Le maître du temps retrouvé

 

La version restaurée des Maîtres du temps, long métrage réalisé en 1981 par René Laloux, a été présentée aux publics, le 17 juin dernier, dans le cadre d’un programme “Annecy Classics” de la récente édition du Festival International du Film d’Animation.
Bien que très imparfait et vieillissant assez mal, ce film reste une référence essentielle à mes yeux.
Tout juste entré dans l’adolescence et déjà sévèrement lassé par les combats spatiaux de robots géants, j’ai immédiatement aimé cette science-fiction animée, philosophique et divertissante, lisse et colorée, ambitieuse et frustrée, fauchée mais intègre.
Lorsqu’en juin 1995, quatre ans après la fin de mes études artistiques, sans perspectives professionnelles concrètes, j’ai créé anima pour inventer ma propre voie d’accès au monde du cinéma d’animation, René Laloux venait de publier son ouvrage “Ces dessins qui bougent“. Quelques semaines plus tard, au prétexte d’une émission radiophonique hebdomadaire bien réelle entièrement dédiée à l’animation que je commençais à peine à produire, je débarquais à Paris pour interviewer son éditeur, juste avant de rencontrer le cinéaste chez lui.
Je connaissais alors très peu ses films hormis Les maîtres du temps sur lequel je l’ai évidemment interrogé, tout heureux qu’il me raconte sa relation de travail – forcément épique – avec Jean Giraud. Je n’ai pas été déçu du voyage et cet interview enfumé m’a placé (je l’ignorais alors) sur la bonne rampe de lancement.

(Re)découvrez ce film, si possible en salle de cinéma ! Ignorez tous les défauts qui vous sauteront aux yeux et aux oreilles (pas d’ordinateur à l’époque, tout à la main !), et imaginez ce que pourrait être le long métrage d’animation français si René Laloux avez eu les moyens – techniques et financiers – de ses ambitions et de sa haute estime de l’art des dessins animés. Comprenez aussi pourquoi il m’est parfois difficile de rester stoïque face à l’immaturité et le conformisme d’une majorité de productions contemporaines, incapables d’oser le quart de ce qu’un Laloux, sans argent ni considération médiatique, a su imposer culturellement voilà plus de quatre décennies.

Où que vous soyez, je pense à vous souvent, cher René.

 

 

 

 

 

 

 

 

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