Le cannibale de Milwaukee

 

Documentaire d’Olivier Mirguet
Titre complet : Le cannibale de Milwaukke – « Mon ami Dahmer » de Derf Backderf
Année de sortie : 2024
Origine(s) : France
Diffusé sur Arte.tv jusqu’au 19 août 2026

 

 

Si le titre est racoleur*, il ne correspond pas au fond et à la forme de ce documentaire, exempt de tout voyeurisme, qui sonde l’obsession de l’auteur et dessinateur Derf Backderf pour le fantôme de Jeffrey Dahmer, son ancien condisciple de lycée devenu l’un des tueurs en série les plus terrifiants que les États-Unis aient jamais enfanté.
Le sous-titre en revanche, « Mon ami Dahmer », ambivalent et mystérieux, convoque heureusement l’intitulé du roman graphique qui a valu le succès international à Backderf. Une bande dessinée devenue un classique qu’il est préférable d’avoir lue ou relue avant le visionnage du documentaire, ne serait-ce que pour apprécier la mise en abîme des dessins singuliers du livre avec la réalité crues des faits qu’il décrit. Des faits qui ne sont pas les atrocités commises par Jeffrey Dahmer mais le mécanisme d’isolement qui a peu à peu transformé le lycée « effacé » (au sens propre comme au figuré) en bourreau sadique.

Je connais pas mal de documentaires consacrés à l’œuvre d’un·e artiste de la BD alternative mais assez peu savent éviter le travers hagiographique et faire dialoguer si intimement le créateur avec sa créature. Ce film est bien écrit, sobrement hybridé, accessible, relativement pudique, à l’image de la scène d’écoute de la chanson de Chris Butler (ami de Backderf et actuel propriétaire de la maison des Dahmer) qui contourne brillamment le pathos et convoque la fascination cathartique, et souvent suspecte, de quantité d’artistes de la pop culture pour les travers diaboliques qui nourrissent la création d’œuvres populaires à succès. Dans le cas de Backderf, insoupçonnable d’opportunisme et d’insincérité, « Mon ami Dahmer » aura été autant une interminable épreuve mentale qu’un remède efficace pour le ramener physiquement à la vie.

 

 

* Certes, il fallait, je présume, choisir un titre accrocheur et différent de celui déjà utilisé en 2018 pour une adaptation en long métrage de fiction. Mais tout de même, était-ce bien utile de tromper ainsi sur la marchandise les fans béats de true crimes (dont je ne suis pas du tout, je précise) ?

anima