverte de noms de groupes dont j’ignorais la moindre chanson. Comme tous mes potes, j’avais inscrit un gros « ACDC » au marqueur bien qu’au fond de moi, le groupe de Bon Scott ne signifiait alors qu’effroi et malaise. J’avais en effet aperçu la pochette de l’un de leur disque, montrant Angus Young éventré par sa SG, et le retentissement des cloches de l’enfer en intro de Hell’s Bells me hérissait le duvet !

165. Je me souviens des injonctions de Kathleen Hanna de Bikini Kills. Enfin, le machisme intrinsèque du rock vacillait sous les coups de boutoir de riot grrls. Blondie et Runnaways jouaient encore la carte de la séduction, Patti Smith avait agrandi la brèche, on allait changer d’air. Tu parles…

166. Je me souviens que les Celibate Riffles ont longtemps été un modèle pour leur sens de la mélodie imparable, pour le son si particulier de leurs productions puissamment planantes, et pour leurs riffs de guitare destructeurs. L’intro d’Electra Vision Mantra (sur l’album “Blind Ear”) a longtemps servi de générique à l’une ou l’autre de mes émissions de radio.

167. Je me souviens avoir acheté le maxi 45 tours de The Beaten Generation du groupe The The, pour la seule présence de Johnny Marr à l’harmonica et à la guitare.
Je n’ai compris que bien plus tard la portée des paroles dont le lucide “reared on a diet of prejudice and mis-information” du refrain.

168. Je me souviens d’Aussitôt Mort et plus encore de leur magnifique album “Montuenga” qui m’avait été offert par une amie chère mais perdue de vue :( avec laquelle j’aimais fréquenter les haut-lieux du bruitisme underground caennais.

169. Je me souviens être passé complètement à côté des Flamin Goovies. Pas assez crado pour moi, peut-être. A la fin des années 80, ils étaient redevenus très prisés d’une certaine sphère du rock alternatif nostalgique des précurseurs du dandysme garage d’inspiration britannique. Parmi ces groupes, on trouvait notamment King Size, dont le chanteur, si ma mémoire est bonne, avaient eu la gentillesse d’adouber avec beaucoup d’indulgence mon premier groupe, Emma Peel*, à la fin d’un concert dont King Size était la tête d’affiche.

170. Je me souviens avoir été initié aux vertus du rockabilly dès la première heure de mon entrée au lycée. Lorsque j’ai pratiqué intensément la guitare deux ans plus tard, j’ai tenté de m’inspirer du jeu de Brian Setzer des Stray Cats, pour l’ajouter à mon modeste arsenal. C’était très prétentieux de ma part.

171. Qui se souvient comme moi de Pegboy ? Je recommande vivement l’écoute de ce groupe à tous ceux qui pensent – à raison aujourd’hui – que le punk rock a été enterré aux États-Unis.

172. Je me souviens de la religiosité avec laquelle j’écoutais l’album du Velvet Underground & Nico quand je l’ai découvert à 18 ans. A priori plus sensible aux ballades mélodiques, je me suis pris des claques monumentales avec Venus in Furs et Heroin. Parfaitement sobre, je précise.

173. Je me souviens bien de la séquence du film de Paul Thomas Anderson, Magnolia, au cours de laquelle différents personnages en crise chantent en playback sur le superbe Wise Up d’Aimée Mann. C’était une énorme surprise personnelle car s’il y avait bien une musique que je trouvais “à gerber” (et c’est toujours le cas), c’est bien celle de ‘Til Tuesday.

174. Je me souviens de l’ironie communicative du chanteur d’Against Me! J’ai compris un peu tardivement, comme tout le monde je crois, à quel point le nom du groupe de Laura Jane Grace, souffrant de dysphorie de genre, est porteur de sens.
Je me demande si le vidéo-clip de I Was A Teenage Anarchist (qu’il faut visionner jusqu’au plan final pour en saisir toute l’ambiguïté) n’est pas le plus jubilatoire que je connaisse.

175. Je me souviens d’un album-pirate intitulé “A Nice Bit of Meat”. Le son est pourri mais il contient quelques pépites extraites de concerts rares de The Smiths à la qualité musicale discutable. La pochette reproduisait en noir et blanc l’une des célèbres photographie de Marilyn Monroe nue, capturée par Tom Kelley en 1949. Je m’interroge quant à la pertinence, au cynisme ou au mauvais goût du titre de ce vinyl qui fait à l’évidence référence au “Meat Is Murder”.

176. Je me souviens des groupes de rock garage suédois qui ne présentaient pas plus d’intérêt à mes oreilles de DJ avant que je découvre Union Carbide Production (quel nom !) et The Nomads.

177. Je me souviens avoir été jaloux quand j’ai appris que Cait O’Riordan était mariée à Elvis Costello. Pourquoi ? Je ne m’en souviens plus.

