Total respect

takahata_saspl
Les cinéastes d’animation militant publiquement en faveur de causes autres que corporatistes sont trop rares ; il me paraît utile de relayer dans ce blog l’information suivante.
Celle-ci relate la participation discrète de M. Isao Takahata (79 ans au compteur) à la grande manifestation du 25 octobre dernier organisée à l’initiative du mouvement étudiant SASPL (Students Against Secret Protection Law) lequel donne de la voix contre la récente loi votée par le gouvernement japonais pour renforcer la “protection du secret d’état” et par conséquence la réduction des droits des citoyens à contester l’espionnage généralisé à échelle planétaire.
Les prises de positions politiques publiques d’Isao Takahata sont au moins aussi anciennes que sa carrière et semblent – de mon strict point de vue – conserver sur la longueur une cohérence qui impose le respect. De son activisme syndical en faveur des droits des salariés de la Toei, croisant les mouvements pacifistes de la fin des années 60, à son implication constante dans le mouvement des cinéastes contre l’abrogation de l’article 9 (renoncement à la force armée) de la constitution nippone, jusqu’au récent manifeste en faveur de l’émancipation de la femme japonaise qu’est Le conte de la princesse Kaguya, on en déduit aisément que ses opinions se situent, pour faire court, à l’extrême opposé de celles de l’actuel courant dominant au Japon (réactionnaire, rétrograde, sécuritaire, patriarcale, …) personnifié par Shinzo Abe et son équipe.

Tiens, je lancerais bien à l’occasion une invitation à nos chers thésards en cinéma et en sociologie, de Paris 3 ou d’ailleurs, à mener un travail de réflexion poussée sur la dimension politique dans le cinéma d’Isao Takahata, afin d’éclairer un aspect assez méconnu et quasiment jamais commenté de son œuvre. Personnellement, c’est précisément par cette voie que j’ai accédé, sans en avoir la pleine conscience, à l’idée que les dessins animés les plus innocents en apparence pouvaient véhiculer subtilement des concepts politiques, au sens noble du terme, impossibles à placer frontalement dans des produits destinés aux enfants plus ou moins âgés. C’était dans les années 80, je prenais mon goûter tranquillement, le monde était ce qu’il était et je m’en foutais royalement du haut de mes 12 ans, jusqu’à ce fameux épisode de Heïdi au cours duquel deux chasseurs inconscients sont sauvés par le grand-père taciturne malgré leur divergences de mentalité.
Depuis 1996, année durant laquelle j’ai découvert et programmé Le tombeau des lucioles, j’observe avec un certain amusement la manière dont le cinéaste a disséminé dans son œuvre ses valeurs progressistes sans la moindre once de moralisme, jusque dans les recoins les plus inattendus. Par exemple, dans la bouche d’Anne aux cheveux rouges,  son héroïne aussi cul-cul la praline qu’attendrissante, lorsque cette dernière se permet de prendre le parti des “conservateurs” contredisant naïvement son caractère foncièrement libertaire. J’en ris encore.

> voir la vidéo de la manif’ surtout pour s’interroger sur le fait que de tels rassemblements n’aient pas encore eu lieu en France

 

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