Pour quelle(s) filière(s) ? Pour quel(s) métier(s) ?

 

 

Elle est mimi comme tout cette pub pour l’apprentissage via le réseau d’écoles du Pôle Magelis d’Angoulême !
Elle me pose toutefois quelques questions élémentaires à l’aune de la crise structurelle en cours dans le domaine on-ne-peut-plus-transversal de la fabrication d’images et de sons.

Pour renforcer quelles équipes ?
Celles des quelques studios d’animation, de jeux vidéos et d’immersivité de l’écosystème professionnel angoumoisin ? Ces derniers échapperaient-ils miraculeusement aux tassements préoccupants du marché de l’imagerie ?
Celles des autres entreprises françaises ? Lesquelles peinent déjà à fournir des stages à l’abondant contingent de jeunes diplômés – au niveau général de compétences très très bas – qui sortent par milliers chaque année de la foultitude d’écoles spécialisées (et majoritairement privées et productiviste) dont les pouvoirs publics cautionnent la prolifération sans en contrôler la probité ?

Pour quelle(s) filière(s) ?
Celle de l’image animée pour le cinéma et l’audiovisuel ? Celle du jeu vidéo ? Des effets spéciaux numériques (VFX) ? Des méta-filières peu ou pas structurées, (dé)considérées par l’État, les professionnels de l’image « réelle » et les médias comme des sous-registres de création (cf. cérémonie des César 2022, une preuve parmi d’autres).
La filière globalisante des Industries Culturelles et Créatives (ICC), véritable fourre-tout dont même le ministère qui est censé en coordonner le développement est infoutu de définir les contours précis et les interconnexions ?

Pour quel(s) métier(s) ?
Celui de « graphiste » que ni le commun des mortels, ni France Travail, ni beaucoup de graphistes eux-mêmes sont capables de définir précisément ? Une profession si peu lisible et si souvent amalgamée avec l’infographie, où l’on passe le plus gros de son temps à réfléchir, à s’adapter, à se renouveler pour rester créatif, quand l’infographie se limite à la manipulation des logiciels pour exécuter une tâche noble, certes, mais peu ou pas créative.
Ce même métier qui est aussi manuel qu’intellectuel, trans-disciplinaire par nature, dont les principales sources de revenus proviennent de la commande en grande partie « publique » et principalement dans la communication, commande publique presque totalement à l’arrêt ?
Ah non, vous voulez dire le métier de « graphiste 2D/3D » ? C’est-à-dire « infographiste pour les secteurs de l’images animées », sous la menace de l’IA générative ! Infographiste qui a beau pointer du doigt le danger existentiel tandis que l’idiot s’obstine à ne regarder que le doigt.

Pour quelle créativité ?
Dès lors que les outils d’IA générative sont déjà capables de réaliser en quelques secondes les tâches qui constituent la valeur commerciale concrète des prestations du graphiste (son expérience, sa culture générale, ses compétences intellectuelles ne figurant jamais sur un devis), dès lors que ces outils d’automatisation algorithmique ne vont cesser de s’améliorer et de se démocratiser, les métiers créatifs de l’imagerie vont se réduire à une activité auxiliaire de conseil, d’expertise, de direction artistique, de prompt engineer (la demande pour cette compétence est déjà significative sur le marché de l’imagerie !).
Qu’on l’accepte ou non, cette évolution va nécessairement imposer une complète reconfiguration de l’enseignement, de l’école à la formation professionnalisante. Un enseignement qui sera radicalement recentré sur l’apprentissage théorique fondamental (la culture générale, pour simplifier) et transversal (multi-disciplinaire et trans-disciplinaire), quand pour l’instant tout reste orienté vers la pratique hyper-spécialisée.

Combien de temps ce déni généralisé va-t-il encore durer ?
La question sera-t-elle posée lors des prochaines RADI-RAF à Angoulême ?

anima