Main de velours dans un gant de fer

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Plan extrait du film :  Le roi et l’oiseau
Réalisé par : Paul Grimault
France / 1979

Délicatement, le géant de fer, qui vient de raser l’intégralité du palais du tyran Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize, a ouvert la cage qui retenait le dernier oisillon prisonnier. Telle une sanction divine châtiant la folie destructrice des hommes, la main du robot écrase le symbole de l’oppresseur anéanti.
Le dernier plan du Roi et l’oiseau est l’un de ceux qui furent rajoutés par Paul Grimault pour respecter l’esprit originel du scénario co-écrit avec son ami Jacques au début des années 1950. La fin de La bergère et le ramoneur, sorti sans leur consentement en mai 1953, proposait une réunion finale joyeuse des protagonistes. Ici, point de mélancolique allégresse mais un poing final frappé à l’emplacement même où le film a commencé. Derrière le choc sourd, en tendant bien l’oreille, on entend Prévert scander de sa voix monocorde : “[…] Quelle connerie la guerre ! […] Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé. C’est une pluie de deuil terrible et désolée.

Quinze jours avant sa disparition, Jacques travaillait encore une dernière fois avec moi. C’était à La Hague, où il s’était isolé. Il souffrait déjà beaucoup. Mais on avait parlé ensemble des nouveaux éléments du film que je lui avait amenés.
Le plan final où le Robot libère le petit oiseau et écrase la cage a été la dernière scène sur laquelle nous avons travaillé avec Jacques avant son départ. Finalement, le film, maintenant, est beaucoup plus près du scénario original tel que le public ne l’a jamais connu.

Propos de Paul Grimault, recueillis en mars 1980, cités dans le cahier pédagogique “École et cinéma” consacré au film Le Roi et l’Oiseau, rédigé par Pascal Vimenet.

Une image ricochet
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Sculpture monumentale du plasticien chinois Liu Bolin, “Iron fist”

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