On n’aura tout vu

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C’est Christine Masson et Laurent Delmas qui étaient de corvée cette année pour honorer le partenariat entre France Inter et le Festival International du Film d’Animation d’Annecy, et accessoirement pour relayer aux oreilles de centaines de milliers de néophytes les échos de la plus importante concentration mondiale de professionnels du cinéma animé et de sa programmation.
L’émission potache « Si tu écoutes j’annule tout », dont l’invitée était Céline Sciamma, s’est contentée du service minimum durant 50 mn où l’animation n’aura constitué en tout et pour tout qu’une part insignifiante des échanges. Ce qui est mieux ainsi, elle n’est déjà pas prise au sérieux et ce qu’a à en dire Céline Sciamma a beaucoup moins d’intérêt que ses prises de positions politiques autrement moins insignifiantes. Bref.

« On aura tout vu », le magazine du cinéma de France Inter, célébrait donc la « vitalité du cinéma d’animation« .
Autant dire qu’il ne fallait pas espérer un traitement médiatique sérieux et utile à notre cause, compte tenu de la platitude des commentaires et critiques émis jusqu’ici (10 ans tout de même !) par les deux producteurs/animateurs de l’émission, sur des films (des longs métrages d’animation exclusivement) qu’ils ne visionnent manifestement que trop rarement en entier et dont ils ne savent que ce qu’en disent leur dossier de presse. J’invite les lecteurs qui trouveraient ces propos un peu exagérés à réécouter notamment l’émission que le duo consacra en partie à la sortie du long métrage de Sébastien Laudenbach le 10 décembre 2016. Il fallait l’entendre pour le croire, aucune de ces deux figures de la critique mondaine de cinéma avaient été fichu de retenir le prénom du réalisateur ! Il est vrai qu’Achipatong Weerasethakul ou Cristian Mungiu, c’est plus branchouille dans les soirées Canal.

Sans surprise, l’émission enregistrée à Annecy empila les remarques réchauffées et les marronniers par ailleurs très discutables.
« La parité hommes-femmes dans la programmation du festival »… Mais rien sur le sexisme dans la chaîne de production industrielle de l’animation ?
« L’incontournable French touch« … Un anglicisme manichéen, bien pratique pour ne pas avoir à débattre de l’imposture qui se cache derrière cette formule suspecte.
« La renommée des écoles d’animation françaises »… Tiens, ce serait intéressant d’enquêter objectivement sur le sujet. Sur la nouvelle pédagogie à 7 000€ l’année des Gobelins. Sur l’exploitation opportuniste des films de fins d’études. Sur la discrimination sociale entraînée par le coût prohibitif des frais d’inscription aux écoles privées. Juste comme ça, pour voir vraiment ce qui s’y passe.
« L’érotisme animé… » Ahhh, la sexualité stylisée et désincarnée. Rien de tel pour entretenir l’infantilisme du cinéma d’animation !
Quant à la vivacité comique des productions de la jeune garde du cartoon à la française, incarnée sur le plateau par Arthur De Pins et Benjamin Renner… Rien de tel pour entretenir l’infantilisme du cinéma d’animation … Je me répète mais ça fonctionne aussi ici.

Heureusement, au milieu de cette sous-médiatisation insipide et démotivante, la concision des réponses de Marcel Jean, actuel directeur artistique du festival d’Annecy, a suffi à elle-seule pour que ce temps d’antenne si précieux ne soit pas totalement vain. On retiendra cependant, non sans un brin d’ironie, que ce fut avec un fort accent québécois que les propos les plus essentiels à une promotion médiatique efficiente de l’art de l’image animée en France auront pu atteindre les auditeurs les plus concernés.
Un grand merci à lui.

 

> réécouter cette émission inoubliable

 

Addendum (26/06/2017)
Peu après la publication de cet article, j’ai écouté l’émission « Mauvais genre » de François Angelier, diffusée sur France Culture le samedi 24 juin.
Elle était consacrée à la « French touch du cinéma d’animation », autour de l’ouvrage quasi-éponyme signé Laurent Valière. J’étais très motivé…
Mal m’en a pris ! Autant d’approximations, sinon d’inepties, corrigées pour partie par le présentateur lui-même. Ce fut une véritable torture.
La situation est encore plus grave que ce que je pensais… Au secours !

> écouter cette émission pour vous faire une raison

 

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