Panda et Petit Panda* ((パンダ・コパンダ)
1972-1973 – 2 épisodes d’environ 30 minutes chacun (hors génériques)
Réalisation : Isao Takahata
Scénario et construction scénique : Hayao Miyazaki
Création des personnages et animation : Yasuo Ôtsuka et Yôichi Kotabe
Parmi les animateurs-clés : Hayao Miyazaki, Yoshifumi Kondô
Mise en couleur : Michiyo Yasuda
Esquisse narrative préparatoire (image board) de Hayao Miyazaki
Les épisodes
Leur schéma narratif est segmenté en deux, voire trois parties distinctes dans une même continuité, articulée autour d’un enjeu principal, la vie quotidienne partagée avec les deux pandas. Lequel enjeu est rehaussé de péripéties dangereuses dont la vocation première, au-delà du prétexte à un indispensable climax (apogée de l’intensité dramatique), consiste à montrer l’enfant plus actif, volontaire, courageux et responsable que les adultes généralement tournés en ridicule. Une simple et habile psychologie inversée qui est au cœur de la plupart des contes initiatiques pour enfants partout dans le monde.
Les ouverture et fermeture des deux récits sont identiques : le rappel de la figure parentale qui rassure sur le fait que Mimiko n’est pas seule au monde et la réunion finale des trois protagonistes de la nouvelle cellule familiale heureuse (et peut-être fantasmée ?) que s’est construite la fillette.
Des gimmicks récurrents, spécifiques à chacun des personnages principaux, sont autant de repères familiers amusants qui confortent le jeune spectateur dans l’univers sécurisant et sécurisé qui lui est proposé : le poirier en Y de Mimiko, l’accrochage sur le ventre de Papa Panda, le flegme débonnaire et la force surnaturelle de ce dernier.
Tous ces éléments laissent supposer l’existence d’une « recette » (équivalent de la bible littéraire actuelle) potentiellement déclinable sur une quantité supérieure d’épisodes qui ne seront jamais produits.
1# Panda et Petit Panda
Après qu’elle s’est débarrassée de l’autorité de sa grand-mère, Mimiko est libre de mener la vie domestique qui lui plaît. Cette « expérience de la cabane » est perturbée momentanément par l’arrivée de deux pandas, un tout petit et un très grand. Avec ces jouets en peluche vivants et parlants, Mimiko se recrée un foyer familial dont elle devient la « maman » qui s’occupera de dorloter le bébé pendant que le père se rendra au travail. Mais la fillette a des obligations d’écolières et l’espiègle Petit Panda est bien décidé à suivre sa nouvelle « maman » sur son lieu de « travail ».
Les bêtises s’enchaînent, la journée s’achève et Mimiko veille avec bienveillance sur son nouveau foyer.
Mais rapidement, l’incursion insolite des deux pandas suscite l’incompréhension des adultes et des enfants des alentours. La peur aussi, après la ridiculisation d’une première menace de danger.
De manière un peu télescopée, Petit Panda dérive sur la rivière, entraîné par un courant de plus en plus fort. Aucun adulte n’étant capable de fermer l’écluse pour le sauver de la noyade, Papa Panda accomplit un sauvetage héroïque salué par une foule en liesse.
Le quotidien reprend son cours à peu près normal : Papa Panda « travaille » au zoo, pointe pour en sortir et rentre au foyer par le train de banlieue.


2# Panda et Petit Panda – Jour de pluie au cirque (ou « Le cirque sous la pluie »)
Des cambrioleurs se sont introduits dans la maison de Mimiko et des pandas.
Effrayés par le trio pourtant accueillant, les deux acolytes s’enfuient à toutes jambes, laissant derrière eux Tigri (Tora-chan), le petite tigre. Très vite, celui-ci devient le deuxième « bébé » de Mimiko.
Profitant d’une brève absence de la fillette, Petit Panda et Tigri pénètrent dans le cirque qui vient de s’installer en ville. Acrobaties et bêtises en cascade conduisent l’un et l’autre à la maman de Tigri, inquiétante au premier abord mais finalement amicale.
