Le lièvre et l’ours pour John Lewis

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Je serais passé totalement à côté de la traditionnelle campagne publicitaire de Noël pour John Lewis (chaîne de supermarchés britanniques), si je n’avais pas visionné son making of. Il expose certes une superbe photographie, une animation tout en finesse, combinant la full animation de tradition disneyenne et la stop motion, et l’incontestable talent du metteur en scène Elliot Dear (co-réalisateur ici avec le franco-germano-britannique Yves Geleyn) mais sans plus. Le récit et la musique cul-cul la praline à souhait n’étaient sans doute pas étrangers à cette première impression négative.
Puis, en examinant de plus près le processus de conception de ce film, largement assisté par ordinateur, je suis resté un brin interloqué par l’usage de la découpe laser pour la fabrication les différentes phases d’animation des personnages de ce film. D’abord dessinée, selon les modalités classiques de l’animation américaine (poses-clés, intervalles, rough, clean et trace), chaque phase a ensuite été ciselée au laser avant d’être coloriée et positionnée face caméra  image-par-image pour recomposer les mouvements souhaités.

Alors, moi, benoîtement, en utilisateur avisé d’After Effect, je me dis : “Diantre ! AE aurait produit strictement le même effet pour beaucoup moins de temps et d’argent !” Était-ce là une énième manifestation de ce que Satoshi Kon qualifiait “d’obésité” (décrivant l’industrie de l’animation bling bling de filiation yankee suite à sa visite chez Dreamworks) ? Fallait-il voir ici un écho aux déclarations enflammées du président Obama, (reprises en chœur par les média de la planète) : “les imprimantes 3D [et plus généralement les fablab, ndr] provoqueront la prochaine révolution industrielle !

Enfin, gagné par des considérations plus rationnelles, j’ai fini par me mettre d’accord avec moi-même sur le fait que les découpes en volume obtenues pour ce film matérialisent la première étape de la pénétration annoncée des imprimantes 3D dans la chaîne de fabrication des films d’animation, étape supplémentaire vers la vulgarisation de la stop motion de haut niveau, (vers les dérives inévitables qui l’accompagneront nécessairement), préambule à un nouveau chapitre – enthousiasmant ou déplorable – de l’Histoire du cinéma d’animation, ni plus, ni moins.

> le making of de ce spot

anima