
Série de 8 épisodes de 26′ (tv, plateforme)
2026 – France, Belgique
Réalisation : Eve Ceccarelli-Moing, Fabien Daphy et Justine Mettler
Production : Andarta Pictures, en coproduction avec Vivi Film, l’Incroyable Studio et UMedia
en streaming sur la plateforme Okoo depuis le 10 février dernier
Échantillon de plans, extraits des huit épisodes de la saison 1, qui synthétise la palette chromatique de la série.
Depuis deux décennies, de bien trop rares coproductions européennes tentent de raviver la flamme, moribonde sur le continent, de la série animée d’aventures « feuilletonnante », c’est-à-dire dont les épisodes ne peuvent pas être regardés dans le désordre et indépendamment les uns des autres.
Dans ce registre longtemps boudé pour des raisons mercantiles par les chaînes de tv qui commandent et/ou pré-achètent ces produits industriels, de téméraires (1) et respectables projets investissent le format « à suivre » en ciblant spécifiquement les pré-adolescents. Alors même que ce segment de publics se détournerait chaque année un peu plus de la série d’animation, dixit les récentes études sectorielles (2).
Aussi, au sein de l’offre riquiqui de feuilletons animés pour enfants initiés en France, l’arrivée d’une nouvelle œuvre, en apparence plus ambitieuse que la moyenne, constitue toujours un petit événement médiatique. C’est le cas pour l’adaptation audio-visuelle du premier tome de la célèbre trilogie littéraire de Pierre Bottero, La quête d’Ewilan, publiée en 2003, dont la mise en images avait été plutôt insipide jusqu’ici.
La série de dessins animés relève sans trop de mal le niveau graphique des antérieures illustrations de couverture et adaptation en BD des romans, et la forte audience de ses premières semaines de diffusion (linéaire et à la demande) semble contredire le présupposé désamour des pré-ados pour l’animation sur petit écran.
A moins… A moins que la série ait atteint sa cible initiale, la Gen Alpha (3), en touchant simultanément celle de la Gen Z. Laquelle a été biberonnée aux enfants-magiciens alternant les allers-retours entre quotidien urbain et monde parallèle fantastique. D’ailleurs, ça tombe bien, cette génération de trentenaires – nostalgiques de leurs lectures juvéniles, fans ou non de Bottero et désormais prescripteurs de consommation de leur progéniture pré-adolescente – est opportunément assez âgée pour choisir l’aller-retour en chemin de fer à Séries Mania ou au Salon du Livre de Bruxelles. Dont acte.
Inouï !
Il est possible de voyager en TGV d’Arles à Paris, sans payer et sans être contrôlé ! (cf. épisode 6)
Ceci étant postulé, que retient objectivement du visionnage intégral de la première saison de La quête d’Ewilan un spectateur adulte qui n’a pas lu les bouquins de Bottero, possède une connaissance élémentaire en matière de série d’animation jeunesse et caresse toujours l’infime espoir d’assister à l’avènement d’un feuilleton made in France susceptible de s’extraire enfin du registre du divertissement conformiste dans lequel il patauge depuis que ce type de production existe ?
Il ne retient pas grand chose, outre les efforts manifestes des artisans à l’œuvre sur cette réalisation afin de l’élever au-dessus du niveau moyen de sa catégorie.
L’histoire racontée pêche par un manque criant d’originalité. 70 ans après la publication de la « Communauté de l’Anneau » (1954) et après ses innombrables resucées récurrentes, on eût pu espérer un minimum d’invention. Les ultimes plans en forme de cliffhanger de l’épisode 8 flirtent même avec le plagiat, de l’adaptation de Tolkien par Peter Jackson en l’occurrence.
L’écriture de la série est, comme on pouvait s’y attendre à l’aune du cahier des charges conservateur de France TV, sagement standardisée, stéréotypale à de nombreux égards et jeuniste, les deux allant généralement de paire. La scénarisation conventionnelle des arches narratives est étayée par des dialogues caricaturaux (4), dénués d’humour et servis par des comédiens de doublage peu inspirés.
Plus problématique, des faiblesses de rythme répétées neutralisent malencontreusement la plupart des moments de tension et d’émotion. Les brides du commanditaire devaient être trop serrées.
D’un point de vue plus subjectif, on peut aussi déplorer la fadeur de l’esthétique globale du feuilleton, dont la palette chromatique mauvâtre (5), caractéristique de la sorcellerie édulcorée « so 2020 », est rehaussée d’un voile terne et tristounet qui plombe l’ambiance sur la longueur.
