« Nouveaux horizons du cinéma d’animation »

 

C’est le titre d’un récent podcast de la revue Esprit, enregistré pendant les rencontres « Les Chemins de la Création » de Fontevraud en octobre 2025. Ce montage d’entretiens propose une vue d’ensemble, concise et accessible aux oreilles inexpertes, et évoque « les métamorphoses récentes du long-métrage animé, les nouveaux moyens d’expression permettant de le concevoir, mais aussi les difficultés de production que de tels changements comportent. »
Interrogé·es  par Carole Desbarats, y interviennent successivement Xavier Kawa-Topor (délégué général de La Nef Animation), Florence Miailhe (réalisatrice), Ron Dyens (producteur) et Peggy Zejgman-Lecarme (directrice culturelle à la Cité de l’image en mouvement d’Annecy).

Extraits :
« L’intelligence artificielle, moi, ça ne m’inquiète pas. […] C’est politique quelque part, d’accepter les imperfections de notre monde, de les gérer, de se les approprier. »
Florence Miailhe (vers 18′)

« En dix ans, on a connu une baisse x4 des soutiens [publics]. On a moins de soutiens pour aider plus de films,. Parce que c’est aussi la mentalité française. C’est le principe des comités […] Il faut peut-être qu’il y ait plus d’exigence à certains endroits, vis-à-vis des soutiens financiers. Quand un réalisateur, un producteur ou un scénariste en est à son quatrième ou cinquième film sans avoir rencontré le succès*, […]. »
Ron Dyens (vers 30′)

Quant au clin d’œil final à la feu-association « Les enfants de cinéma », non, il n’est pas passé inaperçu !

 

Main humaine, main peinte, traces vivantes non-artificielles… La Traversée de Florence Miailhe (2021)

 

* L’extrait retranscrit de l’oral et ici isolé sous cette forme (pour que vous alliez écouter le podcast ;) mériterait d’être argumenté et contre-argumenté en longueur.
D’autant que trop peu de voix expertes portent médiatiquement ce discours de vérité, encore tabou dans un secteur dont la survie dépend de la profusion de contenus audio-visuels
Pour résumer à gros traits : beaucoup trop de films, tous types et formats confondus, sont produits en France. L’écrasante majorité de ces œuvres ne rencontre jamais un public suffisant pour être rentabilisées. Soit parce qu’elles sont mauvaises ou trop élitistes, soit, plus couramment, parce qu’elles ne disposent pas d’assez de temps et d’espace de visibilité pour s’installer au milieu une offre pléthorique au bord de la saturation dans un système de diffusion toujours plus réduit et concurrentiel.
Le financement de ces productions dépend en grande partie des aides territoriales attribuées via des commissions (les « comités » évoqués par Dyens) de professionnel·les dont l’opacité des décisions alimente les suspicions. L’ampleur de ces soutiens publics, motivés par des promesses (pas toujours tenues) de retombées économiques sonnantes et trébuchantes, dépend d’arbitrages politiciens (pas toujours rationnels). Ces fonds d’aide sont administrés par une bureaucratie aux ordres (pas toujours connectée aux réalités du terrain). Dans les faits, il s’agit avant tout de financer le plus grand nombre possible de films, aux dépens de leurs aptitudes à rencontrer les publics, afin de pouvoir ensuite valoriser un engagement culturel, entre deux petits fours à Cannes notamment, et servir en définitive l’image de marque d’un territoire plutôt que le développement de ses héritages artistiques. Venez sur le terrain et vérifiez par vous-mêmes si ce constat est caricatural ou non.
Un exemple au hasard ;), la Normandie – et je sais de quoi je parle – est « championne » de cette posture contre-productive, en particulier sur le versant du cinéma d’animation (cf. par exemple, le dernier rapport annuel du CNC, chapitres « Emploi »), au mépris obstiné de l’émergence d’un écosystème professionnel équilibré, dynamique et durable.

 

anima