Satoshi Kon – L’illusionniste

 

 

Un film de Pascal-Alex Vincent
Titre original : idem
Année de sortie : 2021
Origine(s) : France, Japon

• Sélection officielle “Cannes Classics 2021” (8/07/2021)
• Projections exceptionnelles au cinéma : été 2021
• Diffusion OCS : < 4 août 2021
le communiqué de presse (Cannes 2021)

 

Où, “dans toute chose, l’endroit et l’envers coexistent.”

De haut en bas :
• l’actrice Junko Iwao, voix de Mima dans Perfect Blue et ancienne pop idol
• skateur arborant le motif central de la série Paranoïa Agent
• l’animatrice Aya Suzuki montrant des croquis de recherche de The Dream Machine, le long métrage inachevé de Satoshi Kon

 

Le premier véritable documentaire en français consacré au cinéaste japonais Satoshi Kon réussit brillamment à brosser le portrait objectivé d’un artiste surdoué, perfectionniste, conscient de son génie, radical dans son métier comme dans sa critique du monde post-moderne hyper-connecté et déshumanisé, d’un artiste souvent “exécrable” ou “détestable” (selon certains de ses collaborateurs), “respectueux” et “bienveillant” (selon d’autres).
Pascal-Alex Vincent a le bon goût d’éviter l’élégie hagiographique tout en respectant la forme classique du documentaire-hommage, jalonné d’extraits d’entretiens de personnalités avisées, unanimement reconnaissantes des apports de Satoshi Kon au patrimoine cinématographique mondial. En cela, son film offre l’occasion unique au grand public – néophytes ou adeptes des dessins animés nippons de haut niveau – de découvrir un parcours hors normes, d’approcher une œuvre tortueuse, tourmentée, visionnaire et bien plus accessible que ce que le traitement médiatique passionné dont elle a toujours fait l’objet, en France en particulier*, a laissé croire jusqu’à aujourd’hui.

Puisse ce documentaire stimuler une distribution en salles, sérieuse et cohérente, de l’intégralité** des longs métrages de Satoshi Kon !
Puissent leurs nouveaux publics les apprécier sans préjugés et à leur juste valeur !

 

Les personnalités interviewées dans le documentaire

Masashi Andô : animateur-clé, character designer, directeur de l’animation (Tôkyô Godfathers, Paranoïa Agent, Paprika)
Mamoru Hosoda : animateur, réalisateur, producteur japonais (passé par le studio Madhouse)
Mamoru Oshii : scénariste, réalisateur japonais (scénariste du manga “Seraphim”, dessiné par Satoshi Kon)
Taro Maki : producteur (Millenium Actress, Tôkyô Godfathers)
Masaaki Usada : éditeur (Young Magazine)
Masao Maruyama : producteur (co-fondateur du studio Madhouse)
Sadayuki Murai : scénariste (Perfect Blue)
Junko Iwao : actrice (Perfect Blue)
Nobutaka Ike : chef décorateur (Perfect Blue, Millenium Actress, Tôkyô Godfathers, Paprika)
Shozo Iizuka : acteur (Millenium Actress, Paranoïa Agent)
Masafumi Mima : sound designer (Perfect Blue, Millenium Actress, Tôkyô Godfathers, Paprika)
Hiroyuki Okiura : animateur-clé, réalisateur (Paranoïa Agent, Paprika)
Yasutaka Tsutsui : écrivain (“Paprika”)
Megumi Hayashibara : actrice (Paprika, La traversée du temps)
Jérémy Clapin : réalisateur
Marc Caro : réalisateur
Marie Pruvost-Delaspre : universitaire
Alexis Blanchet : universitaire
Dimitri Megherbi : philosophe
Yael Ben-Nun : responsable de la collection animation du Musée-Château d’Annecy
Darren Aronofsky : réalisateur
Rodney Rottman : réalisateur
Aya Suzuki : animatrice (The Dream Machine)
Andrew Osmond : journaliste, écrivain (“Satoshi Kon: The illusionist”)

 

Deux réserves concernant le titre et l’affiche du film

Prononcé dans le documentaire par le journaliste anglais Andrew Osmond, qualifiant Satoshi Kon “d’illusionniste de l’animation“, le terme “illusionniste” pose au moins deux problèmes une fois repris en français, dans le contexte de la communication et de la promotion du film.
Premièrement, il contredit l’évidence formulée dans le documentaire par Masao Maruyama, le producteur des films de Satoshi Kon : “on ne peut résumer une personne en un seul mot !
Secondement, placé derrière le patronyme d’une personnalité célèbre, “illusionniste” peut sonner spontanément au sens figuré de “imposteur qui fait illusion”.
L’usage de ce terme est moins problématique pour les connaisseurs et admirateurs de l’œuvre de Satoshi Kon (public limité et acquis d’avance), lesquels, au pire, n’y prêteront aucune attention, au mieux, le surinterpréteront par “génial créateurs d’illusions optico-psychiques”, que pour une majorité de cinéphiles ou de spectateurs un peu cultivés, susceptibles de lui conférer un sens péjoratif.
“Cinéaste de l’illusion”, par exemple, eut été moins ambigu.
NB : Ce film s’intitulait initialement Satoshi Kon : la machine à rêves.

Je ne suis pas certain non plus que Satoshi Kon ait apprécié l’affiche cul-cul la praline (ci-dessous) qui renvoie de lui l’image d’un doux rêveur entouré de ses créatures caricaturées, uniformisées et infantilisées, dont le charisme et l’ambivalence (Paprika, Paranoïa agent, Perfect blue) ont été complètement neutralisés.
Si la manœuvre cible un public adolescent/adulescent, fan béats de shônen manga, je crains qu’elle soit vaine et que ces derniers soient peu réceptifs à ce genre de visuel, par ailleurs trompeur sur la marchandise.
C’est d’autant plus regrettable que le documentaire contient un grand nombre de plans magnifiques, à fort impact visuel et potentielles mises en abyme du créateur et de son œuvre.

 

 

* Rappelons que la sortie en salles françaises de Perfect Blue en 1999 et son inscription dans le dispositif d’éducation à l’image “Lycéens et apprentis au cinéma” en 2001 ont suscité, l’une et l’autre à des degrés divers de violence et de bêtise, des réactions de rejet, d’incompréhension, voire de mépris de la part de prescripteurs institutionnels, éducatifs, culturels et médiatiques.

** Tôkyô Godfathers, le plus accessible et fédérateur des quatre longs métrages réalisés par Satoshi Kon, n’a jamais été distribué en salles de cinéma en France.
Les trois autres ont connu des exploitations plus ou moins ratées, tantôt pour des raisons conjoncturelles, tantôt à cause d’une stratégie de distribution incohérente, voire inexistante.
En contrepoint, on soulignera que les films de Kon entrent difficilement dans les cases pré-établies, que leur positionnement sur le marché occidental en est de fait particulièrement compliqué, et que le public-type de l’animation japonaise – souvent présupposé uniforme de goûts et de maturité intellectuelle – est tout sauf monolithique.

 

 

 

anima