Les Gémeaux

 

L’histoire d’un studio d’animation mythique
de Sébastien Roffat
Éditions L’Harmattan – 2021
244 pages
ISBN : 978-2-343-23404-5

 

Depuis plusieurs années maintenant, Sébastien Roffat synthétise son énorme travail de collecte d’archives et de témoignages directs dans un corpus d’ouvrages qui constitue à ce jour l’unique voie d’approche et de compréhension de l’histoire méconnue de la production cinématographique animée française d’avant-pendant-après Seconde Guerre mondiale.
Dans cette période charnière du 20e siècle, ne prédomine sur le territoire national qu’un seul studio d’animation aux ambitions industrielles, c’est-à-dire qui dépassent le stade artisanal (souvent synonyme d’amateurisme et de portée confidentielle) et tente de constituer sur le “vieux continent” une alternative crédible à l’hégémonie disneyenne sur le marché balbutiant du film d’animation européen. Un savoir-faire s’y développe laborieusement mais sûrement jusqu’au paroxysme dramatique du premier long métrage français de dessins animés, La Bergère et le Ramoneur, qui actera dans la douleur la séparation du binôme formé par Paul Grimault et André Sarrut, à la tête du studio depuis sa création.
Le premier, évincé au début des années 50 avant la fin de la production de son long métrage, passera les deux décennies suivantes à récupérer les droits de son film avant d’en réaliser, en 1979, une version conforme à ses souhaits initiaux, Le Roi et l’Oiseau.
Le second, oublié des critiques, des historiens et des spectateurs, ne recouvrera que très récemment, dans une relative indifférence médiatique et plus de deux décennies après son décès en 1997, un début de réhabilitation publique, amorcée dans le précédent livre de Sébastien Roffat, La Bergère et le Ramoneur – Chronique d’un désastre annoncé.

Extrait de la toute première page de l’ouvrage

En introduction, il m’a semblé fondamental de revenir sur le parcours personnel de chacun des deux fondateurs qui viennent de deux horizons personnels totalement différents. Nécessaire mise au point d’autant plus indispensable que si Paul Grimault a fait l’objet de multiples publications, son gémeau, André Sarrut fait partie – injustement – des grands oubliés de l’histoire du cinéma. Toutes les informations concernant Sarrut sont donc – pour la plus grande partie – totalement inédites puisque Grimault a prix le soin de l’éliminer des livres le concernant. Marie-Thérèse Poncet lui accorde quelques lignes (dix) dans Dessin animé : art mondial [p. 413] mais il est “oublié* du catalogue publié par le CNC, en 2007, Du praxinoscope au cellulo qui comporte pourtant 54 biographies dont un bon nombre de figures mineures du cinéma d’animation français… A part donc Poncet en 1956 et ses dix lignes, rien n’avait été dit d’André Sarrut. Peut-être est-il temps de corriger cela.

La première note de bas de page précise ensuite la formule présente dans le titre du premier chapitre “André Sarrut et Paul Grimault : le bourgeois et l’anarchiste” en ces termes :
Le schéma du couple Grimault-Sarrut dans les rôles de l’artiste anar et du financier républicain est contestable. Selon tous les témoignages, Grimault était un anar de pacotille, en fait très peu engagé. Sarrut était de sensibilité de gauche comme la plupart des membres de sa famille. Toutes ces nuances seront apportées dans les pages qui suivent. En tous cas, nous sommes loin de l’amitié proverbiale d’Oreste et Pylade décrite par certains journalistes.

 

“Sous l’œil du diable”, esquisse de Raphaëlle Bourgon (2021)
Les regards avisés apprécieront les multiples sens de lecture de ce malicieux dessin !