De retour à la maison sous une averse, Mimiko et les deux pandas déplorent la pluie incessante. Après deux jours de précipitations, la maison et les alentours sont inondés. Un message d’alerte de Tigri leur parvient dans une grosse balle et le trio s’embarque sur le grand lit de Papa Panda pour rejoindre le train des animaux du cirque immobilisé par l’inondation.
En toute insouciance, Mimiko, Petit Panda et Tigri font redémarrer le train. Lequel se dirige dangereusement vers la ville. Papa Panda saura le stopper net juste avant qu’il ne fracasse la mairie.
Le cirque peut enfin parader, les pandas participent au spectacle et tout se termine en fanfare.


L’humour de Panda Kopanda
Il est omniprésent, le plus souvent franchement burlesque (enchaînement de gags, comique de situation, étirements exagérés/ »takes » classiques du cartoon animé), tantôt subtilement poétique et distillé par petites touches impressionnistes. Si cette seconde dimension humoristique est principalement perceptible par les adultes censés systématiquement accompagner les visionnages de leurs jeunes enfants (n’est-ce pas !), elle crée pour les plus spectateurs débutants une atmosphère presque onirique, dans laquelle les actes insensés deviennent très naturellement plausibles.
Archétype de ce registre humoristique sophistiqué et néanmoins imparable, caractéristique des collaborations entre Yasuo Ôtsuka et Hayao Miyazaki (Conan, fils du futur en sera l’un des sommets), les trois instruments de fanfare de Mimiko et des pandas. Leur fonction est triple : ils induisent que la vie quotidienne du trio est aussi remplie de pratiques artistiques collectives ; ils s’imposent sans plus d’explication lors de la découverte par Petit Panda de sa mini-trompette cassée (incursion soudaine de l’absurde) ; leur présence est finalement légitimée dans les derniers plans de l’épisode par une remarquable mise en abîme puisque le trio parade en interprétant eux-mêmes la musique de la chanson répétitive des génériques.
Résumé du contexte de production
Après le refus de l’autrice suédoise Astrid Lindgren de leur confier les droits d’adaptation en dessins animés de son roman « Fifi Brindacier », transposition cinématographique pour laquelle Hayao Miyazaki et Isao Takahata avait déjà produit, au sein du studio A Pro, une matière préparatoire conséquente, les deux comparses ont bénéficié opportunément du réchauffement des relations diplomatiques entre la Chine et le Japon. Leur nouveau projet de série de moyens métrages pour le cinéma allait ainsi pouvoir entrer en production à l’été 1972. Ce projet était basé sur le quotidien d’une petite orpheline dégourdie et livrée à elle-même, quotidien percuté par la rencontre insolite avec deux pandas anthropomorphes avec lesquels la fillette pourrait jouer au papa et à la maman en toute insouciance.
L’œuvre à venir recyclera une grande quantité d’idées – visuelles, narratives, scéniques – issues du projet avorté, Fifi Brindacier, la fillette la plus forte du monde.
Après deux épisodes fabriqués dans des délais exagérément courts, la série « Panda et Petit Panda » est interrompue. Takahata, Miyazaki et leur petit groupe de collaborateurs vont se lancer dans la série-fleuve « Heidi, petite fille des Alpes« , laquelle explorera plus avant le réalisme domestique qui caractérise une grande partie de l’œuvre d’Isao Takahata.
Les deux moyens métrages de « Panda et Petit Panda » vont toutefois connaître une diffusion japonaise au long cours. Lentement mais sûrement, ils deviendront une référence trans-générationnelle et constitueront surtout la matrice d’un genre de dessins animés pour enfants qui inspirera, et inspire toujours, des créateurs du monde entier.
Étudier attentivement ces deux films, aujourd’hui encore, est tout sauf une perte de temps ! Qu’on se le dise.
On retrouve ça et là dans les films ultérieures de Hayao Miyazaki des échos aux deux moyens métrages.
