Avec la mauvaise foi provocatrice qui me caractérise, j’ai d’abord été tenté d’intituler ce billet « la mort programmée du métier d’animateur ? » en axant mon propos sur la solution de facilité que constitue l’invention dont je voudrais vous causer ici. Puis, convoquant l’enthousiasme-béât-face-à-tout-ce-qui-pétille qui me caractérise, j’ai porté un regard plus lucide sur ce nouveau bidule technologique, et là je me suis dit, mon garçon (oui, quand je suis seul je m’appelle « mon garçon » parce que si je m’appelle « ma fille » …), mon garçon, tu te trouves là devant une véritable révolution qui va ni plus ni moins universaliser pour de bon la pratique du cinéma d’animation !
Enfin, la sagesse taoïste qui me caractérise m’a imposé la pondération, sans pour autant atténuer ma cynique allégresse initiale.
Donc, le logiciel nommé « Draco », que l’on doit à la firme californienne Autodesk (3DsMax, AutoCad), propose à ses utilisateurs via une interface d’une simplicité enfantine d’incroyables fonctionnalités de « texturage cinétique » pour donner vie aux illustrations numérisées. Il s’agit d’appliquer à des dessins intuitifs des effets de mouvements combinés (direction, cadence, accélération, ralenti, fondus, masques de fusion), lesquels peuvent s’accumuler à l’infini.
La comparaison avec les bouleversements que furent en leur temps Flash et After Effect ne se limite pas à l’incidence probable que Draco pourra avoir sur l’économie de la production animée. Il se pourrait bien que le coup de gomme décisif sur la frontière déjà bien poreuse entre l’art de l’illustration et celui de l’animation soit en passe d’être donné. Et ce sont par conséquent les métiers du livre imagé qui paieront le plus lourd tribut à la démocratisation imminente de cette innovation technologique.
Tant pis, répondent les libraires. Tant mieux rétorquent les arbres.

