Quand Homo Sapiens faisait son cinéma

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Arte propose en ligne un documentaire coréalisé par le préhistorien Marc Azema, à la gloire de … Marc Azema.
Si le point de vue est discutable, il est difficile de lui tenir rigueur de la mise en scène un brin narcissique de ses propres recherches et de leur validation, car cela revient à ignorer les nombreuses communications et ouvrages (doublés de DVD pour le plus fameux d’entre eux, “La Préhistoire du cinéma”, préfacé par Jean Glottes et Bertrand Tavernier) qu’il a publié sur le sujet depuis une bonne vingtaine d’années, dans l’indifférence, sinon le mépris, d’une bonne partie de la communauté scientifique.
Qu’il se fasse plaisir semble donc la moindre des compensations.
Passée cette anecdotique critique, j’avoue m’être parfaitement réjoui de la concision de son récit, étayé, entre autres, par deux moments – à mon goût proprement jubilatoires – le montrant, le sourire en coin, face à d’éminentes autorités de “l’Histoire du cinéma d’animation” (sic) et de ses origines. Ces dernières trouvent là une belle occasion de poser face caméra, avec un peu moins de condescendance qu’à leur habitude, et de constater la rigueur des travaux scientifiques en passe de balayer une partie de leur expertise peu ou jamais soumise à débat. Ça, c’est dit.

J’émets toutefois le profond regret que Marc Azema n’ait pas intégré dans son film les expériences de Matt Gatton : la connaissance probable, tout au moins crédible, par homo sapiens du principe de la camera obscura pourrait en effet constituer le chaînon manquant entre les représentations dynamiques (et narratives ?) rupestres et les procédés techniques de leur conception, en l’occurrence une “rotoscopie” rudimentaire susceptible d’expliquer autant l’extraordinaire justesse anatomique de certaines représentations graphiques que leurs déformations codifiées.

Enfin, le documentaire se termine en apothéose par l’intervention du musicologue Iegor Reznikoff, lequel vient compléter la démonstration convaincante de l’existence d’un proto-cinéma préhistorique, “animé” et sonore.
Indéniablement, le format du 52 minutes pour un tel sujet est beaucoup, beaucoup trop court.

> le documentaire Quand homo sapiens faisait son cinéma

> lire l’avis de Jérôme Boulbès sur son blog Kobutori

 

 

 

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