Le SPFA devient Anim’France

 

A l’issue de la dernière édition dématérialisée du Marché International du Film d’Animation (MIFA), en juin dernier, le changement de nom du Syndicat des Producteurs de Films d’Animation (SPFA) a été officialisé. Ce non-événement, dont l’écrasante majorité de la population et les médias se fichent royalement, ne traduit pas que le nécessaire dépoussiérage d’une communication très “monde d’avant”.

Finis l’acronyme et l’oxymore réducteur.
“Syndicat de producteurs” : l’expression pouvait, selon le point de vue, sonner suspecte ou dévalorisante.
La notion de “film” étant synonyme de “Cinéma” et de “linéarité” (récit avec un début et une fin), celle-ci reflète de moins en moins la réalité du secteur professionnel de la création animée française, toujours plus hybridée au-delà des “films” à proprement parler et massivement orientée vers la série, les effets visuels numériques et les contenus interactifs non-linéaires.
Les communicants qui ont cogité à ce changement d’appellation revendiquent désormais pleinement, en deux mots parfaitement lisibles, l’ambition du lobby des producteurs d’animation d’être reconnu par les pouvoirs publics comme le principal porte-voix d’un écosystème protéiforme qui se structure laborieusement et peine à faire entendre de manière efficace toute la diversité de ses composantes. Autrement dit, Anim’France décrète unilatéralement la prédominance du patronat de l’industrie sur la représentativité et la défense des intérêts de tous les professionnels français de la création animée. Que l’on soit pour ou contre, la démarche a le mérite de sa franchise et de sa clarté.

Nonobstant cette affirmation volontariste, l’option du terme “anim” rappelle néanmoins que le casse-tête sémantique qui retarde la pleine reconnaissance publique de la profession dans son ensemble n’a toujours pas été dépassé.
Précisons d’abord que le terme “Animation” reste associé – en particulier dans les sphères de décisions économiques, administratives et politiques – aux corporations de l’encadrement social et des ambianceurs d’événements publics. Ceci admis, on comprends que la formule “Animation France” (que l’on retrouve, d’ailleurs, dans le nom de domaine du site officiel d’Anim’France), par son caractère pompeux voire chauvin, eut pu prêter à confusion, notamment avec plusieurs sociétés privées existantes en métropole et sans liens avec la création animée.
L’abréviation “Anim” promet la connivence sympathoche. Connivence entre les professionnels, qui utilisent familièrement ce terme au quotidien, et connivence avec les interlocuteurs (institutions, médias, autres corporations) extérieurs au secteur industriel de l’animation. “N’ayez crainte, nous sommes de gentils bisounours, faites-nous confiance !
Les industriels de la création animée commenceraient-il à assumer ouvertement la puissance de séduction et d’attractivité (soft power) de leur mode d’expression ?

Sur le plan formel, l’évolution de l’identité visuelle du lobby des industriels français de l’animation semble le confirmer. L’abandon de la fantaisie cartoonesque – donc présupposée “pas sérieuse” – d’une typographie grotesque et déformée telle un agglomérat de chamallows est une bonne nouvelle. Cet aspect caricatural possédait le fâcheux inconvénient de disqualifier, sinon de décrédibiliser, dans une mesure assez peu évaluable mais bien réelle – la représentativité d’une profession tout entière. Si la nouvelle typographie garde un soupçon de légèreté (mélange entre capitales et minuscules) et beaucoup d’arrondis (la création animée est avant tout un divertissement culturel), la police de caractères utilisée arbore désormais de la stabilité et un solide ancrage, dans la Culture et l’économie nationale en l’occurrence.

Finalement, ce changement d’appellation et d’identité visuelle est le signe d’une relative maturité.
Encore un petit effort, le temps est proche où nous serons indiscutablement pris au sérieux !

 

Quelques extraits du diaporama de la visioconférence du SPFA au MIFA 2020

Les explications officielles du changement de nom.

Pour comparaison, on rappelle que le volume annuel de productions animées dépasse les 2 000 heures au Japon.

 

La directive SMA, si elle s’appliquait aux plateformes de diffusion, imposerait à ces dernières un quota de production d’œuvres
en fonction du chiffre d’affaires qu’elles réalisent sur notre territoire.
Ainsi, les plateformes contribueraient au financement de la production nationale et
ne diffuseraient pas que des contenus produits et fabriqués à l’étranger.
Récapitulatif des volumes-heures de diffusion de d’œuvres animées sur les chaînes du groupe France Télévisions,
pour bien comprendre l’impact de la suppression annoncée de France 4 sur la production industrielle française de contenus animés.

 

 

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