
Combien de neuneus nostalgiques de leurs mercredis après-midi de lavage-de-cerveau-disponible-devant-TF1 fréquenteront avec leur progéniture le futur hypothétique parc d’attraction francilien dédié à Dragon Ball ?
Qui peut encore croire qu’un investissement de plusieurs milliards de pétro-dollars pour concrétiser cette aberration écologique, officialisée en plein été apocalyptique 2026 par notre champion de jet ski de la République, a une quelconque chance d’atteindre un jour la rentabilité économique promise au territoire ?
Sur la base de quels données prospectivistes solides les pouvoirs publics nationaux et régionaux peuvent-ils cautionner le développement d’une initiative si rétrograde, célébrant de surcroît un univers guerrier et masculiniste jusqu’à la caricature ?
Rappelons, en effet, qu’à l’exception de ses 78 premiers chapitres/épisodes (sur les plus de 500 que comprend la série intégrale), l’essentiel de l’interminable récit de Dragon Ball (décliné jusqu’à l’overdose en Dragon Ball Z, GT et autres extensions commerciales) se résume en une succession de combats toujours plus violents et toujours plus destructeurs. Des combats à la durée étirée à l’extrême au point d’en oublier les motifs qui les ont engendrés.
Si elles furent initialement conçues comme une parodie du conte chinois du Voyage en Occident du Roi-Singe, les aventures fantastico-comiques de Son Goku se sont transformées assez vite en une version dessinée et animée (au kilomètre) de la WWE, la fédération étasunienne de catch, l’humour et l’auto-dérision en moins.
Et dans les rares interstices narratifs de cet interminable enchaînement de bastons, la gent féminine brille par son statut de potiche infantilisée au caractère de cochon mais vite rembarrée*.
On s’en doute, on retrouvera – si toutefois ce projet fou n’est pas empêché par de méchants gaulois réfractaires – dans les boutiques de cet hyper-marché du tourisme mondialisé des « boules de crystal » en verre orangé, un dragon géant avec un méga-toboggan dedans, des étudiants précaires déguisés en Tortue Génial et Bulma aseptisés pour les selfies, et le principal, car c’est le plus vendeur, le rayon destructeur du kamehameha simulée de manière ludo-immersive, une armée de guerriers aux abdos saiyans (ça, c’est fait), des bastons et encore des bastons.
Vous le voyez venir le vrai concours international d’arts martiaux (et pourquoi pas de MMA tant qu’on y est) organisé chaque année sur une réplique de l’enceinte du Tenkaichi Budokai ?
Après tout, la compétition récurrente qui jalonne la série de BD et de dessins animés Dragon Ball, grandeur-nature, pour désigner le combatant le plus puissant du monde et de l’univers, ça aurait du cachet, non ? Avec de vrais humains ou avec des robots humanoïdes chinois, voire les deux opposés ! Et ils se mettraient tous sur la gueule devant des foules de neuneus venus du monde entier, ici, en France…
Addendum (4/09/2026)
La maison d’édition Shūeisha et la société de production Toei Animation viennent de ruiner le coup de com’, pardon, « l’annonce hors normes » franco-saoudienne : « […] ni notre société, ni aucun des détenteurs des droits [de l’IP Dragon Ball, ndr] n’a accordé de licence à ce sujet et nous n’avons connaissance d’aucun fait de ce type ». (Source)
A renfort de milliards de yens, le problème se résoudra peut-être tôt ou tard mais on assiste ici à une énième manifestation d’ignorance, de mépris et de condescendance à l’égard d’une production culturelle japonaise de la part de nos institutions nationales et de leur premier représentant.
Petit exercice de pensée : imaginez le tollé dans le cas inverse, par exemple, l’annonce d’un parc Astérix construit à Dubaï sans que les ayant-droits d’Uderzo et Gosciny n’aient été consultés.
Tous nos médias tourneraient en boucle en mode guerrier sur le sujet depuis trois semaines.
Et d’aucuns osent encore prétendre que les bandes dessinées et l’animation japonaises sont désormais considérées en France autrement que comme de la sous-culture populaire.

L’esprit de l’univers Dragon Ball synthétisé en une seule vidéo promotionnelle, histoire d’aviser les néophytes et de rafraîchir la mémoire des amnésiques :
* … à 2’45 » de cette vidéo, qu’est-ce qu’on rigole !



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