Les métiers du cinéma d’animation 3D en 2 mn ?

 

Début novembre 2019, l’opérateur public AFDAS (Assurance Formation Des Activités du Spectacle) commençait à diffuser un court métrage pédagogique proposant de découvrir “16 métiers du cinéma d’animation en 2 minutes”, un film vulgarisateur, drôle et rythmé, réalisé par le jeune et talentueux studio parisien Supamonks.
Des fiches-métiers publiées par le CPNEF (Commission Paritaire Nationale Emploi et Formation) de l’audiovisuel, complètent le spot pour constituer un package très utile destiné à promouvoir l’animation d’images de synthèse auprès des publics inconscients de ses réalités professionnelles, c’est-à-dire quasiment tout le monde.

Toutefois, il ne faudrait pas considérer ces supports de vulgarisation comme entièrement satisfaisants pour transmettre efficacement des messages compréhensibles par le commun de mortels mais évidentes pour les spectateurs avisés. Autrement dit, la présentation des “16 métiers de l’animation en 2 minutes” manque d’autonomie et ne peut pas être balancée devant des publics néophytes sans un minimum d’accompagnement, pour préciser, commenter, compléter, expliciter et relativiser ses contenus.
Préciser qu’il s’agit d’une description des phases de fabrication du cinéma d’animation en images de synthèse, réduit au terme de “3D”, qu’en France nous sommes presque les seuls au monde à utiliser sous cette acception, au risque de brouiller sans cesse les discours, quand presque tous les pays de la planète désignent sous ce terme le cinéma en relief.
Commenter sa forme caricaturale et essayer de justifier l’absence criante du layout (maquette des plans du film) dans la chaîne de production (le pipeline pour les initiés) ici décrit.
Compléter la description des différentes phases, en soulevant par exemple, la présence de plus en plus forte des codeurs/programmeurs dans le pipeline (le pipe pour les intimes) de production d’images de synthèse.
Expliciter des termes fondamentaux comme le “renderman” ou le “rendu”, et les “fermes” (grappes de serveurs) qui vont avec.
Relativiser cette description schématique, à l’aune des mutations en cours de la production audiovisuelle impactée par les outils de “temps réel” et par l’hybridation galopante des contenus.

Une fois de plus, c’est à se demander si les commanditaires de ce type de communication tape-à-l’œil n’ont une connaissance très limitée de leurs cibles, les adolescents et leurs parents.
Pire, il y a fort à parier qu’ils ignorent à quel point la plupart des institutions et autres acteurs de la politique, de l’économie, du social et de la culture sur le terrain sont ignares – et peu enclins à le reconnaître – en matière de création et de production audiovisuelle numérique.
Indéniablement, ce film suffisamment infantilisant sera très utile pour appâter le chaland via les réseaux sociaux mais charges ensuite aux écoles, aux dispositifs d’orientation vers l’emploi, aux entreprises de l’instrumentaliser avec bienveillance, intelligence et objectivité.
On ne rit pas au fond de la classe, s’il vous plaît !!

 

 

 

anima