Simulacre de simulations

 

Le premier long métrage d’animation réalisé par le fantasque Quentin Dupieux a connu hier un bien meilleur démarrage en salles que celui de la plupart des « pépites » (comme celle-ci) qui passent chaque mois inaperçues des spectateurs français, même lorsque ces œuvres filmiques sont un tant soit peu valorisées médiatiquement.
Le grandissant fan club de Dupieux était manifestement au rendez-vous mais il n’est pas impossible que Le Vertige séduise une assistance plus large et étende ainsi son rayonnement au-delà du seul public cinéphile. Est-ce parce que ce film est vraiment comique (fait devenu rarissime dans la production d’animation) ?  Parce qu’il dépasse à peine la durée d’une heure, limitant ainsi le risque de saturation intellectuelle des ados-adultes à l’attention limitée auquel il est adressé ? Parce qu’il ne se prend pas au sérieux, tout en imposant mine de rien une approche radicalement anti-conformiste de la création animée narrative ? Parce qu’il est plus profond et subversif qu’il n’y paraît ?

Contrairement à ce que laissent croire les raccourcis médiatiques repris en chœur depuis la présentation du film à Cannes, le parti pris technique de Dupieux ne relève pas que du simple hommage nostalgique aux jeux vidéos de la jeunesse geek du cinéaste. Le vertige s’inscrit pleinement dans le registre du « grotesque digital » lequel, lorsqu’on prend la peine de grater plus loin que son apparence foutraque et dérangeante, porte en lui de manière plus ou moins revendiquée une critique cinglante de l’animation numérique en trois dimensions, de sa froide mécanique, de sa vaine quête du photo-réalisme (simulacre de réalité), de son intrinsèque artificialité (fragilisée par les IA génératives, dont les hallucinations produisent des mains à huit doigts) et de sa paradoxale (ou naturelle ?) hégémonie dans le paysage audiovisuel contemporain.
Ceci pris en compte, les questionnements existentiels du trio d’avatars dysfonctionnels au cœur du récit absurde du Vertige** prennent l’envergure d’une métaphore iconoclaste de l’acteur incarné, doublée d’une subtile remise en cause du « désert du réel lui-même* ».

 

* ‘(Re)lire au besoin « Simulacres et simulation » de Jean Baudrillard (1981)
** Sans certitude, le titre du film pourrait faire écho au Vertigo d’Alfred Hitchcock (archétype du récit cinématographique de mise en abîme de la réalité).

La référence visuelle la plus proche de l’esthétique du film de Dupieux
pourrait être un jeu comme Golden Eye 007 pour la Nintendo 64 (1997).

anima