Planètes

 

 

Un film de Momoko SETO
Titre original : idem
Année de sortie : 2025
Origine(s) : France, Belgique
Sortie en salles françaises : 11 mars 2026

 

Ou le microcosme macrocosmique.

 

 

Réactions à chaud :

Le premier long métrage réalisé par Momoko Seto complète à sa manière un cycle artistico-scientifique vieux de plus de 120 années. A de nombreux égards en effet, Planètes se reconnecte directement aux travaux précurseurs du botaniste allemand, Wilhelm Pfeffer, lequel, dès 1898, eut la brillante idée d’utiliser le procédé chrono-photographique (pré-cinéma documentaire) pour capturer image-par-image, étudier et vulgariser la croissance des plantes. Ses accélérés (cf. montage en fin d’article) résonnent de manière troublante – et peut-être parfaitement volontaire – avec plusieurs plans de ce long métrage qui hybride avec une rigueur toute scientifique, sous l’égide du CNRS, la technique d’animation du time lapse*, les vues en continu, les images de synthèse et leurs trucages numériques afférents. Les contrastes obtenus à partir des différentes rythmiques de mouvements, sublimées par la disproportion des vraies créatures animales évoluant dans leur environnement naturels (dont l’île de Yaku-shima et les falaises volcaniques islandaises) à l’échelle réduite, produisent une vision inédite d’un monde, presque similaire au nôtre, d’une étrangeté par moment hypnotique.
De surcroît, le film brouille malicieusement des frontières entre les genres narratifs qu’il entrelace, lentement et sensuellement, comme deux limaces en plein acte de copulation, à savoir le récit post-apocalyptique, le documentaire animalier contemplatif, l’aventure spatio-temporelle, le voyage initiatique, la fable métaphysique et l’ode à la compréhension du vivant, aussi insignifiant soit-il aux yeux de l’homo ultra-connectus-dopé-aux-IA.

Nécessairement, on pense à Microcosmos de Claude Nuridsany et Marie Pérennou (1996), ce qui est heureux, probablement assumé et propice à un succès quasiment assuré. D’autant que Planètes ajoute à l’immersivité au sein du « peuple de l’herbe » des dimensions fantastique et épique, concrétisées par le périple interstellaire de quatre graines de pissenlit – surnommées Baraban, Léonto, Dendelion et Taraxa** – des germes subtilement anthropomorphisées*** qui volent, sautillent, s’entraident, s’épuisent, s’esbaudissent, s’angoissent, tentent de survivre et véhiculent de fait un éventail familier d’émotions qui tiennent en haleine le spectateur jusqu’à un final perpétuant lui-même un autre cycle, celui de la vie.

 

* La technique du time lapse cinématographique aurait été inventée involontairement par un opérateur des frères Lumière en 1897. Pfeffer a privilégié procédé de chrono-photographie déjà connu des milieux artistiques et scientifiques depuis une bonne vingtaine d’années. Dans Planètes, les séquences en time lapse sont « filmées » avec des appareils photographiques numériques, à l’instar de la technique de la stop-motion (ciné-marionnette).
** Quatre termes synonymes de pissenlit. Ces surnoms sont cités dans le générique de fin.
*** Momoko Seto évite brillamment le poncif habituel du long métrage d’animation « grand public » qui consiste à attribuer de manière exagérée à des personnages non-humains des attitudes et expressions propres aux humains, généralement pour susciter l’empathie du spectateur. Ici, l’anthropomorphisme des graines de pissenlit est minimal, parfaitement dosé, sans emphase. Il est à l’image de la posture de la cinéaste, à l’exact opposé de la production hollywoodienne jusqu’ici motrice de l’amnésie environnementale générationnelle organisée.

 

Montage de séquences « chrono-photographiées » en time lapse par Wilhelm Pfeffer, entre 1898 et 1900.

anima