 


Quatrième de couverture

De 1936 à 1958, la société Les Gémeaux fondée par Paul Grimault (1905-1994) et André Sarrut (1910-1997) a été le plus grand studio d’animation d’Europe.
Outre des dessins animés publicitaires, ont été tournés Le Marchand de notes, les Passagers de la Grande Ourse, L’Épouvantail, Le Voleur de Paratonnerre, La Flûte magique et Le Petit Soldat.
À partir de 1948, la société se lance dans la production du premier long métrage de dessins animés français : La Bergère et le Ramoneur (devenu Le Roi et l’Oiseau).
Ce livre retrace l’histoire de la première décennie du studio allant de sa création au début de la production de La Bergère. Au fil d’une incroyable épopée qui prend place en pleine Occupation allemande de la France se croisent, outre les créateurs du studio, les scénaristes Aurenche, Blondeau, Leenhardt, Prévert, les compositeurs Wiéner, Delanno, Désormière, Kosma et toute une équipe de près de quarante personnes. Il est aussi question de la Direction générale de la Cinématographie nationale, du COIC, du Crédit national, de banques protestantes, de la Continental-Films et d’Alfred Greven, du ministère allemand de la Propagande et de Goebbels qui tous s’intéressent aux dessins animés de Paul Grimault et d’André Sarrut.

 

Sommaire

Chapitre 1.
Une rencontre improbable

André Sarrut et Paul Grimault : le bourgeois et l’anarchiste.
Une création originale : les Gémeaux

Chapitre 2.
Produire des dessins animés sous l’Occupation allemande

Chapitre 3.
L’esthétique originale suivie par les Gémeaux

Chapitre 4.
Quel avenir pour les Gémeaux dans un après-guerre plein d’incertitude ?

Filmographie

 


Quelques photos des “Gémeaux”, André Sarrut et Paul Grimault

Il existe très peu de photographies publiées montrant André Sarrut.
En cherchant sur Internet, j’ai trouvé celle-ci, sans toutefois parvenir à identifier les droits liés à cette image.
Il s’agit très probablement d’un cliché promotionnel réalisé pendant la production de La Bergère et le Ramoneur, avant décembre 1950, mois au cours duquel Paul Grimault (à gauche) et André Sarrut (à droite) ont mis fin à leur collaboration.

Le visage d’André Sarrut ne m’étant pas du tout familier, j’ai pu dissiper tous mes doutes en comparant cette photographie avec deux autres clichés publiés dans les ouvrages biographiques de Jean-Pierre Pagliano consacrés à Paul Grimault.

Photo de droite : extraite de “Paul Grimault” de Jean-Pierre Pagliano (Ed. Lherminier, 1986, page 6)
La légende précise que l’image a été captée pendant la préparation du premier film des Gémeaux, Phénomènes électriques (1937)
Aucun droit n’est mentionné. La photo provient a priori des archives de Paul Grimault.

Photo de gauche : extraite de “Paul Grimault” de Jean-Pierre Pagliano (Ed. Dreamland / réédition de l’ouvrage cité ci-dessus, 1996, page 8)
Aucun droit n’est mentionné. La photo provient vraisemblablement elle aussi des archives de Paul Grimault.

 

* Après vérification dans le catalogue de l’exposition “Du praxinoscope au cellulo – Un demi-siècle de cinéma d’animation en France (1892-1948)” :
• le nom d’André Sarrut ne figure dans aucun des crédits photographiques  (p. 350 et 351) de tous les films (publicités incluses) pourtant produits par Les Gémeaux, dont l’unique producteur était André Sarrut. Les images utilisées dans le catalogue auront été réalisées à partir des copies propriétés des Films de Paul Grimault”.
• En revanche, la biographie de Paul Grimault, page 275, mentionne bien – une seule fois – le nom d’André Sarrut,
• Dans les 105 fiches dédiées aux films de la programmation de l’exposition, huit concernent un film produit par Les Gémeaux :
L’Épouvantail (1943) : Sarrut est crédité comme producteur (p.168)
La flûte magique (1947) : Sarrut est crédité comme producteur (p.175)
Loterie nationale : qui perd… gagne ! (1939) : est indiquée la mention “Production d’origine : Les Gémeaux (??)” (p. 189)
Le marchand de notes (1942) : est indiquée la mention “Production : Les Gémeaux, Continental Films” (p. 180)
Mazda, Lampes : le messager de la lumière (1938) : est indiquée la mention “Production d’origine : Les Gémeaux” (p. 181)
Les passagers de la Grande Ourse (1943) : est indiquée la mention “Production : André Sarrut, Les Gémeaux” (p. 200)
Le petit soldat (1948) : est indiquée la mention “Production : Les Gémeaux” (p. 204)
Le voleur de paratonnerres (1944) : est indiquée la mention “Production d’origine : Les Gémeaux” (p. 224)

 

 

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