L’animation
Si elle apparaît sans doute datée aux yeux des néophytes, la mise en mouvement des deux récits multiplie les prouesses techniques, en dépit des moyens modestes à disposition et des délais serrés de fabrication. Rappelons, au cas où, que l’intégralité des images de ces deux épisodes est dessinée puis peinte à la main. L’ordinateur graphique n’existe pas encore en 1972 et peu d’unités de fabrication de séries télévisés disposent des savoir-faire et moyens financiers pour se risquer à animer des éléments trop complexes. Contrastant avec la grande simplicité du design des personnages (ce qui est tout sauf une facilité !), le duo d’animateurs zélés que constituent Hayao Miyazaki et son mentor Yasuo Ôtsuka, tous les deux grands amateurs obsessionnels d’engins mécaniques, se permettent l’animation de véhicules motorisées et d’un train complet avec les mécanismes, simplifiés mais plausiblement fonctionnels, de sa locomotive. Et ce challenge réussi, loin d’être tape-à-l’œil, sert le spectacle et la crédibilité insolite de l’univers fantasque et burlesque de Mimiko.
L’animation, elle aussi complexe, des éléments naturels liquide (pluie, tourbillons, ondulations, reflets, déformations des éléments submergés) a requis un soin particulier dont on constatera dans toutes leurs œuvres ultérieures des deux comparses qu’il était tout sauf un caprice. Dans le même ordre d’idées, on soulignera enfin qu’à l’époque aucune série de dessins animés ne se préoccupe avec un tel souci du détail de reproduire et de mettre en mouvement les objets et gestes banals du quotidien domestique. Ici presque tout y passe : préparer et manger le repas, se laver, dormir, écrire, étendre le linge, jouer, lire le journal… Les dessins animés ne sont plus qu’une succession de gags ou de péripéties ; ils deviennent un miroir à peine déformé de la banalité répétitive de l’existence humaine.
L’exploitation française des deux films
Il aura fallu attendre 2009 pour qu’un distributeur français daigne produire une version doublée et favorise ainsi une circulation de plusieurs copies en salles de cinéma.
En misant sur le succès en France des précédents films de Hayao Miyazaki , sur la renommée désormais internationale du Studio Ghibli, sur l’envergure artistique sensiblement plus considérée d’Isao Takahata aux yeux du grand public, ce distributeur courageux a proposé l’exploitation en un même programme des deux moyens métrages de la série avortée « Panda et Petit Panda ».
Malgré un doublage de haute tenue, le public n’a pas été au rendez-vous. Et pour cause, l’esthétique de ce faux long métrage d’apparence vieillotte et la répétition de la chanson lancinante du générique, ont relativement freiné le bouche-à-oreille des parents. Lesquels, s’ils avaient attentivement écouté les commentaires enthousiastes de leur progéniture auraient compris que ce programme est avant tout conçu à hauteur de très jeunes enfants et parie avec une pertinence audacieuse sur leur intelligence innée.
Fin 2023, Panda et Petit Panda a été intégré dans le nouveau dispositif d’éducation aux images, « Maternelles au cinéma », où il a enfin trouvé une place idéale pour rencontrer ses publics privilégiés et remplir pleinement son office. J’y travaille en tous cas, à mon humble niveau.
Plans extraits, (à gauche) du pilote de Fifi Brindacier, la fillette la plus forte du monde (1971),
(à droite) du premier film, Panda Kopanda (1972)
Cameo
A la fin du premier épisode, un traveling (mouvement de caméra latéral) balayant la foule laisse apercevoir des personnes réelles caricaturées et quelques personnages fictifs identifiables.
On y distingue tout ou partie de l’équipe du film, probablement certains membres de leur famille et d’autres personnalités connues d’eux, mais aussi, déguisés en reporters, Lupin, Jigen et Zenigata (cf. zoom ci-dessous), trois des protagonistes de la première série animée de la TMS sans laquelle Panda Kopanda n’aurait peut-être jamais existé.
Dans la partie inférieure de ce même détail agrandi, se trouvent Hayao Miyazaki et l’un de ses fils, sur ses épaules.

* La traduction littérale du titre est « Panda, Petit Panda ». Quelles qu’en soient les raisons originelles de ce choix et compte tenu du fait qu’il s’agit bien d’un couple de personnages différents, il me paraît plus compréhensible – notamment pour les tout petits enfants auxquels ces films s’adressent en priorité – de marquer nettement la distinction et la relation filiale entre le papa Panda et son Petit Panda.

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