L’affiche et l’animation

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L’affiche, et plus globalement la communication, du cinéma d’animation est un sujet passionnant car il illustre parfaitement l’incapacité des acteurs de cette discipline à s’auto-promouvoir, c’est-à-dire à se rendre lisibles des publics qu’ils se plaignent perpétuellement de ne jamais pouvoir toucher correctement.
J’en parlais, pas plus tard qu’hier soir, avec une exploitante de salle de cinéma, lors de la projection du dernier Miyazaki dans un amphi de l’université de Caen (séance qui a rameuté presque 300 personnes – on a encore du mal à s’en remettre). Nous regrettions de concert que le distributeur (Buena Vista/Disney) ait décidé de noyer le poisson en jouant sur l’ambiguïté des typographies et codes couleurs habituels de sa communication des productions Ghibli, et le fond même de l’œuvre définitivement impossible à vendre aux jeunes publics. En d’autres termes, Buena Vista a choisi la tromperie cachée derrière l’innocente beauté de l’un des plus beaux plans du film, et nous n’étions visiblement pas les seuls à nous en rendre compte.
Les publics éduqués ne sont pas si idiots que ça, vous savez !

Par ailleurs, je revoyais, en perspective de cette discussion, les nombreuses affiches qui me servent de porte d’entrée vers les publics d’enseignants auxquels je m’adresse très régulièrement, dans le cadre des dispositifs d’éducation à l’image, afin de les aider à présenter, voire utiliser, efficacement les films qui leur sont proposés chaque année. Ces affiches sont toujours des cas d’école du dilemme permanent auquel sont confrontés les préposés à la lourde tâche d’attirer les foules loin de leur salon pour partager l’expérience collective du cinéma.
Lors d’une conférence récente qui portait sur Le tableau de Jean-François Laguionie, j’ai pu exposer un exemple concret de cette difficulté. Le film est formidable et son affiche (dans sa version initiale), reprenant le plus beau plan du film, est aussi superbe qu’audacieuse. Toutefois, en choisissant ce visuel très sombre (d’aucuns m’ont dit : “glauque”), je suis convaincu que le distributeur du film a commis une erreur cruciale qu’il a vraisemblablement payée au box office. L’erreur d’avoir oublié qu’une affiche – qui plus est de cinéma destiné à la jeunesse – doit être avant tout lisible et attractive, attractive mais pas nécessairement racoleuse.

La semaine dernière, je découvrais brutalement l’affiche du prochain festival international du film d’animation d’Ottawa et en tombai littéralement de ma chaise. C’est une vieille habitude qu’ont adopté les grands festivals de confier à des artistes singuliers la création de l’identité visuelle de leur manifestation. L’idée est séduisante, parfois fructueuse, mais majoritairement casse-gueule. A plus forte raison lorsque le créatif en question développe une œuvre fondée sur l’anarchie graphique et auditive. C’est le cas de David O’Reilly auquel l’OIAF a demandé de s’y coller pour son édition 2014.
Pas besoin de sortir d’une école de design pour s’interroger sur la pertinence de ce choix à l’aune des trois questions suivantes, lesquelles appellent unanimement une réponse négative :

• identifie-t-on, de près comme de loin, l’intitulé et les données contextuelles de la manifestation ?
• La hiérarchisation des éléments de communication permet-elle un accès direct et facile aux informations basiques concernant l’événement ?
• Est-ce si difficile que ça de respecter l’intégrité d’une image tout en lui superposant des données textuelles étrangères ?

Tenez, pour vous convaincre de l’importance du sujet, voici un florilège de quelques affiches officielles françaises de longs métrages d’animation sortis ou ressortis sur les écrans nationaux ces quelque 20 dernières années.
Observez-les, comparez-les et déduisez ce que vous voudrez quant à leur valeur esthétique,  leur impact visuel, leur(s) message(s) intrinsèque(s) accessible(s) ou pas, …

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…aidez-vous, si besoin des interrogations suivantes :
– que disent-elles ?
– Annoncent-elles clairement la couleur ?
– Donnent-elles envie de découvrir le film ?
– Sont-elles à la hauteur de la qualité cinématographique de l’œuvre ?

Je ramasse les copies dans deux heures.

anima

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