Le mythe du zootrope antique

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Il m’arrive de lire de plus en plus fréquemment dans les ouvrages dits “de référence” (comme “Techniques d’animation” de Richard Williams, par exemple) ou dans des dossiers dits “pédagogiques” et prétendant convoquer la Préhistoire du cinéma d’animation l’hypothèse selon laquelle certains vases grecs de céramique à figures noires auraient pu prendre fonction de jouet optique prématuré. Tel le zoetrope, organisant autour d’un axe la décomposition d’un mouvement pour créer l’illusion de l’animation, certaines poteries, à l’instar de la course de char ci-dessus, “activées” sur le tour de l’artisan, auraient pu simuler un mouvement en action.
Si l’idée est séduisante, elle n’est malheureusement étayée par aucune donnée tangible car aucun des vases grecs conservés dans le monde ne montrent une succession de peintures organisées pour générer cet effet. Et il est peu probable qu’on en découvre un exemplaire un jour !

Cela dit, l’examen attentif de certaines représentations expose un dynamisme de pose confondant au service d’une efficacité narrative remarquable.

Dans le même ordre d’idée, on citera aussi l’hypothèse des phases de décomposition de mouvement formant prétendument une “animation” globale sur les colonnes de la salle hypostyle du temple de Karnak (Haute Égypte), hypothèse que l’on retrouve elle-aussi dans bon nombre d’ouvrages très populaires (dont celui de Williams, encore).
Celle-ci a fait naître avec le temps une sous-hypothèse tout aussi farfelue selon laquelle un cavalier fixant les bas-reliefs durant sa progression dans la salle serait en mesure de visionner une mise en mouvement des différentes figures représentées.
Impossible à prouver de par la disparition de la plupart des figures en question, cette extrapolation se voit vite balayée par la réalité d’une improbable course à cheval dans un lieu de culte dont le sol ne permettait en aucun cas une prise suffisante aux sabots d’un cheval portant un cavalier pour engendrer une vitesse de course suffisante de sorte à simuler un effet cinétique.
Y compris en clignant des yeux, comme dans l’excellent court métrage des élèves de Gobelins “Jurannessic“, réalisé en 2002.

En revanche, il n’est absolument pas exclu, que les artistes-sculpteurs de la colonnade magistrale de Karnak aient envisagé la représentation d’une continuité temporelle – l’idée d’une durée – en reproduisant un même personnage dans les positions légèrement différentes d’un même mouvement (comme une danse).

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