L’effacement (suite)

 

C’est probablement une négligence, commise par amateurisme ou fainéantise, qui a permis l’association de la série-culte de dessins animés Heidi, petite fille des Alpes, réalisée en 1974 au Japon par Isao Takahata, aux principaux faits d’armes de la scénariste française Christel Gonnard, dans l’une des vidéos de propagande “Comment devenir scénariste – Partie 2 – Épisode 16” publiée le 19 juin 2024 par la Cité européenne des scénaristes (dont Christel Gonnard est la déléguée adjointe).
La bourde n’aurait même pas mérité qu’on s’y attarde si elle ne participait pas, bien involontairement cela va de soi, d’un processus d’effacement de la japonité de la meilleure adaptation filmée des romans de Johanna Spyri et, plus grave, de son réalisateur. Une démarche qui a démarré en France voilà un demi-siècle, dès la première diffusion télévisée de Heidi en décembre 1979 (relire ce précédent article qui en apporte la preuve), et semble aujourd’hui innocemment se réactiver dans l’indifférence générale.

 

 

L’image illustrant la série Heidi, attribuée à Christel Gonnard, correspond à la jaquette de l’une des innombrables rééditions de la série japonaise, en VHS puis DVD, publiées au début des années 2000 sous différents labels partout en Europe, en France et Belgique notamment.
Madame Gonnard est intervenue, dixit son propre site, comme “directrice d’écriture, écriture de la bible littéraire, des arches, de 3 épisodes et de 13 synopsis” de la série produite en 2015 par Studio 100 (multinationale belge) et réalisée par Jérôme Mouscadet.
Le Studio 100 – au cœur d’une pathétique polémique relayée dans “Desseins animés” en 2017, symptomatique du pire de la production au kilomètre de contenus animés pour les jeunes publics – s’est fait une spécialité des ré-adaptations dévaluées de plusieurs fleurons de l’animation japonaise des années 70-80 (Maya l’abeille, Vic le Viking, Heidi), reboots considérés par les rares téléspectateurs/internautes adultes qui ont pris le temps et la peine de les visionner comme parangons de la “médiocrité animée” proposée aux petits nenfants biberonnés devant l’écran plasma et/ou la tablette.

Revoyez la série animée d’Isao Takahata ! Montrez-là aux enfants auxquels vous tenez !
Constatez, dès les premières scènes de son premier épisode, le fossé artistique qui la sépare de sa resucée en images de synthèse vulgaires.
Et comprenez accessoirement, pourquoi les mises au point qui précèdent, aussi vaines soient-elles, devaient être a minima consignées ici.

 

“Heidi”, version Studio 100, tout en 3D

 

 

 

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