De surcroît, si l’on tient compte du fait que cette série animée est parvenue à capter l’attention d’un public de jeunes adultes appâtés par l’effet de nostalgie, son parti pris d’une heroic fantasy aseptisée jusque dans sa forme n’est peut-être pas le plus judicieux pour marquer durablement les esprits et s’assurer un même succès en saison 2.
Les pré-ados et les jeunes adultes ne méritaient à l’évidence pas plus d’audace. Dont acte ⸮
Tenez, allez savoir pourquoi, l’auteur de ce billet a soudain une petite pensée pour Isao Takahata, dont la circonspection à l’égard de la fantasy et de ses « personnages surpuissants avec une vision égocentrée du monde » (cf. Strapontin n°10,page 53) vient étonnement faire écho à La quête d’Ewilan.
Notes :
(1) En France, il est actuellement impossible de réunir le budget nécessaire pour une série animée feuilletonnante de qualité sans entrer en coproduction avec des partenaires étrangers. La rentabilisation d’une telle IP (actif immatériel protégé par le droit d’auteur) impose une diffusion étendue au-delà des territoires coproducteurs.
Dans cette perspective, il importe aux producteurices de ce type de projet audiovisuel de désamorcer tout élément de l’œuvre susceptible de heurter, d’une manière ou d’une autre, les publics jeunes et moins jeunes de cultures différentes.
Ainsi, aux lissages de fond et de forme et autres précautions préventives en prévision des potentielles exportations à venir imposés par le groupe audiovisuel qui précommande la série, s’ajoutent les aménagements exigés par les autres coproducteurs, généralement tout aussi frileux.
Extrait d’un communiqué digital posté pour promouvoir la présence de la série lors de l’édition 2026 du salon parisien du cobranding (partenariat commercial consumériste basé sur des marques en grande partie issues des industries culturelles).
(2) Rapport de l’Arcom (juin 2025, cf. page 52-53)
(3) Large cible des jeunes téléspectateurs de 3 à 12 ans, dans laquelle se trouve le segment des pré-ados (8-14 ans), désignée de la sorte dans le jargon marketing de la diffusion audiovisuelle en général et dans la com’ professionnelle de France TV en particulier.
(4) Entre autres exemples du parler-jeune-qui-sonne-faux des dialogues, citons « Les jeunes ne savent plus rien de nos jours. » « Comme tu veux, ma vieille. » « C’est un truc de ouf ! » « Alors, Camille, prête pour l’aventure ? »
Au secours !
(5) Ci-dessous une planche réalisée à partir de plans de films (courts et longs) ou séries d’animation 2D récents et internationaux, professionnels ou amateurs.
Plus qu’un effet de mode, la tonalité mauvâtre – flashy ou ternie – semble relever d’un certain suivisme esthétique, rétif à l’utilisation des couleurs naturelles.
Volontaire ou involontaire déconnexion du monde réel ?
Quant à la « ternitude » globale de l’image, elle peut s’expliquer par les normes de luminosité imposées par la consommation des œuvres audiovisuelles en streaming. Afin de garantir leur lisibilité universelle sur un smartphone en plein soleil ou sur un écran OLED de salon, les studios ont tendance à atténuer au maximum les contrastes en superposant à l’image native un voile numérique de lumière diffuse et uniformément répartie (aussi appelé « rendu de sitcom permanent »). Ce trucage de post-production présente certes des avantages techniques (il facilite par exemple l’intégration des effets spéciaux de compositing) mais il ruine l’émotion visuelle.

Une héroïne pure, surdouée et prédestinée : check!
Un alter ego complice, roublard et « racisé » : check!
S’embrasseront-ils en saison 2 au risque que Charles-Henri Alloncle en simule un malaise vagal ?
Les épisodes de la saison 1 :
1# D’un monde à l’autre
2# Gwendalavir
3# Sur la route
4# Dans l’ombre
5# Ondiane
6# Retour sur Terre
7# Akiro
8# Le destin d’Ewilan
Regrettable raté du character design de la série, le choix de remplir la bouche
avec un « dentier immaculé » dans les phases de lipsync (synchronisation labiale).
L’aplat sans modelé crée de fait un effet disgracieux, voire incohérent,
qui parasite l’adhésion aux dialogues et, plus grave, aux émotions des protagonistes.
Deux affiches témoignant de l’évolution du design des personnages et de l’ambiance colorimétrique de la série vers un aspect plus nimbé et moins caricatural.
Dès le départ (premier pilote et recherches de financements), ce visuel de communication calibré pour le marketing reprend clairement la composition et les codes de l’affiche de film d’action héroïque mettant en scène une communauté de personnalités complémentaires.






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