178. Je me souviens des danses syncopées de Ian Curtis. La fascination qu’elles exerçaient sur moi me confortait dans ma détestation viscérale de toute forme de trémoussement sur une scène ou sur une piste de boîte de nuit. Loin d’être insensible à la danse en tant qu’art, je trouve simplement idiot l’idée même de chorégraphie populaire. C’est idiot, nous sommes d’accords.

179. Je me souviens de l’un des meilleurs groupes de la scène hard core dite “industrielle” française, Cut The Navel String. Ils étaient relativement ignorés de leurs compatriotes jusqu’au retour de leur première tournée états-unienne. J’en avais tiré une théorie fumeuse sur l’incapacité collective à reconnaître les trésors placés sous nos yeux tant que ceux-ci ne sont pas cautionnés au-delà de nos frontières. “Fumeuse”, certes, mais qui se vérifie encore régulièrement dans tous les domaines de la Culture.

180. Je me souviens d’avoir découvert Lhasa De Sela très tardivement, grâce à une amie très chère. Fascination instantanée pour sa voix fragile et pour une rage contenue que je n’avais pas entendue depuis longtemps. Je pense en particulier à El Desierto dans l’album “La Llorona”. Suis-je le seul à ressentir cela en écoutant ce morceau ?

181. Encroûté dans la vie conjugale et la dépression à la campagne, je suis complètement passé à côté de la scène musicale caennaise du début des années 2000. J’ai loupé notamment Amanda Woodward dont je me souviens juste avoir pensé en apprenant leur existence que j’avais eu une belle intuition en baptisant mon premier groupe du nom d’une icône de la pop culture télévisuelle.

182. Je me souviens de Sigourney Weaver, le tube lancinant de John Grant. Non, il ne s’agit pas d’un hommage à l’actrice américaine.

183. Je me souviens parfaitement des sensations étranges ressenties à l’écoute du tout premier album de Gomez. Je reviens régulièrement à “How We Operate” que je trouve quasiment irréprochable, comme l’ensemble de leur discographie, d’ailleurs.

184. Je me souviens du concept de Dead Man Bones qui faisait chanter à des chœurs d’enfants des paroles atroces – comme “my body’s a zombie for you” ou “we will not destroy you“.

185. Je me souviens des douces confiseries qu’étaient les chansons de Slow Club avant qu’elles ne deviennent la soupe électro qui a dillué le groupe.

186. Je me souviens du tubesque Mould, sur la compilation commémorative “Allez tous vous faire enculer” d’Unlogistic. Ce collectif parisien, apparenté par raccourci au courant punk-hardcore est sans doute l’un des groupes les plus radicaux de la scène française. Il gagne à être connu.

187. Je me souviens à peine de la musique de Minor Threat. En revanche, j’ai adhéré sans réserves au mouvement straight edge, d’une manière modérée dois-je préciser.

188. Je me souviens de mon premier concert de Godspeed You! Black Emperor. Sans le savoir, je devais déjà avoir des prédispositions au rock progressif, du moins celui qui a su préserver son militantisme originel. D’aucuns qualifient cette musique de “post-rock”. Soit.

189. Je me souviens de Louise que la chanteuse américaine Shannon Wright a écrite en hommage à ma fille. Du moins, c’est ce que je me plais à penser.

190. Je me souviens d’une prof d’allemand qui pensait utile de nous infliger de la variétoche germanique pour nous donner goût à ses cours. Par exemple, le sirupeux Mein Kind de Peter Maffay et son imparable couplet “Mein Kind, nicht geboren und nicht mal gezeugt ich denk an dich.” Autant dire que c’était mal barré pour apprécier quoi que ce soit venu d’Allemagne. Certes, il y a bien eu Nina Hagen et Die Toten Hosen à leurs début, certes il y a bien Notwist (mais qui a le bon goût de chanter en anglais) mais il m’a fallu attendre Die ganze Welt de Sophie Hunger pour apprécier la musicalité de la langue de Goethe. C’est dire.

191. Je me souviens de ma surprise d’apprécier la musique de Calexico. C’était tellement improbable.

192. Je me souviens de mon acharnement à détester Tindersticks sans avoir écouté un seul de leurs albums. J’étais très con, comme tout le monde. Puis, je suis tombé sur She’s Gone est j’ai fondu, comme tout le monde.

193. Je me souviens du jour et de l’heure exacts où j’ai découvert The National. Je n’étais pas bien, mais alors vraiment pas bien, à deux doigts de commettre l’irréparable, quand a résonné Murder Me, Rachael.

194. Je me souviens que, de temps à autres, j’ai des coups de cœur pour des groupes de rap ou de R’n’B, voire les deux en même temps. Ce fût le cas avec Doomtree. En fait, j’ai un faible pour  Dessa mais ce n’est pas une excuse.

