Le Marco de Macron

 

 

Ce celluloïd original, utilisé pour la fabrication du long métrage Porco Rosso (1992), dédicacé par son réalisateur, Hayao Miyazaki, a été offert par main tierce à Emmanuel Macron lors de sa récente visite officielle au Japon. D’après la traductrice présente lors de la réception du cadeau diplomatique, ce dernier rendrait hommage au refus du président de la République française d »engager notre pays dans la guerre israélo-américaine en Iran.
Sur ses réseaux de communication, le président a publié ce message : « Porco Rosso oppose à la brutalité du monde une irréductible idée de liberté. À l’heure où nous devons défendre la paix, nos démocraties et la liberté, Porco Rosso !  Merci infiniment Hayao Miyazaki pour cette œuvre que je reçois avec une profonde gratitude. »

L’image offerte n’est pas un dessin original exécuté par Hayao Miyazaki lui-même.
Il s’agit du report mécanique (via une imprimante spéciale) de la trace du dessin d’un·e animateurice subalterne sur une feuille transparente, laquelle a été peinte à la main sur son verso par une coloriste anonyme. Des dizaines de milliers de celluloïds tracés/peints de la sorte étaient à l’époque nécessaires au filmage image-par-image d’un long métrage d’animation industriel au Japon et ailleurs.
Une partie de ces reliquats de production est conservée/archivée par le Studio Ghibli (producteur du film) ; une autre partie, en nombre incertain, a été dispersée ça et là, voire simplement jetée et/ou détruite. Au milieu des années 90, on en trouvait dans certaines boutiques spécialisées de Tokyo pour l’équivalent de quelques dizaines d’euros actuels, voire moins.
Depuis la popularisation internationale de l’art miyazakien – situons-la pour faire simple autour de 2003, après l’Oscar obtenu pour Le voyage de Chihiro – un celluloïd peint de ce type, c’est-à-dire extrait d’un plan emblématique du film et montrant ostensiblement son personnage principal, est un trésor pour collectionneurs fétichistes dont la valeur pécuniaire peut atteindre des sommes astronomiques.

La dédicace tracée au feutre par Hayao Miyazaki sur le dessin plastifié est datée du 23 mars 2026.
La visite officielle du président français a eu lieu du 31 mars au 2 avril 2026.
Le dîner en préambule duquel lui a été remis l’image sobrement encadrée s’est tenu le 31 mars.
Le lendemain, le 1er avril 2026, en clôture de leur discours conjoint devant la presse, la première ministre (ultra-conservatrice et va-t-en-guerre) japonaise Sanae Takaichi et Emmanuel Macron ont mimé ensemble un duel de kamehameha pour détendre l’atmosphère et donner du grain à moudre à tous les commentateurs des médias traditionnels et du web (l’auteur de ces lignes inclus).
Ce geste de complicité surjouée convoque néanmoins l’échange de deux boules de foudre destructrice (le feu nucléaire ?) entre deux combattants ennemis Le savaient-ils seulement ?
De surcroît, l’arme fictive foudroyante, inventée en 1984 par l’auteur-dessinateur japonais de bandes dessinées Akira Toriyama, est capable, dans l’univers imaginaire de sa série de manga « Dragon Ball », d’éteindre un incendie gigantesque ou de pulvériser la Lune. Elle pourrait métaphoriser la « brutalité du monde », en somme.

Au-delà de l’anecdote que constitue le don du Studio Ghibli (bel exemple de soft power, possiblement convenu à la demande des communicants du gouvernement nippon), on retiendra qu’en 2026, lorsque les chef·fes d’État de deux des principales puissances économiques et militaires du monde se rencontrent, leurs blablas polies et pesés à la virgule près sont éclipsés – volontairement ou non – aux yeux et aux oreilles de la planète entière par des références de dessins animés.
Lesquels, il est toujours utile de le rappeler, étaient encore, voilà à peine deux décennies de cela, qualifiés dans les instances éducatives et culturelles français·e de « japonaiaiseries ».

 

 

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