Y a-t-il une vie après Miyazaki ?

clapoupasclap2018

 

Entre le 7 avril et le 11 mai 2018, j’ai accompagné la projection du long métrage Mary et la fleur de la sorcière dans douze salles de cinéma dispersées sur les trois départements de l’ex-Basse Normandie. Toutes ces salles indépendantes sont adhérentes du réseau MaCaO (Manche/CAlvados/Orne), lequel s’étendra prochainement sur les deux autres départements de la nouvelle région Normandie.
MaCaO conduit plusieurs opérations récurrentes qui proposent à ses adhérents des contenus “clé-en-main”, dont des projections suivies d’une “animation” en lien avec le film projeté.
Ces “animations” constituent une forme détournée d’éducation aux images.
C’est ainsi que dans le cadre de l’opération “Clap ou pas Clap”, j’ai prolongé chacune des douze séances listées ci-dessous par un exposé vulgarisateur et plus ou moins interactif – en fonction de la réactivité des publics présents – sur le cinéma japonais de dessins animés à la sauce Ghibli, registre dans lequel s’inscrit le premier long métrage du Studio Ponoc, réalisé par Hiromasa Yonebayashi.

Quelques mots sur le choix du film
Celui-ci doit remplir idéalement plusieurs conditions : être bon, attirer spontanément les jeunes publics (via leurs parents) par son titre, son affiche ou par la renommée présupposée de son réalisateur, ne pas être trop long, être connecté à une ou plusieurs thématiques susceptibles d’être développées dans le prolongement de la projection, tout en maintenant les publics captifs.
Par ailleurs, le film ne doit pas avoir été exploité récemment avant l’opération, sous peine d’audience minime ou nulle. L’opération doit se dérouler sur des créneaux relativement propices (mercredi après-midi, congés scolaires, jours fériés). La météo doit être favorable. L’alignement des planètes aussi.

Mary et la fleur de la sorcière est sortie en France le 21 février 2018.
Nous l’avons diffusé en version française. La plupart des salles engagées dans l’opération n’avaient jamais programmé ce film.
Sa durée est un peu longue (1h40) pour garder l’attention des plus jeunes spectateurs plus de 45 minutes dans le prolongement de la projection.
Bien que la facture de ce long métrage soit quasi-parfaite (animation de haut niveau, décors somptueux, mise en scène rigoureuse), le scénario de Mary et la fleur de la sorcière est lourdement conventionnel. Resucée, parfois jusqu’à la caricature, de tous les films réalisés par Hayao Miyazaki depuis 1985, saupoudré d’une pincée d’Harry Potter (jusque dans certaines plages musicales), le récit possède tous les ingrédients du produit formaté pour prouver aux investisseurs, et accessoirement aux publics, la force de frappe potentielle du studio Ponoc.
Loin d’être “le film idéal” pour ce type d’opération, Mary et la fleur de la sorcière a été suffisamment vendeur et divertissant, pour attirer et contenter les publics, jeunes et moins jeunes, lors de cette opération.

Quelques mots sur mes interventions
Elles se sont adaptées – sur le fond et sur la forme – aux publics hétérogènes de chaque séance. Il est important de signaler que de nombreux adultes sont venus sans enfants assister à ces projections.
D’abord, il s’agissait d’évaluer rapidement le degré de connaissance des spectateurs du contexte général de l’animation japonaise, en recueillant les réactions à chaud et les références cinématographiques spontanément identifiées dans le film.
Pour décrire succinctement “l’école miyazakienne”, dont Ponoc se présente comme héritier revendiqué, j’ai choisi ensuite de valoriser le motif de la fillette rousse dégourdie et émancipée. Un motif qui parcoure l’œuvre entière du cinéaste, depuis ses débuts autonomes aux côtés d’Isao Takahata (Nagakutsu shita no Pippi/Panda Kopanda) jusqu’aux productions les plus récentes (A la recherche d’un toit, Ponyo sur la falaise, Arrietty).
J’ai profité de l’occasion pour digresser sur l’art des rouleaux peints (emaki), origines plus ou moins admises de l’animation japonaise, en évoquant notamment le principe de l’image “poly-chronique” (plusieurs phases d’une action présente dans un même dessin), commun aux emaki et au e-konte (storyboard japonais), exemples extraits de celui de Mary et la fleur de la sorcière à l’appui.
A partir de plusieurs extraits choisis (line-tests et séquences emblématiques), j’ai soulevé deux caractéristiques de l’animation japonaise d’inspiration miyazakienne : la surenchère démonstrative de détails animés dans certains plans et le soin apporté au réalisme domestique (décors, gestuelles, acting).
Pour en arriver progressivement à exprimer, ou faire exprimer, une critique de fond sur le premier long métrage de Ponoc : l’oubli regrettable des principes élémentaires de la poésie miyazakienne, à savoir l’entrecroisement incongru entre le banal et le fantastique. Mary et la fleur de la sorcière est un cas d’école à cet égard !
Enfin, j’ai terminé chaque rencontre par la démonstration de documents issues de productions japonaises emblématiques (feuille d’exposition, feuille de layout, clean d’animation, celluloïds peints et décor d’un même plan).

 

Les dates et lieux de la tournée “Clap ou pas Clap 2018″ autour de Mary et la fleur de la sorcière :
– samedi 7 avril 2018 – Falaise (14)
– mercredi 11 avril 2018 – Saint-Lô (50)
– mercredi 18 avril 2018 – La Ferté Macé (61)
– mercredi 25 avril 2018 – Douvres-la-Délivrande (14)
– vendredi 27 avril 2018 – Coutances (50)
– lundi 30 avril 2018 – Mortagne-au-Perche (61)
– mercredi 2 mai 2018 – Condé-sur-Vire (50)
– jeudi 3 mai 2018 – Hérouville Saint-Clair (14)
– vendredi 4 mai 2018 – Vire (14)
– lundi 7 mai 2018 – Thury-Harcourt (14)
– jeudi 10 mai 2018 – Villedieu-les-Poêles (50)
– vendredi 11 mai 2018 – Aunay-sur-Odon (14)

 

 

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