The House

 

Quatre des plus talentueuses/talentueux cinéastes de marionnettes – Emma de Swaef et Marc James Roels, Niki Lindroth von Bahr et Paloma Baeza – cosignent le long métrage omnibus* The House, produit et diffusé à partir du 14 janvier 2022 par une plateforme de contenus à la demande nord-américaine.

Sur le plateau droit de la balance, saluons la bien portance insolente d’un cinéma d’animation d’auteur européen**, audacieux, de plus en plus décomplexé et propre à contenter les attentes d’un public adulte toujours plus important et plus exigeant. Admettons de surcroît que les apports financiers conséquents des mastodontes du streaming offrent un confort de production enviable et, entre de bonnes mains, propice à la créativité artistique débridée. Laquelle, entre autres effets bénéfiques, contribue à l’effacement inéluctable des frontières entre les genres (comédie musicale, science fiction, fantastique, …) et les registres de création (fiction réflexive, biopic, documentaire, récits interactifs/immersifs, …). Autrement dit, à renforcer la transversalité d’un mode d’expression naturellement hybride et, de fait, appelé à devenir dominant, s’il ne l’est pas déjà.
Ajoutons enfin que, de toutes les techniques d’animation, la stop motion*** est certainement la plus représentative de cette hybridation, de par son passé visionnaire, de par sa proximité avec la fabrication d’un film de vues continues, de par son ambivalente méta-réalité, réalité dans la réalité qui renvoie aussi bien à l’expérience ludique de l’enfant qu’à la reconstitution miniature et monomaniaque du monde vivant. En cela, elle ne peut que réjouir et réunir toutes les générations de public aux quatre coins de la planète.

En contrepoids, les productions luxueuses des nouveaux médias de masse, aidées opportunément par quelque effets collatéraux de la crise COVID (renoncement aux divertissements collectifs, cocooning exacerbé, éco-anxiété, visionnage-marathon, …) transforment radicalement nos modes de consommation des récits audiovisuels. Sur le fond, par abandon ou par déni progressif de l’expérience cinématographique en salle de cinéma ;  sur la forme, en généralisant l’intolérance – des nouvelles générations de spectateurs mais pas que – aux formats long et non-sériel.
A cet égard, le caractère “omnibus” de The House relève donc probablement d’un choix stratégique pertinent amené à se généraliser car parfaitement calibré pour l’homo domesticus 2.0.

 

* Un film-omnibus est composé de segments (séquences, sketches) réalisés par des artistes différents autour d’une même thématique, voire d’un même fil rouge narratif.
** Emma de Swaef et Marc James Roels sont belges. Niki Lindroth von Bahr est suédoise. Paloma Baeza est anglaise.
*** L’utilisation du féminin ou du masculin pour l’expression “stop motion” est anarchique.
Cette dernière désigne, d’une manière très générale, l’animation d’objets en volume (marionnettes, jouets, modelages, légumes, tranches de viande, etc.) filmés sur un plateau de tournage en trois dimensions et artificiellement éclairé. Logiquement, le féminin s’impose : la stop motion. Dans l’ouvrage “Stop motion” de Xavier Kawa Topor et Philippe Moins, les auteurs ont opté pour le masculin, sous-entendant “le cinéma d’animation de stop motion” (pléonasme en soi).
Bref, les deux sont acceptables pour peu que cette question ait le moindre intérêt.
Question subsidiaire : des volumes (sable, pâte à modeler, épaisseurs de peinture, …) filmés à plat sur un banc-titre donnent-ils un film de stop motion ? Vous avez quatre heures.

 

 

 

anima