195. Je me souviens d’avoir appris l’open tuning de Fa Maj 9 avec le sublime Never Meant d’American Football.

196. Je me souviens d’avoir toujours aimé l’esprit du surf (quand il est pratiqué comme un mode de vie libertaire et respectueux de l’environnement), sans pourtant jamais avoir été capable de tenir sur une planche. C’est donc en guitariste fan du son cristallin des Rickenbaker 12 cordes que j’ai immédiatement plongé dans les films de Nathan Oldfield. The Heart & The Sea est un morceau qui me redonne la pêche, quelle que soit la météo.

197. Je me souviens que j’avais des doutes sur la sincérité des groupes punk anglais et irlandais The Ruts, The Undertones ou Stiff Little Fingers. Leurs compositions semblaient presque trop parfaites pour être honnêtes.

198. Je me souviens d’un concert en appartement de Bon Iver qui m’a convaincu du talent de Justin Vernon. Sans doute, sa musique est-elle trop pervertie par la télé et le cinéma aujourd’hui.
Comme celle de Nick Drake, Jackson Browne ou Elliott Smith que j’ai découverts en tirant le fil de la pelote.

199. Je me souviens on-ne-peut-mieux des concerts de La colonie de vacances, ensemble de quatre groupes français (Marvin, Papier Tigre, Pneu et Electric, electric) qui m’a très largement redonné le plaisir de la fosse, du dôme d’énergie collective et de l’oubli de soi.

200. Je me souviens d’un 25 décembre où j’ai tenu pour la première fois dans mes mains une guitare, à l’envers.

 

 


Addendum : Jusqu’en 2009, je n’avais jamais songé tenir un blog.
La démarche me paraissait très égocentrique, donc sans intérêt, et les outils du web 2.0 à ma disposition peu intuitifs et peu flexibles.
Cette même année, je me suis remis à fréquenter le milieu culturel alternatif que ma paternité m’avait contraint à délaisser et dans lequel j’avais pas mal bourlingué de 1987 – j’étais alors au lycée – et 2000, année de création du studio anima D&A qui occupait tout mon temps professionnel.
Ce “milieu”, qu’on appelle aujourd’hui pudiquement “les musiques actuelles”, je m’y suis toujours senti comme un poisson dans l’eau. Il m’a apporté d’énormes plaisirs musicaux, des rencontres et expériences formidables qui continuent de me nourrir, des déceptions cinglantes et quelques blessures indélébiles.

Aussi, lorsque tardivement j’ai découvert MySpace (paix à son âme !), j’ai fini par céder. Très vite lassé par la vacuité des échanges avec quelques coreligionnaires, vacuité inhérente au fonctionnement même des “réseaux sociaux virtuels” dont nous avons tous désormais bien pris conscience (n’est-ce pas ?), j’ai toutefois tenté, en guise de baroud d’honneur pour solde de tout compte, d’y expérimenter quelque chose. Je venais de lire avec délectation le court bouquin de Gilles Verlant, “Je me souviens du rock”, lequel parodiait le célèbre “Je me souviens” de Georges Perec. Je me suis lancé dans le même exercice de style durant plusieurs semaines.
L’écriture chronique, sans enjeu littéraire ni contrainte de lectorat, m’a tellement plu que j’ai abandonné MySpace et créé “Desseins animés” pour ne plus avoir à céder à la nostalgie.
En 2015, j’ai toutefois augmenté mon inventaire d’une centaine de souvenirs supplémentaires.

En 2023, j’ai souhaité consigné dans ce blog les références des 200 albums qui ont compté et comptent encore dans mon paysage musical.
Cette liste de “galettes affectives” fait écho aux 200 souvenirs de ma musico-biographie ci-dessus.

 


* En 2019, pour fêter dignement le trentième anniversaire de sa création, j’ai eu l’idée saugrenue de reformer mon premier groupe.
“Saugrenue” car il m’était inconcevable de renouer avec les trois autres membres d’origine et que je me voyais mal reprendre en l’état les morceaux que nous massacrions à l’époque.
J’ai donc constitué un groupe éphémère, le temps d’un album unique. L’album que j’aurais aimé – au début des années 90 – que nous produisions, si “Emma Peel” avait survécu et persévéré dans la voie du rock’n’roll énergique matinée de pop d’inspiration britannique.
Voici la pochette de cet unique LP auto-produit, écrit, composé et mixé par mes soins.

NB : si j’avais su que Diana Rigg décéderait l’année suivante, j’aurais peut-être choisi une autre photo.

Un jour, peut-être, j’oserais publier quelque part les dix morceaux originaux et deux reprises qu’il contient :
WLDGRL
Never Wasting Time
The Ritual
Drunk Generation
Si Je Mens
Forget Me Not
Sacha
I Don’t Give A Fuck
She Said “No”
Titanic 2: A Love Song
Sweet and Tender Hooligan (The Smiths cover)
Routine (Samiam cover)

 

En-tête : avril 1991, “Chez Angèle”, la vieille chaumière au milieu d’un champ, premier local de répétition d’Emma Peel

anima