Mieux vaut tard…

 

Il aura donc fallu 75 ans et 831 numéros à la revue française « Les Cahiers du Cinéma » pour consacrer sa Une et une part conséquente de son contenu au cinéma d’animation !
L’exploit est d’autant plus remarquable que cette institution de la presse spécialisée et de la critique cinématographique est, depuis sa première mouture (avril 1951) un bastion de réactionnaires fermement opposés à la reconnaissance du cinéma d’animation comme partie intégrante du 7e Art.
Certain·es de ses rédacteurices réfractaires ont disparus, quand d’autres, à l’aube de la retraite, continuent d’enseigner dans les universités en balançant de manière péremptoire aux jeunes morveux qui oseraient s’étonner de cette discrimination absurde (je cite l’un d’entre eux) : « L’animation, ce n’est pas du cinéma car ce n’est pas incarné. »

En parcourant le sommaire du numéro 832 (à paraître le 10 juin 2026), je constate à la fois l’ampleur de l’effort fourni et le petit cheminement restant à accomplir pour se mettre à la hauteur du sujet.
Rangés dans la rubrique « Événement » (pour sûr !), on trouve les articles suivants :
• « Production française : splendeur d’un système fragile » par Thierry Méranger
• « Cité internationale du cinéma d’animation : Annecy, une grande maison » par Mathilde Grasset
• « Un imaginaire fédérateur » – un entretien avec Ugo Bienvenu (Arco)
• « L’adieu aux robots » par Mathilde Grasset
• « S’amuser avec la réalité » – un entretien avec Orian Barki et Meriem Bennani  (Bouchra)
• « L’esquisse rebelle » – un entretien avec Sébastien Laudenbach (Carmen, l’oiseau rebelle)
• « Gentiment Jim » – Un entretien avec Nicolas Athané, Marco Nguyen, Simon Balteux et Brice Chevillard (Jim Queen)
Une critique de In Waves de Phuong Mai Nguen
Une critique de Le Vertige de Quentin Dupieux
• « Pour un top animé » par Mathilde Grasset et Thierry Méranger
• « Une visite à Jan Švankmajer » par Philippe Fauvel

Dans la rubrique finale, « Archives », « L’animation aux Cahiers » revient probablement sur les 75 ans d’une très aléatoire couverture de l’actualité du film d’animation qui, selon les générations de critiques aux manettes de la revue, n’a pas toujours ostensiblement méprisé l’image-par-image.
Voir notamment la critique d’André Bazin de La bergère et le ramoneur de Paul Grimaul en octobre 1952.

Sur 832 numéros, les Cahiers ont placé quatre fois à leur Une une image évoquant un long métrage d’animation :
n° 486 (décembre 1994) : L’étrange Noël de Mr Jack de Henry Selick
> la couverture mentionne par raccourci suspect « L’étrange Noël de Tim Burton » et un gros dossier se focalise sur la carrière de ce dernier.
n° 696 (janvier 2014) : Le vent se lève de Hayao Miyazaki
> la couverture a sans doute été mise en page par un stagiaire de 3e et un dossier survole la carrière du cinéaste japonais.
Rappelons que les films de Miyazaki sont exploités dans les salles de cinéma françaises depuis juin 1995.
n° 743 (avril 2018) : L’île aux chiens de Wes Anderson
> « Maître de marionnettes », encore un raccourci un brin galvaudé (bien qu’on ait échappé au jargonnant « stop-motion« ) et en partie faux, Anderson n’étant ni animateur, ni marionnettiste.
NB : cela ne dévalorise en rien son talent de metteur en scène d’acteurs et de ciné-marionnettes mais il ne peut donc, techniquement, pas être un « maître de marionnettes » et encore moins le premier de la discipline.
n° 832 (juin 2026) : Arco d’Ugo Bienvenu

 

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